Comment développer l’investissement social dans la petite enfance ?

Hier le 26 juin 2017, la Caisse nationale des allocations familiales (Cnaf) et l’Agence nouvelle des solidarités actives (Ansa) ont organisé un colloque au Sénat sur l’investissement social dans la petite enfance qui a réuni des chercheurs, des acteurs de terrain et des représentants de pouvoirs publics. L’idée : croiser les regards pour dialoguer. Les trois objectifs de cet investissement social : permettre de mieux concilier vie familiale et vie professionnelle, réduire les inégalités le plus tôt possible et faire en sorte que l’innovation sociale soit tournée vers l’intérêt de l’enfant. Tout au long de l’après-midi, les interventions des experts et les questions posées ont poussé la réflexion sur les innovations à mettre en place et la manière de les évaluer. Une démarche qui est vraiment dans l’ère du temps puisqu’elle est déjà présentée par le rapport du think tank Terra Nova et celui de l’OCDE publié il y deux jours.
Innover dans la petite enfance en réduisant les inégalités
De grandes inégalités entre les familles et entre les modes d’accueil persistent en France. Mettre les enfants en crèche serait un des moyens de combler au plus tôt les lacunes : il s’agirait de donner un peu plus la priorité aux enfants de familles défavorisées et aux petits en situation de handicap. Crèches, assistantes maternelles : des modes d’accueil dont il est important de préserver la qualité. Ce qui passe notamment par une plus grande qualification des professionnels. L’investissement sociale dans la petite enfance consisterait donc à investir dans leur formation et dans l’innovation en proposant de nouvelles pédagogies pour réduire les inégalités sur le long terme. La France pourrait s’appuyer sur le modèle britannique qui développe depuis 2011 les What Works Centres, des organismes de recherche action. Le principe : en synthétisant les études qui existent sur la petite enfance, on met au point des méthodes que l’on évalue ; on voit celles qui marche pour ensuite essayer de les généraliser. Comme l’ont souligné les intervenants, il ne s’agit pas de faire des « cataplasmes », à savoir calquer les solutions qui fonctionnent ailleurs sur notre système mais de réparer en amont ses défaillances.
Des projets en cours d’expérimentation
En France, des projets innovants ont vu le jour et sont en cours d’expérimentation. Le programme Malin qui offre un soutien aux familles vulnérables sur l’alimentation infantile des 0-3 ans. Le programme PANJO qui fait la promotion de la santé et de l’attachement des nouveaux nés et de leurs jeunes parents, un outil de renforcement des services de PMI. Et le projet Jeux d’enfants, suivi depuis une trentaine d’années aux Etats-Unis puis au Québec, actuellement expérimenté à Lille. Présenté par Claude Haubold, directeur de la petite enfance à Lille, il consiste à observer les compétences de l’enfant pour les valoriser au quotidien et lui proposer des jeux adaptés à toutes les sphères de son développement.
La prochaine COG plus axée sur la qualité de l'accueil
Le président de la Cnaf Jean-Louis Deroussen a constaté que les objectifs quantitatifs de l’actuelle Convention d’Objectifs et de Gestion (COG) qui se termine en fin d’année n’ont pas été atteints en termes d’offres d’accueil. Il a cependant souligné le gros travail mené localement pour aller au-devant des besoins des familles. Pour clore cette journée de réflexion, Daniel Lenoir, directeur général de la Cnaf, a donné des pistes d’actions pour penser la future COG 2018-2022 : en petite enfance, il ne suffit pas de se donner des objectifs quantitatifs, on doit aussi établir des objectifs qualitatifs. Il faut également appliquer les méthodes d’évaluation qui font déjà leurs preuves et en élaborer de nouvelles pour développer l’investissement social. La Cnaf travaille déjà à la création d’un fonds en ce sens, ce que proposait le rapport de Terra Nova dont l’une des recommandations est de créer un « Fonds national pour la qualité de l’accueil en crèche ».
Article rédigé par : A.B.B.