Rencontres

Claudia Kespy-Yahi, fondatrice de Cap Enfants : « la Bulle Musicale® est un vrai projet pédagogique »

Après avoir travaillé dans la grande distribution, Claudia Kespy-Yahi a fondé le réseau de crèches Cap Enfants connu pour sa  fameuse « Bulle Musicale® ». D’origine franco-autrichienne, cette maman de 2 enfants a souhaité transmettre les richesses d’un milieu multiculturel aux petits, en proposant des lieux d’accueil centrés sur l’ouverture au monde et aux langues étrangères.
Claudia Kespy-Yahi
Les Pros de la Petite Enfance : Pourquoi avoir créer Cap Enfants ?
Claudia Kespy-Yahi : J'ai créé Cap Enfants à la naissance de mes propres enfants. C’est à ce moment-là que j’ai découvert le monde de la petite enfance et compris que tout commençait dès la naissance et même avant. Qu’il fallait apporter un maximum de soins à l’enfant car son environnement peut impacter sur toute sa vie. En quête d’un mode de garde, j’ai donc été plongée dans cet univers que je ne connaissais pas et j’ai cherché des réponses à mes questions. J’ai trouvé que les lieux d’accueil manquaient toujours un peu de vie et de musique. Naturellement, j’ai amené des CD dans la crèche de mes enfants. Mais j’ai senti une certaine méfiance de la part des professionnels, peu ouverts à la présence des parents. Nous sommes pourtant les premiers impliqués dans l’éducation de nos enfants. Forte de ces constats, j’ai décidé de créer ma propre structure. J’ai repris un master en business et en administration pour la création d’entreprise et j’ai fondé le réseau de crèches Cap Enfants. La première a ouvert en 2006 à Gennevilliers et nous avons instauré la Bulle Musicale®.

Quelle est la spécificité de ce concept ?
L’introduction de la musique. C’est le langage universel de toutes les cultures : grâce à elle, on peut faire découvrir les différents sons aux enfants et former leurs oreilles aux langues étrangères. Et l’initiation au voyage  en images : en découvrant un pays, on découvre sa culture. Il faut préparer les futurs adultes au monde de demain qui est de plus en plus international. Les enfants doivent être à l’aise pour communiquer et pour ça, il faut considérer la différence comme une richesse et non comme une menace. Je voulais monter donc une crèche qui ait du sens pour eux, je ne l’aurais pas fait sans la Bulle Musicale®. C’était un concept totalement novateur pour lequel on a déposé un brevet au niveau international.

Comment ça fonctionne ?
C’est un bloc en forme d’igloo de 9 à 12m carrés placé au sein de la crèche dans lequel est proposée une interactivité multi sensorielle, centrée sur l’ouïe et la vision. Spontanément, les enfants appuient sur des touches actionnant des sons et des images qui reproduisent l’environnement d’un pays, tel qu’un enfant de cet âge le découvrirait. Animaux, comptines, musiques, rythmes dans la langue du pays : les enfants voyagent. Bien sûr ce ne sont pas des écrans de télévision ou d’ordinateur : il s’agit de diapositives, donc c’est comme un imagier. Il n’y a pas d’effet stroboscopique, cette succession d’images très rapide qui hypnotise l’enfant. La bulle est placée au centre de l’atrium et n’a pas de porte : à certains moments de la journée, des activités dirigées sont proposées à l’intérieur, le reste du temps, elle reste en libre accès. Les enfants sont invités à y entrer, jamais obligés.

Vous préférez donc la mise à disposition de cet atelier à la présence d’intervenants ?
Nous faisons parfois venir des personnes pour présenter des instruments aux enfants et en jouer. Mais nous ne faisons pas de l’éveil musical. La Bulle est vraiment le projet pédagogique de nos crèches. C’est un lieu où les enfants découvrent par eux-même. Au fur et à mesure qu’ils vont dans la bulle, les enfants apprennent plein de chants et repèrent les sons. Par exemple, une petite fille a appris à compter jusqu’à 10 en Hindi ! Un autre, dès le plus jeune âge a été subjugué par le son de la flûte de pan et son enthousiasme l’a amené à découvrir d’autres instruments. C’est comme ça qu’il s’est ouvert à la musique, alors que sa famille ne l’était pas du tout au début.

Ce succès auprès des enfants a même suscité l’intérêt de pays étrangers...
En effet, nous avons eu la visite de délégations étrangères encore en février dernier. Le Japon surtout s’est intéressé à la bulle. Les japonais sont un peu comme les français : ils ne sont pas toujours très à l’aise dans les langues étrangères et sont à la fois fiers de leur culture et veulent renforcer leur identité. L’année dernière, un ambassadeur est venu voir nos crèches, il était intéressé d’importer notre concept au japon. La Corée du Sud aussi qui a fait venir 2 délégations de 25 directrice de crèches. On a également accueilli des gestionnaires de crèches et des scientifiques de la pédagogie venant du Québec pour étudier notre projet. De mon côté, je suis allée voir ce qui se faisait au Japon et en Corée.

Le bilan est plutôt positif donc pour Cap Enfants ?
Oui, d’ailleurs l’année dernière, un docteur en psycholinguistique et un directeur de recherche émérite de l’Inserm ont mené une étude scientifique pour mesurer l’impact de notre pédagogie sur des enfants entre 4 et 10 ans qui sont passés par nos crèches. Leurs observations sont très encourageantes pour nous : les enfants ont un niveau de vocabulaire très supérieur à la moyenne, ils ont une grande aptitude à la concentration, à la mémorisation et au raisonnement logique. On a plusieurs projets : déjà, digitaliser la bulle. Pour l’instant, les professionnels pilotent le logiciel des sons et images manuellement sur un écran, demain ils auront une tablette avec laquelle ils pourront préétablir les programmes. On compte aussi ouvrir d’autres crèches en France et développer le projet pédagogique de la Bulle Musicale® à l’international.
Article rédigé par : Armelle Bérard Bergery
Modifié le 13 mai 2017