Psycho-Développement

Marcher à quatre pattes : pourquoi c’est utile

On entend parfois  dire que le « quatre pattes » serait une étape « facultative » du développement psychomoteur. Effectivement, un certain nombre d‘enfants ne se déplacent pas à quatre pattes avant de savoir marcher sur leurs deux pieds, ils se déplacent en assis. Pourtant le quatre pattes est bien une étape inscrite dans le « programme neuromoteur » des humains. Il fait partie du processus qui mène le bébé vers la marche, vers une marche équilibrée, souple et harmonieuse. Les explications de Monique Busquet, psychomotricienne.
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bébé marche à quatre pattes
Le quatre pattes : un mouvement riche et complexe qui prépare bien à la marche
Les étapes qui précèdent la marche sont les constituants des capacités motrices d’un enfant et de son adaptation à l’environnement, un peu comme les lettres de l’alphabet qui en se combinant produisent le langage écrit.
Le déplacement à quatre pattes est un mouvement alterné des bras et des jambes. C’est le même schéma qui est déjà à la base du ramper et qui ensuite constitue la marche. Ce mouvement alterné est une coordination des deux côtés du corps et s’accompagne d’une coordination entre les deux hémisphères du cerveau. Cette coordination permet également lorsque l’enfant grandit, une meilleure fluidité de pensée, de lecture, d’attention.
Le déplacement à quatre pattes entraîne également une légère rotation autour de la colonne vertébrale, des mouvements du bassin, des jambes et des pieds. La mobilité de ce bassin est une des conditions de l’équilibration donc d’une marche stable. L’utilisation de ses pieds et de ses jambes  permettra à l’enfant d’avoir des appuis solides sur le sol, lorsqu’il se mettra debout.
La connaissance de cette position quatre pattes, l’habitude de fléchir les jambes permettra à l’enfant de tomber en avant, de se réceptionner sur les mains et les genoux, condition de chutes sans gravité
En effet la réception en avant sur les mains est moins risquée qu’en arrière sur les fesses (pour les enfants comme à tout âge de la vie).
Pour se mettre debout, l’enfant passera, à partir de cette position quatre pattes, par la position du chevalier servant, un genou fléchi au sol. Il pourra ainsi redescendre vers le sol par le même chemin, c’est-à-dire en posant un genou au sol, et donc en lâchant un appui l’un après l’autre, sans crainte de tomber. C’est le mouvement physiologique et juste, utilisé à tout âge pour se redresser (et recommandé aux adultes pour éviter les maux de dos).

Les enfants assis trop tôt font peu de quatre pattes
Un enfant qui est posé au sol, en présence d’un adulte sécurisant et disponible, d’abord à plat dos et libre de ses mouvements, trouvera comment se retourner puis comment ramper, et ensuite se déplacer à quatre pattes. Certains enfants rampent très longtemps et se déplacent à peine à quatre pattes ; d’autres rampent peu longtemps et vont rapidement vers le quatre pattes. Il s'agit du même schéma de mouvement, la seule différence étant le tonus et l’équilibration sur 4 points d’appui.
Les enfants qui se déplacent assis sont le plus souvent des enfants qui ont été installés en position assise avant de savoir se retourner et se déplacer à plat ventre. Lorsqu’ainsi, ces enfants n’ont jamais connu ou été à l’aise dans cette position ventrale, ils ont l’air en général contents d’être installés dans la position assise, tout en ayant peur de tomber et ils y restent immobiles.
Ils jouent alors avec des jouets posés devant eux, mais lorsqu’ils ont besoin de se pencher en avant pour les ramasser, ils ont  trop peur à la fois d‘aller vers cette posture à plat ventre qu’ils  connaissent peu et de perdre la sensation sécurisante du sol sous leur fesses. Cette sensation leur est un repère (comme si ce sol faisait partie de la représentation qu’ils se font de leur corps).
Ils ont peur de ce déséquilibre, peur du vide sous leurs fesses et ne vont pas jusqu’au bout de leur mouvement. C’est ainsi que certains vont se déplacer à moitié assis, en appui sur leur mains.   D’autres se déplaceront assis. Trouver ce mode de déplacement leur permet enfin d’aller chercher les jouets, de se déplacer et explorer l’espace, de suivre les adultes ou enfants, et d’être moins dépendants. Il est vrai qu’ils  peuvent aller très vite, mais ils ont peu conscience de leurs jambes, celles-ci sont en général hypotoniques et tendues puisqu’elles sont peu utilisées en position assise.

Plus de chutes chez les apprentis marcheurs qui n’ont pas fait de quatre pattes
Lorsque ces enfants commencent à se mettre debout, ils sont gênés pour redescendre de cette position debout. Ils tiennent  à la force de leur bras et lorsqu’ils fatiguent et souhaitent revenir au sol, ils ne savent pas comment faire. Ils ont l’habitude de garder leurs jambes tendues, verrouillées au niveau des genoux et ne savent pas comment les fléchir. Ils vont alors rechercher la position qu’ils connaissent, qui les sécurise, la position assise et se laissent tomber en arrière sur leurs fesses. Une chute sur la couche, cela parait anodin, mais c’est néanmoins une chute qui s’accompagne de peur. Cette chute arrière devient une habitude inscrite dans la mémoire corporelle.  
Ainsi  de nombreux enfants tombent en arrière, parfois même sur le dos, encore à l’âge de l’école maternelle et peuvent avoir du mal à retrouver les mouvements pour se relever.

Bien heureusement à tout âge, il est possible de proposer aux enfants de jouer à plat ventre et à quatre pattes. Il est possible de leur proposer de prendre appui sur l’adulte pour s’y réassurer,  par exemple allongé en travers des jambes de celui-ci, à plat ventre ou à quatre pattes et leur permettre ainsi de retrouver le plaisir du mouvement. Toute proposition de jeux comme passer sous  une chaise, une table, dans un tunnel... aidera l’enfant à y prendre assurance et plaisir.

Nous ne redirons jamais assez l’importance de favoriser le mouvement des enfants dès le plus jeune âge. Il est la base d’un développement harmonieux de l’enfant, de sa prudence, de sa confiance en lui et de ses capacités d’apprentissage.
Article rédigé par : Monique Busquet
Modifié le 31 janvier 2018