Parents des 0-6 ans : les leçons du confinement

Si le confinement a provoqué parfois des tensions dans les familles, il a surtout favorisé les rapprochements positifs. C’est ce qu’il ressort d’une enquête réalisée par Mpedia , le site grand public de l’AFPA, en partenariat avec la Fondation pour l’Enfance, auprès des parents de jeunes enfants de moins de 6 ans.
Malgré le stress lié à la pandémie, au télétravail et /ou chômage forcé, 71 % des parents interrogés déclarent que le confinement a contribué à resserrer les liens avec leurs enfants. Et ce, en dépit de la promiscuité quotidienne et un recours souvent exagéré à la télévision, aux smartphones et autres « nounous numériques » de substitution : une famille sur deux indique avoir laissé son enfant seul devant un écran et 47 % ont regardé régulièrement les informations en présence de moins de 6 ans. Mais « malgré un usage exagéré des écrans, compréhensible en raison de la situation, beaucoup de familles sont parvenues à s’organiser pour créer des temps de partage », souligne le Dr Catherine Salinier, membre de l’Association française de pédiatrie ambulatoire (AFPA). La pédiatre retient en effet que la majorité des parents ayant répondu au sondage (59 %) ont pratiqué plus d’activités manuelles avec leurs enfants et qu’ils ont su exploiter les repas, les phases de jeux et le coucher comme des moments privilégiés pour interagir avec eux. Elle compare le confinement à une « loupe » ayant servi de révélateur au sein des foyers : « les familles qui allaient mal avant ont vu leurs difficultés empirer au cours de cette période ; mais celles qui se portaient bien ont été encore mieux et les écrans n’ont pas fait « écran » aux interactions parents-enfants ».

L’importance des interactions
La pédiatre rappelle à quel point les interactions constituent le socle de développement des petits, aussi bien sur les plans moteur, cognitif, psycho-social et émotionnel. « Le rythme trépidant de nos vies habituelles nous a fait oublier l’importance des échanges avec les enfants, pourtant c’est grâce à eux qu’ils se construisent. En temps normal, on court tout le temps. Y compris lors des vacances scolaires où l’on répond souvent aussi à de nombreuses sollicitations d’un autre type : aller se baigner, partir en randonnée, se rendre à un apéritif… » Avec le confinement, les familles ont été obligées de déployer des trésors d’inventivités pour s’organiser et redécouvrir les bonheurs simples : « On s'est aperçu que les activités quotidiennes pouvaient être sources de joie. Découper des radis, mettre la table à plusieurs … quel plaisir ! Et tant pis si une assiette se casse en route ou que l’on « perd » un petit peu de temps… C’est cela l’interaction ! … « Agir avec », littéralement. » D’ailleurs, le médecin observe même que les écrans ne sont pas nocifs en soit. Tout dépend de leur utilisation : « Ce qui est terrible, c’est l’écran seul et trop longtemps. Mais si vous regardez un film aux côtés de votre enfant et interagissez avec lui, c’est complètement différent ! Il s’agit alors d’un temps de partage. A défaut, si vous demandez au petit ce qu’il a vu sans vous, cela sera toujours mieux que de ne pas lui en parler du tout. »

Campagne d’été
Le Dr. Salinier insiste sur l’enseignement que les familles doivent tirer de cette expérience et la nécessité de la prolonger : « Dommage qu’il ait fallu une situation aussi extraordinnaire que le confinement pour réaliser les bienfaits des interactions avec les plus jeunes. On a découvert le télétravail, les possibilités de faire des réunions à distance… Quel gain de temps et d’énergie !  Il faut rester sur cette lancée, arrêter de galoper et continuer à prendre du temps relationnel qualitatif avec les plus petits en diminuant l’usage des écrans non réfléchi. » Pour accompagner les parents dans cette démarche, l’AFPA et la Fondation de France ont lancé, le 8 juillet, une campagne d’information. Jusqu’au 25 Août prochain, trois affiches seront déployées sur le territoire métropolitain, chacune représentant une situation de jeux parents-enfants accompagnée du slogan : « Interagir avec votre enfant l’aidera à développer son langage, son autonomie et à découvrir ses émotions ». Parallèlement, conseils, articles, quiz et témoignages sont également accessibles en ligne.

Le rôle des pros
Un programme de sensibilisation ludique et pédagogique, avec le soutien financier de Santé publique France, a également été conçu à l’attention des professionnels de la petite enfance et de la santé. Il sera déployé à compter du 1er septembre 2020 pour animer des ateliers au sein des structures parents-enfants. « Les professionnels ont un rôle d’information à jouer auprès des parents, appuie le Dr. Salinier. Ils doivent aussi assumer pleinement leur devoir d’interaction avec les petits qui leurs sont confiés. Et cela n’est pas forcément synonyme de stimulations intellectuelles ou de matériel sophistiqué ! Nul besoin d’une panoplie extraordinaire de jouets… L’interaction c’est malaxer de la farine avec du beurre, s’essayer à plier une serviette, contempler une fleur … Bref, mener une action ensemble et savourer ce moment complice entre « toi et moi ».

 
Article rédigé par : Marie-Sophie Bazin
Publié le 17 juillet 2020
Mis à jour le 20 juillet 2020