Des dispositifs innovants pour accompagner les publics fragilisés

Avec le soutien de la CNAF et des pouvoirs publics, plusieurs dispositifs innovants ont été mis en place ces dernières années, tous dans le but de favoriser l’accueil et l’accompagnement des familles défavorisées en matière de mode de garde en EAJE.
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Agnès Buzyn visite une crèche AVIP
Les crèches AVIP, premier dispositif formalisé
Les crèches à vocation d’insertion professionnelle, ou crèches AVIP, sont une initiative née d’un double constat. « Primo, le frein majeur que constitue la garde d’enfants, en particulier pour les mères élevant seules leurs enfants, pour un retour à l’emploi, explique Dominique Ducroc-Accaoui, de la CNAF. Secundo, l’inadaptation, pour résoudre ces problématiques d’insertion, du quota d’une place réservée sur vingt, du fait de la nécessité d’offrir à ce public spécifique un temps d’accueil en lien avec les problématiques de son quotidien. »
On doit l’inspiration directe de ces EAJE d’un nouveau genre à la sociologue Mara Maudet et aux 12 crèches aujourd’hui gérées par l’Institut d’Education et des Pratiques Citoyennes (IEPC). Mara Maudet a aussi contribué à la rédaction de la charte des crèches AVIP, en avril 2016, signée entre les ministères des Affaires Sociales, du Travail et de la Famille, la CNAF et Pole emploi. Le pari ? Ouvrir des crèches dédiées aux parents en recherche d'emploi, et notamment aux mères isolées. « Le profil type, dans nos crèches : une mère célibataire habitant les quartiers prioritaires, au RSA et sans qualification », précise Christine Louiserre, directrice petite enfance.

 Au menu des crèches détentrices du label AVIP :
- Un repérage des publics cibles par Pole emploi, les crèches ou un autre acteur d’accompagnement social, et une information de ceux-ci par les CAF ;
- La signature d’un document contractualisant l’engagement de la famille de rechercher une insertion professionnelle et à participer aux actions proposées d’accompagnement vers l’emploi, en échange d’une place en crèche. Un contrat conclu pour une durée initiale de six mois, renouvelable une fois.
- Un suivi des parents en lien avec les services publics de l’emploi (Pole emploi, Conseils départementaux ou Missions locales) ou un juriste en droit social salarié de l’association, pour les crèches de l’IEPC.
- Des horaires décalés et souples en fonction du projet professionnel.
- Des tarifs spécifiques.
- Si le parent bénéficiaire trouve un poste ou une formation, il garde la place en crèche jusqu’à l’entrée de l’enfant en école maternelle.

Les crèches AVIP s’appuyaient sur des critères de labellisation initiaux extrêmement cadrés :
- Accueillir au minimum 30% d’enfants de moins de trois ans dont les parents sont dans une démarche active de recherche d’emploi ;
- Accueillir l’enfant a minima trois jours par semaine, huit heures par jour selon une amplitude journalière d’au moins 12 heures.

Des critères jugés trop contraignants par les structures. Avec, à la clé, un faible nombre de candidats, et seulement 43 crèches AVIP labellisées début 2018, loin de la centaine initialement prévue à la fin 2016. D’où un assouplissement fin 2017 : 
- Le comité de labellisation peut désormais accorder un délai de 12 mois aux crèches candidates ne pouvant respecter d’emblée l’ensemble des critères ;
- Le pourcentage d'enfants accueillis peut être ramené à 20 % au lieu de 30 ;
- Le temps d’accueil minimal des enfants dont les parents sont engagés dans un projet de retour à l'emploi peut être réduit à 10 heures par semaine. « Nous accordons même parfois des labellisations anticipées, même si les crèches concernées n’ont pas encore tous les critères exigés », ajoute Dominique Ducroc-Accaoui.

Ces crèches répondent à un modèle économique spécifique. Le temps d’accompagnement des parents a un coût, compensé par le FPT, qui complète les financements PSU et CEJ jusqu’à hauteur de 85% des frais de fonctionnement.

