Une Souris Verte

Comment favoriser le jeu de l’enfant en situation de handicap ?

Les professionnels de la petite enfance expriment régulièrement des doutes et des peurs concernant le jeu : « suis-je capable de répondre aux besoins de jeu des enfants en situation de handicap ? ». Cette peur de mal faire est basée sur une réflexion initiale qui ne soulève peut-être pas la bonne problématique : aborder l’enfant à travers son handicap et ses limites (corporelles, cognitives, relationnelles, etc.) nous empêche de le rencontrer dans ce qu’il est en tant que personne – comme tout enfant et individu – avec ses propres goûts, envies et besoins.
Jouer ou stimuler ?
Les professionnels ont parfois des difficultés à trouver leur place dans le jeu avec les enfants en situation de handicap. En voulant aider et contribuer au développement de l’enfant, ils utilisent le jeu – en pensant bien faire et parfois inconsciemment – comme un outil de stimulation pour l’enfant. Parfois, les professionnels répondent même à une attente implicite ou explicite des parents. Pourtant, en agissant ainsi, ils empêchent l’enfant en situation de handicap de jouer librement.

Le jeu, un besoin fondamental pour tout enfant
Selon Pauline Kergomard, pédagogue du 19ème siècle, « Le jeu, c’est le travail de l’enfant, c’est son métier, sa vie. » (1). Pourquoi les enfants en situation de handicap échapperaient-ils à ce constat ? Alors, faisons leur confiance.
Pour l’association Une Souris Verte, ce que l’on appelle couramment le jeu « libre » est le véritable jeu qui ne peut exister que dans le cadre d’une libre expérimentation. Il permet alors à l’enfant :
• De vivre des moments de plaisir puisqu’il choisit de façon spontanée des jeux qui l’intéressent et correspondent à ses goûts,
• De découvrir et d’incarner un rôle d’acteur car il mène le jeu comme il le souhaite,
• De créer du lien avec d’autres enfants et d’autres adultes, à travers le jeu partagé.
Mais quand les moyens d’expression ou d’actions de l’enfant sont limités, comment favoriser son jeu libre ?

La posture de l’adulte : en retrait mais disponible
La posture des professionnels de la petite enfance est déterminante dans le climat de jeu proposé aux enfants. Ainsi, pour permettre le jeu libre, il convient de favoriser les éléments suivants :
• Afin d’apporter un environnement sécurisant pour l’enfant, une présence physique en se situant à proximité doit être privilégiée. Il appartiendra à l’enfant de choisir de solliciter l’adulte s’il le souhaite.
• Éviter autant que possible d’intervenir dans le jeu de l’enfant, afin de lui laisser la possibilité de devenir acteur de ce temps ludique.
• Il est important de laisser l’enfant choisir les jouets qui l’intéressant, même s’ils ne paraissent pas correspondre à son âge.
• De la même façon, il convient de laisser jouer l’enfant comme il le veut avec les jouets. En détournant l’utilisation première des objets, l’enfant contribuera au développement de son imaginaire.

Ce positionnement est intéressant pour tous les enfants car il permet à chacun, quelles que soient ses capacités, de jouer librement. Lorsque l’adulte, par son observation, repère une intention de jeu qui ne peut pas être complètement réalisée de façon autonome par l’enfant, il peut alors accompagner l’enfant dans son action par exemple en guidant le geste ou en proposant une installation favorisante. A ce titre, il est primordial de faire varier les installations de l’enfant pour lui permettre de développer des liens avec les autres enfants.
En posture de retrait tout en étant disponible, le professionnel doit pouvoir veiller à ce que le jeu se déroule dans de bonnes conditions. Pour les enfants dont les moyens d’expression ou d’action sont limités, le professionnel doit rester sensible aux signaux de l’enfants, même petits, pour pouvoir respecter son désir.

Aménagement des espaces : favoriser la mise en jeu
L’environnement de jeu a aussi toute son importance. Il convient de permettre la libre circulation des enfants ainsi que la mise à portée de main des jouets, conditions nécessaires pour qu’ils puissent choisir par eux-mêmes ce à quoi ils veulent jouer et comment. Cela étant, il ne suffit pas de mettre à disposition des caisses de jeu. Les professionnels doivent créer des coins spécifiques qui favoriseront la mise en jeu.

Pour répondre au mieux aux besoins des enfants, ces espaces peuvent se penser et se construire sur le principe de la classification ESAR (Exercices, Symbolique, Assemblage, Règles) (2). Cet outil permet l’analyse psychologique, la classification et l’aménagement des espaces ludiques. Il permet de s’assurer que les espaces de jeux mis à disposition des enfants couvrent l’ensemble de leurs besoins de jeux.

Il est important de prévoir dans chaque espace une richesse sensorielle des objets, dans l’idée que chaque enfant, quelle que soit son éventuelle déficience, puisse avoir accès à des jouets de chacune des catégories sensorielles. Ainsi, chaque coin de jeux devra comporter différents touchers, visuels, sonores, etc. Et si le commerce n’offre pas toujours cette diversité, place au bricolage ! Les équipes de crèches regorgent de personnes créatives, soutenons leur imagination ! (3)

(1) L’éducation maternelle dans l’école, Pauline Kergomard, 1886, réédition Fabert, 2009, coll. « Pédagogues du monde entier ».
(2) Élaboré par Denise Garon en collaboration avec Rolande Filion et Manon Doucet, psychopédagogues « Le Système ESAR - Pour analyser, classifier des jeux et aménager des espaces »
(3) L’association Une Souris Verte coordonne et anime le Réseau Différences et Petite enfance. Dans ce cadre, les professionnel.le.s petite enfance font régulièrement la démonstration de leurs talents en matière de création de jeux.
Article rédigé par : Audrey ACOSTA, Mathilde ANTHOUARD et Anne BOUDOT
Publié le 14 mai 2021
Mis à jour le 17 août 2021