Qu’est-ce qui permet à un enfant de marcher ?

 Tous les enfants- sauf troubles particuliers- finiront par marcher. Certains le font plus tôt que d’autres. Peu importe un enfant marche quand il est prêt … dans son corps et dans sa tête.  C’est-à-dire quand il en a les capacités et la motivation. Inutile de faire le forcing pour le faire marcher. Les explications et le point de vue averti de Monique Busquet, psychomotricienne.
La marche est une étape très attendue dans le développement de l’enfant
Les premiers pas sont toujours un moment magique, une victoire pour l’enfant comme pour ses parents. La marche rassure sur l’intégrité de la santé de l’enfant, de son développement et sans doute de son devenir dans la société. Elle s’accompagne de plus d’autonomie de l’enfant et vient donner à celui-ci comme un nouveau statut.  En effet, sur un plan symbolique, la marche différencie l’humain de l’animal.
L’acquisition de la marche est depuis longtemps source de préoccupation.  Nous en retrouvons des traces dans l’histoire, au moins depuis le Moyen Age en Occident, mais aussi dans d’autres cultures : différents chariots de marche, ancêtres des youpalas, ainsi que de « lisières » ou bretelles et bandes de tissu destinées faire marcher l’enfant. Cette étape était sans doute d’autant plus attendue que le sol était synonyme de danger, autant du fait des animaux que de l’hygiène. Il reste d’ailleurs fréquemment dans les inconscients collectifs des difficultés à poser les bébés au sol.
 
La capacité à marcher dépend essentiellement de la maturation du cerveau
 Il a longtemps été pensé qu’il était nécessaire de faire marcher un enfant pour que celui-ci ait envie et apprenne à marcher.  Or nous savons aujourd’hui qu’il n’en est aucunement besoin. Cette acquisition fait partie du répertoire du petit enfant. Pour marcher, un enfant doit pouvoir analyser un nombre considérable de sensations : des sensations visuelles, des sensations labyrinthiques (en provenance de l’oreille interne), des sensations plantaires (en provenance des pieds nus) et des sensations proprioceptives (en provenance de l’ensemble du corps). En fonction de cette analyse et de la connaissance que l’enfant a de son corps, il lui est aussi nécessaire de commander et ajuster un ensemble important de contractions musculaires. L’enfant coordonne alors les appuis et les mouvements des pieds, des jambes, du bassin, des bras, de la tête.
Un déficit d’une seule de ces informations sensorielles ou une difficulté dans la commande motrice gêne l’équilibration et la marche. La marche dépend de l’intégrité des récepteurs sensoriels, du cerveau, des commandes de la motricité, du système ostéo musculaire.  Son âge d’acquisition dépend de la maturation des circuits cérébraux, variable selon des facteurs génétiques. Il est considéré « dans la norme » entre 7-8 mois et 20-22 mois, la moyenne étant autour de 14-15 mois. L’âge n’est qu’un indicateur statistique. Il n’indique en rien les éventuelles causes d’un retard, d’une pathologie, ni de l’avenir de l’enfant. Une inquiétude éventuelle se base sur la qualité du mouvement et sur l’évolutivité de l’enfant, dans le contexte global de son développement. Toute inquiétude justifie de rencontrer un professionnel pour comprendre ce que montre cet enfant dans sa façon de bouger, d’évoluer et de quoi il aurait éventuellement besoin.

Pour marcher l’enfant a également besoin d’avoir fait préalablement suffisamment d’expériences motrices par lui-même
La marche implique de  
- se mettre debout et tenir debout sans appuis des mains
- prendre appui sur ses pieds
- avoir le tonus ou la force musculaire dans les jambes de porter son poids
- maintenir son équilibre
- mobiliser son bassin
- avoir confiance en lui et dans ses capacités face aux déséquilibres
- savoir tomber de préférence en mettant les mains en avant
- savoir se relever soi-même    
- s’adapter au sol et aux éventuels obstacles.
    
