Jeu actif : à privilégier dès la petite enfance

Pour les enfants,  sauf souci de santé, jouer, c’est bouger. Alors, pourquoi faudrait-il vérifier de quelle manière dans leur journée se succèdent jeux calmes et jeux remuants ? Fabienne Agnès Levine, psychopédagogue, fait le point. Et évoque l’importance des jeux actifs dans la petite enfance. Pour l’épanouissement des jeunes enfants mais aussi pour leur faire prendre de bonnes habitudes et préserver leur capital santé !
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petit garçon sur toboggan
Bouger, une composante fondamentale du jeu
On estime à 20% de la journée le temps consacré au jeu par les enfants. L’activité ludique peut être solitaire ou partagée, improvisée ou structurée, silencieuse ou bruyante. Elle peut aussi prendre la forme d’un jeu calme ou d’un jeu physique.
Selon l’âge et le contexte, leur besoin vital de jouer se manifeste par des comportements d’exploration, de manipulation, de langage, d’imagination et bien sûr de grande motricité. Bouger est une composante fondamentale du jeu. Néanmoins on parle de jeu jeu actif lorsque l'enfant utilise tout son corps et est libre de se mouvoir dans l’espace. Le jeu actif se déroule de préférence en pleine nature ou dans un parc aménagé mais aussi dans une grande salle. Les verbes pour le décrire sont évocateurs de grands mouvements : courir, sauter, grimper, se balancer, soulever, lancer, pousser, etc.
A savoir : le jeu actif dans une salle, même si les enfants circulent avec vivacité d’un coin jeu à un autre, déplacent des gros jouets avec roues, bougent et chahutent, ce n’est pas pour autant qu’ils déploient une dépense d’énergie équivalente à celle générée par le jeu actif d’extérieur.

Le jeu actif, une notion anglo-saxonne
L’expression « jeu actif » ou plus exactement « active Play » est apparue d’abord dans des programmes éducatifs en langue anglaise pour répondre aux inquiétudes  de plusieurs pays sur le manque d’activité physique des enfants. Depuis plus de quinze ans, en Amérique du Nord, des campagnes d’informations et des projets d’actions concrètes ont été financés, souvent par des fondations privées, autour de la promotion du jeu en plein air. Deux programmes québécois, accessibles en français, s’adressent plus particulièrement aux professionnels de la petite enfance : « Nourrir le développement du jeu actif » et « Un milieu éducatif favorable au jeu libre et actif, pour le développement global des enfants »

Jouer en plein air, une affaire de santé publique !
En France, depuis 2001, la promotion de l’activité physique dès l’enfance est englobée dans un programme national ambitieux, financé par des fonds publics et organisé autour de l’alimentation : le « Plan National Nutrition Santé » , plus connu sous le nom de « Manger Bouger ». Dans d’autres pays d’Europe, des organismes privés ou publics, comme en Suisse l’Office fédéral du sport ou le Bureau de prévention des accidents, font le même constat et mettent en œuvre des incitations, dans les familles et dans les milieux éducatifs, à des activités physiques dès le plus jeune âge. Un congrès européen sur « l’activité physique et la santé des tout-petits » a été organisé en France en 2010, à Épinal, puis en Belgique en 2014, à l’Université de Liège. Les spécialistes rassemblés ont affirmé que « dès le plus jeune âge, c’est la motricité fondamentale et le savoir-faire physique de l’enfant qui doivent être développés » et que « durant l’enfance, la place du jeu et de l'amusement contribue à renforcer la pratique sportive. ».
Selon une étude de l’Institut de Veille sanitaire publiée en 2015, quatre enfants sur dix ne joueraient jamais dehors, alors que « la pratique de jeux en plein air est associée à une moindre sédentarité et à une moindre corpulence chez les enfants de 3 à 10 ans en France ».
Aujourd’hui  « près d’un tiers des enfants de 3 à 6 ans ont un niveau d’activité physique faible, 51% ont un niveau d’activité physique modérée et 19% un niveau d’activité élevé. »( Statistiques fournies par l’ONAPS (observatoire national de l’activité physique et de la sédentarité.

Le jeu actif dès le berceau !
Le jeu actif accompagne le développement musculaire, la croissance osseuse et le fonctionnement cérébral. Il aide aussi à prendre conscience de son corps et à développer des habiletés motrices. Incontestablement, jouer avec un rythme d’activité physique intense contribue à l’épanouissement global de l’enfant.
Dès ses premiers mois, du point de vue de sa mobilité à lui, rien de tel, pour un bébé, qu’un tapis au milieu de la pièce ou un drap posé sur l’herbe. Cette surface, pas trop encombrée par les jouets au sol, lui offre un meilleur espace de motricité qu’un transat ou que tout autre siège. C’est installé confortablement sur le dos que le bébé peut se mouvoir librement, agiter ses membres et répéter à loisir les nouvelles actions dont il se découvre capable. Il est toujours bon de rappeler aux parents que tenir le bébé sous les bras pour l'inciter à marcher  ou  l'asseoir dans un trotteur appelé aussi "youpala" sont des actes contraires à la liberté motrice et au jeu actif.  Rappelons d’ailleurs que pour Liesbeth Verhoeven, thérapeute par le mouvement aux Pays-Bas, il faut un minimum de huit cents rampements, complétés par un grand nombre de déplacements à quatre pattes, pour préparer la conquête de la marche.