Un bilan encore fragile
Deux ans après leur création, le bilan demeure mitigé. Très en-deçà, donc, des objectifs sur le plan des chiffres, il semble très encourageant en termes d’insertion. « Ce mode d’accompagnement intensif et global a jusqu’à présent permis d’aboutir à un taux d’insertion ou de retour à l’emploi (CDI, CDD, intérim, formation….) de près de 90 % des parents accompagnés dans un délai de 6 mois », informe la CNAF. Un bilan confirmé du côté des crèches de l’IEPC. « Sur 774 familles accueillies en 2016, 407 étaient en situation d’insertion, parmi lesquelles 98 % de mères célibataires, illustre Christine Louiserre. Sur ces personnes en insertion, 362 (soit 89 %) ont concrétisé leur projet professionnel. »
L’implantation des crèches AVIP semble, par ailleurs, se révéler adaptée aux besoins des territoires. « Les stratégies sont de plus en plus fortement pensées sur les bassins d’emploi, avec partenaires institutionnels et intercommunalités, se félicite Dominique Ducroc-Accaoui.  Les quartiers politiques de la ville, notamment, sont ciblés. » C’est pourquoi la CNAF affiche des perspectives résolument optimistes, avec un chiffre de 326 crèches susceptibles obtenir le label.

Un foisonnement d’initiatives plus informelles, souvent d’origine associative
Avant même ces crèches AVIP, de nombreuses initiatives se sont faites jour depuis des années, sur l’ensemble du territoire, sur un mode plus ou moins formel. Dès 2014, la CNAF recensait pas moins de 542 actions correspondant à l’adaptation de près de 4 000 places d’accueil de jeunes enfants soutenues par l'axe 2 du FPT, essentiellement en accueil collectif. De nombreux EAJE mettent en place, d’une façon ou d’une autre, des systèmes qui favorisent l’insertion professionnelle des parents. Halte-jeux, multi-accueils, crèches, éphémères ou non, accolées à des centres sociaux, partenariats avec des structures associatives…

Ancrage territorial et accompagnement resserré
L’économie sociale et solidaire (ESS), notamment, constitue un maillage serré d’initiatives disparates, menées par ses divers acteurs : EAJE associatifs, mutualités, crèches à vocation parentale, fédération des centres sociaux, association Familles rurales, Croix-Rouge… « Autant de démarches visant non seulement à garantir l’accès des modes de garde aux familles les plus modestes ; mais aussi à les accompagner de manière resserrée, tant sur le plan de l’insertion que de la parentalité », note Céline Fromonteil Clavelou, Directrice générale de La Goutte de Lait Saint-Léon et Présidente de l’association Accent Petite Enfance, un collectif associatif crée fin 2015 et regroupant les gestionnaires d’EAJE issus de l’ESS sur l’ensemble du territoire. « Les crèches de l’ESS, qui représentent plus de 30 % des places d’accueil en EAJE, que ce soit sous statut associatif, de mutualités, d’entreprises à but non lucratif ou même de Scop, portent souvent des projets orientés vers des publics fragiles, poursuit-elle. La grande richesse de l’ESS, c’est d’être dans la diversité. En moyenne, nous touchons 35% de publics fragilisés, un taux qui peut monter à 70 % dans certains de nos établissements. Ce qui nous place, parfois largement, au-delà de la moyenne CNAF.  Par ailleurs, nous nous positionnons sur un schéma résolument départemental et donc un réel ancrage territorial, qui montre une vraie volonté d’aller vers des thématiques précises et locales. » Les halte-garderies, aux modalités d’accueil plus souples et davantage ancrées sur un quartier ou une aire géographique limitée, donc mieux connues des familles, sont souvent en première ligne dans ces démarches.
Article rédigé par : Catherine Piraud-Rouet
Publié le 03 avril 2018
Mis à jour le 04 avril 2018