L’environnement a un rôle important à jouer auprès de l’enfant

L’enfant a besoin d’un environnement humain et matériel suffisamment sécurisants et fiables. Il a besoin de pouvoir faire librement et à son rythme des expérimentations psychomotrices qui lui permettent d’intégrer les étapes préliminaires à une marche harmonieuse et stable.
Jouer à plat dos, attraper ses pieds en enroulant son bassin, se retourner pour se mettre à plat ventre, ramper ou marcher à quatre pattes dans un mouvement alterné bras et jambes, sont les mouvements de base qui précèdent la marche.
Ce sont ces mouvements qui permettent ensuite à l’enfant de se mettre debout, redescendre et se relever, puis de savoir être attentif à l’environnement et enfin d’ajuster ses mouvements à ce qu’il voit et perçoit. Chacune de ces étapes rapproche progressivement l’enfant de la verticalité. Elles ont toutes leur importance et permettent une marche plus stable et sécure dès ses débuts.  
L’enfant n’a pas toujours besoin de support pour se relever. Depuis les quatre pattes il peut se mettre debout lui-même en passant soit par la position du chevalier servant (un genou au sol, l’autre jambe pliée en avant) soit par la position accroupie.  Se mettre debout en prenant vraiment appui sur ses jambes donne plus de stabilité que se relever en se tirant à la force des bras.

L’enfant se met en marche lorsqu’il est prêt dans son corps et dans sa tête
Il n’est pas besoin de stimuler l’enfant ou de lui mettre la pression. L’enfant a une motivation interne pour grandir, pour explorer ses capacités, pour faire comme les autres au milieu desquels il vit (enfants comme adultes). S’il se sent suffisamment en sécurité, il manifeste une grande énergie pour essayer et réessayer. C’est par ses propres essais, tâtonnements et réussites que l’enfant construit sa confiance en lui. Ce n’est pas pour faire plaisir que l’enfant marche, mais il a plaisir à voir le plaisir de l’adulte. Grandir c’est du plaisir partagé.
Il est donc inutile de faire marcher un enfant. De plus, lorsqu’il est tenu par les bras (ou mis dans un youpala), l’enfant n’est pas réellement en appui sur ses pieds. Il expérimente moins son propre équilibre. Il ne peut coordonner ses bras et ses jambes, il ne peut faire les liens nécessaires entre ce qu’il voit, ce qu’il fait et ce qu’il perçoit dans son corps. Il risque alors de tomber plus souvent ultérieurement. Il risque également d’être plus raide dans ses articulations et musculations (pieds, chevilles, genoux, bassin, dos). De même les chaussures sont inutiles et gênent l’enfant dans ses sensations et la perception de ses appuis. Être pieds-nus lui permet de sentir de façon fine ses appuis et de muscler sa voute plantaire.
Même lorsque l’enfant a acquis la marche, il peut encore par moments se déplacer de nouveau à quatre pattes. La quadrupédie reste un mouvement essentiel utile autant pour franchir d’éventuels obstacles que pour garder un bassin mobile (et prévenir les maux de dos). Tous les jeux de grimper, passer dessus, passer dessous sont donc bons à proposer.
        
La marche gravée dans la mémoire corporelle
La marche est vraiment quelque chose d’important, tout au long de la vie, qui se prépare dès les premiers mois. Le schéma de la marche s’inscrit dans la mémoire corporelle. Chaque adulte a un mouvement spécifique, une démarche reconnaissable de loin : le déroulement des pieds (visible aussi à l’usure des semelles des chaussures), les jambes plus ou moins raides, la posture plus ou moins en avant ou en arrière, le dos, les épaules, la tête plus ou moins redressée. Notre marche, en lien avec nos vécus corporels, émotionnels, psychoaffectifs, est plus ou moins souple, fluide, harmonieuse, enracinée, légère… Heureusement il est possible, à tout âge, d’en prendre conscience et de travailler dessus : étirer des chaines musculaires postérieures, mobiliser chaque partie du corps, retrouver de la souplesse dans les articulations, revisiter les différents changements de position pour se relever et se mettre debout. Cela permet une prévention des douleurs musculosquelettiques.
    
Laissons les enfants se mettre en mouvement, permettons- leur de gouter au plaisir de bouger librement et de trouver eux-mêmes comment se mettre en marche.  Cela les aidera à être actifs, bien dans leur peau et en mouvement pour les années ultérieures.


Pour aller plus loin, suivez nos formations en ligne : Accompagner le développement psychomoteur de l'enfant avant la marcheAccompagner le développement psychomoteur de l'enfant après la marche.
 
Article rédigé par : Monique Busquet
Publié le 26 septembre 2019
Mis à jour le 30 septembre 2019