TISF : des pros au cœur de la difficulté familiale

Souvent méconnu des parents et professionnels, le métier de Technicienne de l’Intervention Sociale et Familiale (TISF) est pourtant un soutien important à la parentalité. Née après la seconde guerre mondiale, celle qu’on appelait « aide familiale à domicile » incarne un rôle majeur au sein des familles en difficultés. Espérons que dans son rapport, la commission des « 1000 jours » présidée par Boris Cyrulnik donnera une place à ces professionnelles dans l’accompagnement à la parentalité. Le point avec Joëlle Perin, directrice de l’Aide Familiale à Domicile en Avesnois (59).
 
Les Techniciennes de l’Intervention Sociale et Familiale (TISF), à plus de 98%  des femmes, sont employées le plus souvent par des associations conventionnées avec les CAF et les Départements, mais aussi par des crèches parentales,  ou encore dans des associations mandatées dans le cadre de mesures judiciaires.

Multi-tâches et à l’écoute
Actrice du social, la TISF a pour objectif la sauvegarde du lien familial, le maintien ou l’acquisition de l’autonomie et le soutien direct à la cellule familiale. Elle a un rôle préventif, éducatif, de réparation, d’accompagnement et de soutien. Elle peut intervenir de façon régulière dans des familles fragilisées. Elle est multi-tâches et peut donc accompagner les parents pour préparer le cartable des plus jeunes, changer la couche des bébés, faire les devoirs, effectuer des tâches administratives, favoriser l’éveil des enfants  et le lien social, faire les courses ou encore le ménage. Elle est aussi un soutien durant la grossesse ou après celle-ci en cas de dépression post-partum par exemple.

Une TISF doit préparer et organiser sa présence dans les familles
Familles nombreuses, parents malades ou tout simplement dépassés, la TISF est confrontée à une multitude de contextes qu’elle nomme « les faits générateurs ». Ce sont eux qui motivent son intervention.
Le plus important pour elle : ne pas arriver « comme un cheveu sur la soupe » au risque de perturber la famille plus que de l’aider. C’est pourquoi explique Joëlle Perin, « la toute première mission est  la mise en place d’un projet d’intervention avec les parents en amont pour cadrer de la meilleure manière la présence d’une TISF dans la famille. » 
La TISF intervient dans une famille toujours quand les parents sont là. Elle peut leur suppléer s’ils sont momentanément dans l’incapacité d’effectuer certaines tâches mais le plus souvent, elle agira main dans la main avec le parent afin de favoriser son retour à l’autonomie.
Il est primordial de nouer une relation de confiance avec les membres de la famille pour créer un dialogue. Car du dialogue, il y en a besoin. Et ce n’est pas toujours facile …

Des situations souvent délicates
« Elles se retrouvent face à des problématiques d’alcool ou tout type de dépendance, d’hygiène, d’handicap ou de maladie. Il leur arrive de découvrir au cours d’une intervention un cas de violence conjugale par exemple alors qu’elle venait pour un soutien aux tâches ménagères. On se rend compte de certaines choses en gagnant la confiance de la famille. » raconte Joëlle Perin.
Mais la TISF n’est pas cantonnée à ce rôle d’aide au domicile des parents, elle peut aussi accompagner des parents dont les enfants ont été placés en famille d’accueil. Lorsqu’elle est sollicitée pour intervenir lors d’un droit de visites des enfants chez leurs parents, son rôle est de souteniret non de surveiller. Elle est, dans ces moments difficiles, une oreille attentive et apporte des clés pour que les droits de visite se déroulent le mieux possible mais aussi pour préparer un retour des enfants au domicile.
La TISF peut aussi organiser et animer des actions collectives le plus souvent en lien avec la Parentalité.

Qui peut bénéficier de l’aide d’une TISF ?
Toute famille peut initier une demande auprès d’une association conventionnée par le  CAF en cas de difficulté temporaire. La participation financière est alors définie en fonction du quotient familial. Quand la famille fait une demande d’intervention avec un dossier de CAF, la durée de l’intervention dépend de ses besoins. Si c’est un cas de grippe par exemple qui terrasse la mère de famille, une TISF peut rester 15 jours. Mais dans certaines situations, elle peut même intervenir durant 2 ans. En moyenne, elle accompagnera la famille environ 6 mois. Elle ne vient cependant pas en dessous de 2h par semaine, mais les heures de présences sont variables selon les cas.
Les services sociaux des départements, ceux de la PMI ainsi que les services exerçant une Action Educative en Milieu Ouvert (AEMO) peuvent aussi proposer des interventions TISF aux familles. Lorsqu’une TISF intervient dans le cadre d’une mesure judiciaire elle n’a pas de mandat. Elle vient en renfort de l’équipe AEMO si la famille donne son accord.
 

Devenir TISF

Pour exercer le métier de technicien de l’intervention sociale et familiale, il est nécessaire d’être majeure et d’obtenir, à l’issue de 2 ans de formation, le diplôme d’Etat de TISF (Detisf). Même s’il n’y a pas de condition de diplôme pour l’inscription à la formation, il existe cependant pour des titulaires de diplômes spécifiques des dispenses de formation. TISF est certes un métier essentiellement féminin mais ouvert aux hommes. Il offre un vrai soutien à la parentalité, sans jugement mais avec bienveillance et discrétion.
C’est un métier qui, selon l’Onisep, requiert une « grande capacité d’adaptation ». Du tact, un mélange de « savoir-faire et savoir-être » pour s’impliquer de la meilleure manière dans le quotidien des familles. La « faculté d’adaptation » est elle-aussi déterminante pour que le quotidien d’une TISF qui jongle entre plusieurs familles dans une même journée soit le plus serein possible.
 

Publié le 20 novembre 2019
Mis à jour le 20 novembre 2019