Les assistantes maternelles face à la polémique. Par Nadège.R

Assistante maternelle

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petite fille mange avec adulte
Depuis l'annonce du confinement, les français ont vu leurs habitudes changer. Il y a ceux qui doivent faire du télétravail, ceux qui sont en chômage partiel, ceux qui étaient intérimaires et n'ont plus de travail, ceux qui sont réquisitionnés. Les assistantes maternelles ont dû faire face à un énorme flou depuis le début. D'informations fausses à contradictoires, tout et n'importe quoi a pu circuler sur le net, y compris sur des sites très fiables, qui faute d'informations, ont véhiculé leur propre lecture des décrets.

Depuis le métier se divise en deux : les assistantes maternelles qui souhaitent continuer à accueillir, et les autres, qui estiment que le confinement est pour tout le monde.
De débats stériles en disputes sur les réseaux, tout le monde y va de son avis.

Moi, assistante maternelle en MAM j'ai pu lire des choses qui m'ont beaucoup attristée. On reproche aux assistantes maternelles qui continuent d'accueillir leurs contrats habituels (en MAM ou chez elles) d’être inconscientes. Les reproches sont parfois durs : inconscientes, stupides, ne pensent qu'à leur salaire... On reproche à celles qui ont peur et ne veulent plus accueillir leurs contrats habituels de ne penser (elles aussi) qu'à l’argent ! Elles veulent le droit d'être confinées elles aussi, et d'avoir aussi une solution financière. On pense aux parents en télétravail forcés de garder leurs chérubins. On les insulte elles aussi les accusant d'inconscience, de stupidité et d'avidité.

La société a souvent mal jugé les assistantes maternelels. Elle les a mal considérées avec des mesures visant à les infantiliser parfois, les empêchant d'avoir des agréments en sus, sans raisons valables et les voilà d’un coup encensées par les ministres comme des héros qui peuvent d'un coup accueillir des enfants en plus. L'Etat n'a JAMAIS rien fait pour véhiculer de bonnes images sur notre si beau métier. Les vieux préjugés ont la vie dure. L'état n'a rien fait pour nous aider ni en mam, ni chez nous. Cela a toujours été "débrouillez-vous". Chômage, précarité, logements à trouver pour les MAM, aucune aide financière...On a l'habitude jusqu'à aujourd'hui de se débrouiller seules !

Du coup, certaines se disent, à juste titre, qu'une fois malades, elles ou leurs proches, à cause de cette venue à domicile de parents et des enfants, on n’en aura plus rien à faire qu'elles se soient mobilisées.  Et est- ce finalement faux ? Quel soutien financier aura été mis en place ? Aucun. Les assistantes maternelles, n’ont à ce jour, aucun droit de s'arrêter d'elles-mêmes ET de recevoir une indemnité.  Soit le parent accepte de payer la mensualité habituelle sans les indemnités entretien et repas, soit elles ne percevront rien (hors arrêt maladie) ...
Les assistantes maternelles crient à l'injustice. D'autres trouvent ça somme toute normal et s'insurgent de l'arrêt des autres.

Quel est le rôle de l'Etat dans tout ça et des PMI ?
Ils ont semé le trouble. Des informations au début absentes, ensuite fausses ou floues. L'Etat a dit une chose, les PMI, une autre. Les syndicats ont fini par rétablir la vérité : à ce jour on ne peut pas s'arrêter avec une indemnisation (hors arrêt maladie). On nous demande de rester actives auprès des enfants.
Or moi-même, comme beaucoup d'autres j'ai reçu ORDRE de mon Conseil Départemental et de ma PMI de stopper toute activité professionnelle sauf avec les parents mobilisés (personnel soignant, pompiers gendarmes ou parents acteurs dans les commerces alimentaires etc. ) D'autres ont reçu Ordre de leur département de rester ouvertes coûte que coûte auprès de tous les parents, y compris ceux en télétravail !
Face à ce dilemme beaucoup ont fait leur choix par peur : elles continuent de travailler par peur de leur PMI : "j'aurai en face de moi la puéricultrice après tout cela. C'est à elle que j'aurai à rendre des comptes pas aux ministres ». Effectivement cela montre la crainte des assistantes maternelles face à leurs supérieurs. 
Si finalement un rapport de respect et d'écoute avait été mis en place dès le début au lieu des fameux rapports de force, peut-être les assistantes maternelles ne seraient pas autant touchées par ce brouhaha...

Quelles vont être les conséquences ? L'ufnafaam a rappelé sur sa page Facebook que les PMI n'ont AUCUN droit en temps de pandémie, elles doivent respecter les ordres venus d'en haut !
"Ce ne sont pas les PMI qui vont régler votre salaire à la fin du mois" ...et c'est vrai...les puéricultrices qui vous forcent à arrêter aujourd'hui ne se soucieront pas de votre salaire à la fin de l'épidémie.
Après pour leur défense, il n'y avait aucun arrêté nous concernant (nous les grandes absentes des mesures annoncées), du coup chaque PMI est allée de sa lecture personnelle des textes, souvent flous.

Aujourd’hui, à cause de cette inconsidération, les assistantes maternelles sont en colère. Certaines ont été déçues, forcées à s'arrêter ou à l'inverse forcées à continuer de travailler, contre leur volonté propre. Beaucoup parlent d'arrêter le métier après tout ça.
La goutte d'eau a fait déborder le vase.