De 1 à 3 ans, du matériel de motricité en libre service !
 Entre un et trois ans, les enfants sont prêts à vivre, à leur échelle, de grandes expéditions motrices au delà de leur environnement immédiat. Dès qu’ils marchent, ils ont besoin de mettre tout leur corps en action et fournir une grande décharge motrice. Les sorties quotidiennes sont essentielles, été comme hiver ! De plus, les expériences que l'enfant peut faire en jouant dans la nature sont irremplaçables car, comme l’écrit Elise Mareuil, "La nature est le lieu privilégié où le tout-petit va pouvoir expérimenter et acquérir pleinement sa motricité : il va courir au milieu des feuilles, sauter dans les flaques, faire glisser l'herbe entre ses doigts…"

À l’âge de la marche, les jouets qui suscitent une grande activité physique sont équipés de roues pour se déplacer. Dedans ou dehors, dans les modes d’accueil ou dans le cadre familial, porteurs, tricycles, draisiennes (ou vélos sans pédales), trottinettes et autres engins roulants garantissent une grande dépense d’énergie, à condition que ce soit l’enfant lui-même qui fournisse l’effort pour avancer, freiner, changer de direction, contrôler son équilibre, pousser, tirer, pédaler. Le tricycle avec canne directionnelle ne fait pas partie des jeux actifs car, non seulement l’enfant est conduit par l’adulte mais il reste assis, les pieds calés et sans bouger. En effet, malgré l’effet bénéfique des sorties, il ne suffit pas d’être en plein air pour que le jeu actif commence !
Offrir un bel espace de jeu moteur avec de quoi se dépenser physiquement fait partie des missions des lieux d’accueil. Dans l'idéal, les sportifs en herbe y trouvent une grande structure à grimper et une variété de jouets moteurs à utiliser, en toute sécurité,  sous la surveillance de professionnels attentionnés. Plus les enfants ont accès librement au matériel de motricité, plus ils sont en pleine activité. Toboggans, autres pentes, filets d’escalade, parcours avec blocs de mousse, tunnels en tissu, cerceaux, plots et autres accessoires sont des supports de grande motricité, qu’ils soient proposés en accès libre ou de manière plus encadrée (à condition que chaque enfant n’attende pas trop longtemps son tour !). À Lambersart, dans la région des Hauts-de-France depuis 2002, la bougeothèque reçoit les enfants des crèches et ceux accueillis par les assistantes maternelles. Ce lieu est un magnifique atelier de motricité où le jeu actif est roi.

Les pays nordiques et leurs jardins d’enfants à la Robinson Crusoe !
Une fois les habiletés motrices de base installées, les enfants de plus de 3 ans développent progressivement des compétences diversifiées au niveau de la coordination, la souplesse, l’équilibre et l’endurance. En France, la partie du programme intitulé « Agir, s’exprimer et comprendre avec son corps » incite les enfants d’école maternelle à fournir des efforts et les prépare aux cours d’éducation physique et sportive du cycle suivant, entre 6 et 10 ans.
Dans d’autres pays européens, une idée plus audacieuse est celle des jardins d’enfants situés en pleine forêt, les « Waldkindergarten ». Ils ont d’abord vu le jour au Danemark dans les années 1950 mais existent aussi en Norvège, en Suède, en Allemagne et en Suisse. Encadrés par des éducateurs formés aux premiers soins, les enfants jouent avec les éléments de la nature par tous les temps ou presque (une zone de refuge est prévue systématiquement). Ils y développent une bonne motricité globale et sont moins souvent malades que d’autres enfants de 3 à 6 ans. Cette démarche reste marginale mais est un exemple d’éducation reconnaissant le besoin vital de bouger, sans surprotection.

L'essentiel, sur le plan corporel et moteur, est d'offrir aux enfants des occasions de dépense énergétique en lien avec leur âge et leur développement, que ce soit au travers du jeu, du sport ou d’une tâche de la vie quotidienne.

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Cardiologues et ophtalmos tirent la sonnette d’alarme


L’habitude d’une activité physique régulière prise pendant l’enfance est un facteur de bonne santé, tout particulièrement pour le fonctionnement du cœur et des poumons. La Fédération Française de Cardiologie alarme les parents sur une forme de « sédentarité précoce » de leurs enfants les empêchant de se constituer « un capital santé, qui permettra d’éviter plus tard le surpoids, l’augmentation de la pression artérielle, de la glycémie et du cholestérol  »
Les ophtalmologistes aussi alarment à propos de la diminution de jeu actif à l’extérieur. Ils se réfèrent à des études publiées dans des revues scientifiques concluant qu’au moins quarante minutes quotidiennes de jeu dehors font baisser le risque de développer une myopie plus tard de 23%. Les spécialistes évoquent à l’échelle internationale une « épidémie de myopie » non génétique, en priorité dans des zones urbaines de pays asiatiques très industrialisés. Deux hypothèses sont avancées par les chercheurs : la dopamine, molécule impliquée dans le phénomène d’accommodation visuelle, est produite grâce à la lumière naturelle ; la vision de loin, dont l’usage ralentit la myopie, est beaucoup plus sollicitée à l’extérieur. Une restriction de temps de jeux en plein air pendant l’enfance, c’est un passeport pour la myopie dont on se passerait bien !

Article rédigé par : Fabienne-Agnès Levine
Publié le 20 avril 2018
Mis à jour le 27 juillet 2018