Horaires atypiques : un accueil qui permet de mieux lutter contre les inégalités

Le secrétaire d’État à l’Enfance et aux Familles a confié au président de la Mutualité française une mission autour des modes de garde à horaires atypiques. L’idée : réaliser un guide qui puisse aider tous les gestionnaires, collectivités et entreprises qui souhaitent s’investir dans ce type de mode d’accueil. Retour sur les objectifs de cette mission et les enjeux de ces solutions d’accueil avec Adrien Taquet et Thierry Beaudet.


 
Répondre aux besoins des familles
La mission qu’Adrien Taquet vient de confier au président de la Mutualité française, Thierry Beaudet, s’inscrit dans le droit fil de la réforme des modes d’accueil. L’un des objectifs de la réforme est de mieux répondre aux besoins des familles. Le décret prévoit même une expérimentation qui permet dans le cadre de l’accueil collectif d’avoir un taux d’encadrement dérogatoire (un professionnel pour trois enfants) à certains horaires non proposés jusqu’alors par la structure.
Adrien Taquet le confirme : « Cette idée de mieux répondre aux besoins des familles sous-tend cette mission bien évidemment. Il y a dans notre pays des personnes qui travaillent très tôt (le personnel d’entretien par exemple), certaines finissent tard (dans l’hôtellerie, la restauration), d’autres sont absentes plusieurs jours (je pense au personnel navigant des compagnies aériennes, aux routiers)… Et pour toutes ces familles peu de solutions pour faire garder leurs enfants existent. Cette mission est donc l’occasion d’initier une réflexion sur leurs besoins et de rassembler les informations, outils et conseils sur les solutions d’accueil qui existent ou pourraient exister pour y répondre. »

Le secrétaire d’État souhaite néanmoins préciser : « la mission sur les horaires atypiques : week-end, nuits, horaires vraiment tardifs mais aussi sur les horaires étendus, aux marges des horaires d’ouverture habituels ». Une précision d’importance car horaires atypiques et horaires étendus ne concernent pas tout à fait les mêmes familles. Ce que constate aussi Thierry Beaudet puisque la Mutualité française a derrière elle plus de 15 ans d’expérience avec le système Mamhique né en 2004 en Bretagne.
Bien évidemment, cette mission et ce guide s’inscrivent aussi dans le cadre plus large de la conciliation vie professionnelle, vie personnelle, de l’égalité entre les hommes et les femmes. Et bien sûr ils ont aussi des résonnances avec les 1000 premiers jours.

Lutter contre les inégalités de destin
Adrien Taquet assure aussi que ces solutions d’accueil à horaires atypiques sont une bonne façon de lutter contre les inégalités. « Lors d’un voyage en Finlande explique-t-il, j’ai pu visiter des crèches à horaires atypiques, c’est-à-dire ouvertes 24h sur 24 et 7 jours sur 7. Il est dans certains cas possible d’y laisser ses enfants de moins de 6 ans, plusieurs jours d’affilée. Il faut arriver avec un contrat de travail pour justifier de cette place que l’on perd dès que l’on change de travail ou d’horaires. Et après quelques années, les Finlandais se sont aperçus que ce sont les populations les plus fragiles et les plus précaires qui bénéficient de ces dispositifs.»
« Ce genre de dispositif poursuit-il au-delà de tous ceux qui proposent des solutions aux parents en dehors des horaires de travail les plus courants sont une brique puissante de la lutte contre les inégalités de destin et de notre politique sociale. Ce sont des dispositifs bons pour l’enfant car ils proposent une solution stable ; ils vont permettre à un certain nombre de personnes le retour à l’emploi et de mieux articuler vie professionnelle et vie personnelle. Mais ce sont aussi de bonnes solutions pour les entreprises. Une entreprise doit avoir une politique familiale volontariste, c’est un facteur d’attractivité, d’efficacité et compétitivité. »

Et le secrétaire d’État d’insister : « les horaires étendus ou atypiques par ailleurs concernent probablement beaucoup de familles monoparentales, des femmes seules avec enfants principalement. C’est à ce titre aussi un vrai levier de lutte contre les inégalités. »

Des solutions très diverses au plus près des besoins des territoires
Adrien Taquet a choisi de s’adresser à la Mutualité française parce que dit-il « ce sont des pionniers en la matière notamment avec le dispositif Mamhique né des territoires, de leurs préoccupations et besoins très concrets.» La mission, qui sera épaulée par la Cnaf et la DGCS, et guidée par un comité de pilotage, devra faire remonter les bonnes pratiques, établir un guide de portée nationale répertoriant les solutions existantes. Dresser un état des lieux qui puisse aider les porteurs de projets.
Thierry Beaudet est conscient de l’ampleur de la tâche mais aussi de son importance. Le président de la Mutualité française explique : « A travers ce guide nous allons essayer d’embrasser l’ensemble des solutions : collectives, individuelles et mixtes. Nous allons avoir trois grands objectifs. D’une part nous allons exposer le bénéfice pour l’entreprise ou la collectivité de proposer de tels dispositifs à leurs employés. C’est une vraie conviction. Aujourd’hui nombre de fonctionnaires ou salariés dans la conciliation de leur vie personnelle et professionnelle sont confrontés à la problématique de la garde d’enfants. Le deuxième objectif c’est de présenter les grands types de solutions d’accueil avec l’idée que les meilleures sont celles qui sont au plus près des personnes et des territoires. Il ne s’agit pas de présenter des modèles. Mamhique par exemple n’est pas nécessairement un modèle, mais c’est une vraie source d’inspiration pour construire des solutions avec les acteurs des territoires. La marque de la Mutualité française c’est le dialogue avec les acteurs des territoires, d’essayer de comprendre leurs réalités et de trouver des solutions qui leur correspondent. Le troisième point enfin c’est en fonction des expériences des uns et des autres – pas seulement des mutualistes- de recenser l’ensemble des activités existantes et de mettre en évidence les facteurs-clefs de succès et les écueils à éviter. »