J'ai aussi été déçue de pas mal de collègues féminins et masculins qui ont du mal à comprendre ce malaise général et ont parfois été "cruels" avec une catégorie d’assistantes maternelles.
Moi j'ai du mal à juger...Je suis passée par la peur de fermer la MAM, ensuite face à l'ampleur du virus, ce fut l'inverse, je souhaitais arrêter. Je suis considérée personne à risque et je me suis mise à avoir peur. Mais j'ai eu aussi peur de perdre la Mam,  nous ne recevons aucun financement, aucune aide.

Du coup j'ai été à mon travail sans trop donner mon avis, pour laisser aux parents le choix de décider. Lundi à 9h, le verdict tombait : je n'avais pas d'enfants à garder. Tous étaient en télétravail et souhaitaient garder leurs enfants et me payer à la fin du mois. Je ne vais donc ni juger ni me plaindre.
Je n'ai pas été forcée à travailler, je n'ai pas été forcée à arrêter
. Je me vois donc mal donner mon avis. Je ne peux pas juger celles à domicile car-moi si j’avais continué à la Mam, j’aurais pu enlever mes vêtements, bien me nettoyer et rentrer chez moi rejoindre mon mari et mon fils. Le lieu potentiellement à risque n'était pas mon domicile. Je ne me permettrai donc pas de juger celles étant chez elles. Ni celles qui ont peur pour leur salaire et qui travaillent, ni celles qui ont peur pour leur famille et arrêtent...toutes leurs questions, interrogations et peurs sont fondées et normales. Nous n'avons aucun recul. Certaines ont des pathologies ou un mari ou des enfants qui sont fragiles.  Beaucoup ont des créances à respecter. Et surtout TOUTES ont leurs raisons de faire le choix qu'elles veulent faire.

Sur les réseaux sociaux, des parents s'insurgent qu'ils sont dans un métier mobilisé et que  leur nounou refuse de garder leurs enfants. Bien évidemment c'est problématique pour eux. D'autres, à l'inverse sont dans le même cas et disent qu'ils ont trouvé logique de ne pas exposer leur nounou à ce risque. Même chez nos parents employeurs il y a débat !

Moi j’aurais continué si je n'avais pas été à risque et si j'avais eu un employeur mobilisé.  Or ce n'est pas le cas. Et ça aurait été mon choix.
N'oublions pas que dans ce brouhaha, des assistantes maternelles, des crèches, MAM et micro- crèches se sont mises à disposition de l'Etat pour donner leurs disponibilités s'il était nécessaire d'accueillir un ou des enfants de parents mobilisés ! Je trouve ça magnifique !  Mais,  je retiens que laisser le choix reste la meilleure option.

Critiquer la vocation d'une assistante maternelle comme j'ai pu le lire maintes fois, sur ce qui  se passe en ce moment m'a horrifiée !  Combien de fois j'ai lu que nous sommes bien contentes que les médecins infirmiers eux aillent travailler. Je tiens à rappeler que ce métier est une vocation mais que contrairement à des personnels soignants, nous n'avons jamais signé pour ce genre de risques, que nous n'avons pas été formées dans ce sens, que nous n'avons pour la plupart aucune protection, et que respecter les gestes barrières, en MAM ou à domicile, avec des tout- petits relèvent de l’infaisabilité !  Ces personnes-là se changent se désinfectent et rentrent chez elles. L'assistante maternelle à domicile (dont je ne fais pas partie) doit désinfecter tout son logement. De haut en bas, de tout ce que les enfants auraient pu toucher avaler. Ces enfants sont en contact avec leurs enfants, qui n'ont plus école, avec leur mari. Alors que moi en MAM , cela n'aurait pas été le cas.

Arrêtons de juger bon sang. Cette situation est inédite. Chacune a le droit d'avoir peur ou au contraire d'être courageuse. De continuer ou d'arrêter. Ne jugeons pas. Il y a assez d'assistantes maternelles pour garder les enfants qui devront être gardés. On a tous droit d'avoir son avis, c'est humain. Mais juger j'ai beaucoup de mal avec ce principe. Surtout après tout le manque de considération dans ce métier !
Certaines vont raccrocher après tout ça et je les comprends. Certaines vont garder uniquement des enfants de personnels mobilisés. D'autres vont tout arrêter le temps de la pandémie. Certains parents vont trouver ça normal et d'autres non. Je tiens juste à rappeler que jusqu'à aujourd'hui le respect de notre travail n'était pas si flagrant pour tout le monde et qu'il est normal que certaines soit outrées qu'aujourd'hui on les estime finalement si indispensables.

Mobilisées ou non, les assistantes maternelles souffrent du manque de considération actuelle et des jugements de leurs propres confrères et consœurs. Elles souffrent mais bien moins que les personnels mobilisés sur le front directement et toutes nos pensées vont bien évidemment vers eux ...
A bon entendeur...restons dignes et tolérants !

 
Article rédigé par : Nadège.R
Publié le 19 mars 2020
Mis à jour le 21 mars 2020
La peur panique ne s'explique pas, certain ont un mental positif et d'autre sont peureux...chacun est naît comme ça (je suis hypocondriaque). L'ascenseur émotionnel que l'on a vécu n'a rien arrangé, un coup soulagé de ne plus avoir d'enfant, un autre obligé, je me suis dit que je n'allais plus écouter ni ram ni pmi mais moi-même. Je garde encore un enfant d'infirmière par choix, la peur au ventre, je ne dors plus des nuits, j'espère arriver à positiver. La déception dû à certain parents me questionne sur l'éventuelle arrêt par la suite. Tout est résumé dans votre texte...