Marie-Christine Guény, accueillante en Laep : « Le travail en Laep enrichit un professionnel de la petite enfance dans ses autres fonctions »

Auxiliaire de puériculture pendant dix-huit ans dans des crèches départementales et municipales, Marie-Christine Guény a fait le choix d’arrêter de travailler à la naissance de son troisième enfant, pour ensuite devenir accueillante en Laep. Intéressée par le travail sur le lien parent- enfant, Marie-Christine Guény a bénéficié de la formation liée à la « pratique d'accueil dans un Lieu d'Accueil Enfants Parents » du réseau de la CAF. Très rapidement, elle a été recrutée dans des Laep en milieu urbain ou rural (maisons de la petite enfance, centres sociaux, en itinérance).
Aujourd'hui, elle est accueillante depuis 10 ans, travaille cinq matinées par semaine dans différents Laep en région parisienne, participe chaque année aux rencontres et à la formation continue sur la posture d'accueillant.
Les Pros de la Petite Enfance : Que vous apporte votre travail en Laep ?
Marie-Christine Guény : Ce travail m'apporte beaucoup de satisfaction quand je vois les parents se réassurer dans leur rôle de premier éducateur de leur enfant, quand je vois des enfants revenir avec plaisir... Ce travail est tout sauf routinier, je ne peux jamais prévoir ce qui va se passer. Le travail sur la relation est toujours d'une grande richesse et tous les jours j'apprends auprès des enfants et de leurs parents.

Selon vous, quelles sont les principales préoccupations des parents que vous accueillez et comment y répondez-vous ?
Nous pouvons déterminer trois principales préoccupations. La première est la peur d'une séparation difficile à l'entrée à l'école maternelle ou à la reprise du travail. Dans ce cas, nous écoutons les parents (bien souvent des mamans, mais également quelques papas), nous reformulons leur question, parfois l’échange demeure uniquement avec l’accueillant et parfois la question est abordée avec d’autres parents présents. Ils réalisent alors qu'ils ne sont pas seuls à vivre cette situation. Certains parents partagent leur expérience et donnent des solutions qui ont fonctionné pour eux, d'autres racontent comment s'est passée la rentrée scolaire pour leur plus grand.
Nous disons à l'enfant que sur ce lieu, le parent qui l'accompagne reste avec lui et qu'ici, il peut, s'il le veut, rester dans les bras de son parent pendant toute la séance. Nous faisons remarquer au parent quand son enfant s'éloigne pour jouer, mais aussi quand il revient se ressourcer auprès de lui pour mieux repartir. Nous avons des jeux qui permettent à l'enfant d’expérimenter la séparation comme le jeu de "coucou caché" par exemple. Cette séparation en présence du parent est rassurante pour l'enfant et lui permet de découvrir le monde qui l'entoure en confiance.

La seconde préoccupation est liée au développement de l'enfant, c'est une préoccupation récurrente des parents. Ils se questionnent sur le fait que leur enfant ne marche pas encore, ne parle pas ou n'est pas encore propre… Face à ces questions, d’autres parents apportent la diversité de leurs vécus et permettent de relativiser les craintes. En qualité d'accueillant, nous mettons en valeur toutes les expérimentations de leur enfant. Par exemple, un bébé qui ne tient pas assis mais qui sait avancer sur le tapis pour attraper un jouet. Les parents apprennent à se faire confiance ainsi qu'à leur enfant et se sentent moins atteints par les remarques qu'ils entendent à l'extérieur du Laep.

Enfin, la troisième préoccupation reste la solitude des mamans à la maison. En venant au Laep, elles rencontrent d'autres parents, elles créent des liens, des réseaux et s'organisent entre elles pour des sorties, des échanges de garde d'enfant. Au Laep, elles s'autorisent à ne pas être toujours en action (ménage, rangement, cuisine...) et prennent le temps de jouer avec leur enfant, de l'observer dans ses jeux et ses relations aux autres, de discuter avec les autres parents, de ne rien faire, voire de se reposer.

A l'heure où les transmissions familiales ne se font plus vraiment, estimez-vous que les jeunes parents reçoivent trop d'informations concernant leur rôle de parents (forums, blogs, Internet, médias...) ?
Dans les Laep, il n’y a pas que des parents, il y a aussi quelques grands-parents qui ont en charge leur petit enfant, ce qui permet des échanges intergénérationnels. Selon les milieux sociaux et les territoires, les informations recherchées sur les réseaux sociaux ne sont pas les mêmes. Je remarque que les jeunes parents reçoivent des informations sans en être saturés et qu'ils sont en demande. Au sein du Laep, ils échangent et s'informent entre eux.

Le gouvernement prévoit de créer en 2020 une offre de services et conseils pour aider les futurs et jeunes parents durant les 1 000 premiers jours de leur enfant (quatrième mois de grossesse aux deux ans de l'enfant), les LAEP, leur développement ainsi que la mise en place d'une campagne de communication au niveau national pourraient s'inscrire dans cette offre, qu'en pensez-vous ?
Ce serait vraiment bien de faire connaître le Laep au plus grand nombre de parents et cela le plus tôt possible (consultations prénatales, maternité...). Dès les premiers mois de l'enfant, nous nous apercevons des bienfaits du Laep sur le bébé, le parent et leur relation. Les différents espaces favorisent une motricité libre des bébés. Le fait de pouvoir arriver à l'heure que l'on veut et partir quand l'enfant ou le parent en ressent le besoin peut favoriser la venue des plus petits et permet de respecter leur rythme.

Souvent, le parent découvre le Laep quand l'enfant a deux ans environ, car il n'a pas osé venir avec un bébé ou il n'avait pas connaissance de ce type de lieu. Par ailleurs, un allongement du congé de paternité permettrait peut-être la venue de davantage de jeunes papas dans les Laep. Selon moi, il est nécessaire que le Gouvernement mette en place une campagne de communication efficace à destination des parents comme des élus.

Quels conseils souhaiteriez-vous donner à un professionnel de la petite enfance qui veut devenir accueillant en Laep ?
Quand on travaille dans un Laep, il faut savoir retirer sa "casquette" de professionnel de la petite enfance. Nous ne sommes pas là pour donner des réponses ou des conseils aux parents, ni pour proposer des activités aux enfants ou pour intervenir à la place des parents. J'ai souvent entendu des pros de la petite enfance dire leur sentiment d’inutilité, voire d’ennui lors du premier accueil. C'est une posture tellement différente.

Ainsi, notre rôle est d’aménager l'espace de façon à ce qu'il soit accueillant et sécurisant pour les enfants et leurs parents. Différents jouets et espaces de jeux sont mis à la disposition des enfants, qu'ils retrouvent à chaque séance. Notre mission est d'accueillir l'enfant, son parent et leur relation là où elle en est. Nous sommes garants du lieu, disponibles pour chacun, attentifs aux échanges, à l'évolution des enfants et aux relations enfants-parents, enfants-enfants, parents-parents. Nous soutenons le positif.

Nous prenons le temps après la séance d'échanger en équipe sur nos observations et le ressenti de chacun d'entre nous. Cela nous permet d’améliorer nos pratiques. Nous bénéficions chaque année de quatre supervisions d’équipe avec une psychologue et d'une formation à la posture d'accueillant.
Le Laep ne peut qu'enrichir une professionnelle de la petite enfance dans ses autres fonctions. C’est une grande chance de travailler dans un Laep...
Article rédigé par : Catherine Alexandre
Publié le 30 septembre 2019
Mis à jour le 09 décembre 2019