L’aspect financier : déterminant
L'aspect financier est important et tiendra une place de choix dans le futur guide. D’abord parce qu’un accueil aussi performant soit il n’est rien si les parents ne peuvent y avoir recours car il est trop coûteux. Ensuite parce que le financement est déterminant pour que les dispositifs fonctionnent et perdurent. Car comme le note Adrien Taquet dans sa lettre de mission, beaucoup d’expérimentations n’ont pu durer (faute d’être viables économiquement). La Mutualité française le sait bien, elle qui a dû fermer ses crèches H24 / 7 jours sur 7, pour ces raisons. L’aspect financier, première clef du succès donc. « Là où cela fonctionne explique Thierry Beaudet, les entreprises ou les collectivités participent au financement existant pour que ce soit une solution accessible pour les familles. C’est essentiel car les métiers à horaires atypiques ne sont pas forcément les métiers les mieux rémunérés ».
Mais le président de la Mutualité française explique aussi que les dispositifs atypiques comme Mamhique par exemple, sont en général appréciés des employeurs et regrette qu’ils ne soient pas plus développés. Pourquoi ? Selon lui, il faut apprendre à mieux les faire connaître, à les proposer aux entreprises ou collectivités, bref « à les vendre » puisqu’il leur est demandé une contribution financière. Mais dit-il en un sourire « les acteurs de la petite enfance sont des spécialistes de la petite enfance, mais pas forcément de l’action commerciale. »

Pas de question taboue
Le financement, le rôle des caf, les solutions collectives, individuelles, mixtes, les crèches 24H sur 24, 7jours sur 7, les taux d’encadrement, la formation des professionnels de ces structures (une nécessité soulignée par Adrien Taquet…).  Tous les points pourront être abordés. Aucune question ne sera taboue. Le guide proposera bonnes pratiques et solutions en tenant compte du cadre normatif actuel. Mais il pourra suggérer des modifications qui elles sont du ressort du gouvernement.
Ce guide – attendu- d’ici le début de l’été, puis les premiers retours sur les expérimentations concernant les horaires étendus prévus par le décret de la réforme des modes d'accueil permettront peut-être d’ici la fin du quinquennat d’avoir une idée exacte de ce qui est proposé, des besoins, et des évolutions souhaitables en matière d’accueil atypique du jeune enfant.
 
Article rédigé par : Caroline Feufeu et Catherine Lelièvre
Publié le 09 mars 2021
Mis à jour le 19 mars 2021

2 commentaires sur cet article

Portrait de Utopie
le 11/03/2021 à 18h28

Bonjour, Je me questionne au sujet du bien être de l’enfant dans ces horaires atypiques et/ou la possibilité de passer plusieurs jours dans un établissement d’accueil collectif et surtout aussi jeune. Par exemple, récupérer son enfant à 23h pour rentrer à la maison, n’est ce pas perturber son rythme de sommeil ? Concernant l’accueil collectif, le tout petit n’a t il pas besoin de repères humains qui changent peu pour s’attacher... Est ce que la piste à creuser, pour l’enfant, ne serait pas la valorisation de l’accueil familial ? Rester plusieurs jours chez son assistante maternelle, y passer parfois la nuit parce que le parent finit son travail au milieu de la nuit, avoir une personne fiable pour l’enfant avec qui il tisse des liens d’attachement pour favoriser son épanouissement ?
Bonjour je suis directrice d'une crèche de 10 places qui fonctionne en 24h/24 du lundi 5h30 au samedi 7h, dont 3 places sont réservées pour les nuts. pour répondre à Utopie, il n'y a pas de mouvements possibles entre 22h et 6h du matin. les enfants doivent rentrer au minimum 4 h chez eux, ils ne peuvent donc pas enchainer les heures de garde. nous fonctionnons en volumes horaires, il arrive que des enfants viennent plus de 12h d'affilée, mais ils ne sont pas là 5j/semaine. les enfants quant à eux, semblent plutôt bien le vivre. notre maitre mot c'est respecter le rythme de chacun! il faut accepter de donner les repas en décalés, les siestes elles aussi sont à la carte...cela demande une observation encore plus accrue et une bonne connaissance de chacun...mais franchement, tout se passe bien, il n'y a pas plus de pleurs qu'ailleurs. je dirais m^me qu'il y en a moins. les liens d'attachement se font sans plus de difficulté que dans une autre crèche et l'épanouissement est au RDV.