6 questions sur les masques inclusifs réclamés par les professionnels de crèche

60 à 70% du visage des pros de la petite enfance est dorénavant caché sous un masque. Celui-ci est devenu obligatoire dans les crèches ou les maisons d’assistantes maternelles. Échappent à cette consigne, les assistantes maternelles exerçant à leur domicile quand elles sont en seule présence des enfants. Les professionnels de la petite enfance sont nombreux à s’interroger sur l’impact du masque sur le développement des jeunes enfants et à vouloir porter des masques à fenêtre transparente. Qu’en penser ? On fait le point en 6 questions / réponses sur ces masques dits inclusifs, plus chers et plus difficiles à se procurer.
1. Pourquoi les professionnels de la petite enfance souhaitent-ils des masques inclusifs ?
Les pros de la petite enfance  craignent l’impact du port du casque sur les jeunes enfants et notamment de potentielles répercussions sur le développement cognitif, sensoriel et émotionnel de l’enfant. Certains tout-petits passent une douzaine d’heures par jour face à des adultes masqués ! Pas facile pour des nourrissons de reconnaitre un visage non familier !  Les professionnels de la petite enfance s’inquiètent aussi des possibles répercussions sur l’apprentissage du langage  d’autant que le masque réduit aussi le signal auditif. 
Pour y remédier l’accent est désormais mis sur les yeux qu’on peut plisser, qui peuvent sourire ou fixer, la position des sourcils, le ton de la voix, les gestes, la posture… et les masques à fenêtre transparente. En septembre, le Haut Conseil de Santé Publique (HCSP) préconisait   aux crèches de les utiliser pour les interactions avec certains enfants. Le Syndicat National des Professionnels de la Petite Enfance (SNPPE) a lancé une pétition en ligne afin que tous les pros en soient équipés.

2.  A quoi ressemblent les masques inclusifs ?
Ces masques comportent une bande faite de trois couches de tissu blanc au niveau du nez, une autre au niveau du menton ; entre les deux, à hauteur de la bouche une fenêtre en plastique transparent, compatible avec la peau et n’excédant pas 50% de la surface du masque. Une barrette nasale amovible permet d’ajuster le maintien au niveau du nez. Il y a deux systèmes d’attaches possibles : élastique ou lanières à nouer.
 Ces masques sont un peu plus lourds qu’un masque chirurgical compte tenu des matériaux utilisés. Certains fabricants ont opté pour un traitement antibuée du plastique. D’autres pour un film à coller. Question forme, le masque Beethoven® - conçu au départ pour les orthophonistes à une forme en « bec de canard » permettant de bien couvrir le bas du visage, de ne pas gêner la parole et d’éloigner la zone de respiration des matériaux. Et comme la sécurité n’empêche pas la fantaisie, plusieurs marques ont opté pour un tour du masque personnalisable (couleur, motifs.)
Enfin comme tous les autres masques, ils ne doivent pas être portés plus de 4h d’affilée et lavés soit à la main soit en machine (dans un filet) à 60°. Mais tout dépend des marques, il est donc utile de lire les notices d’entretien !
A savoir : le masque à fenêtre transparente n’est pas forcément adapté à toutes les formes de visage. APF France handicap travaille d’ailleurs actuellement à une taille plus petite

3.  Ces masques à fenêtre transparente aussi fiables que les masques grand public classiques ?
Oui, s’ils sont homologués et validés par la Direction Générale de l’Armement (DGA). Pour obtenir ce précieux sésame, les masques doivent répondre à des normes de sécurité sanitaire bien précises et leur fabrication doit respecter un cahier des charges complexe mis en place par l’Agence Nationale de Sécurité du Médicament et des produits de santé (ANSM) en lien avec l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (ANSES). Ils subissent toute une batterie de tests qui mesure leurs performances en termes de filtration et de respirabilité. Les masques transparents homologués ont des propriétés de filtration des particules émises de 3 microns et plus, allant de plus de 70% (catégories 2) à plus de 90% (catégorie 1) … identiques à celles des masques dits « grand public ». On les repère au logo « filtration garantie » inscrit sur leur emballage.  Ceux fabriqués par APF France Handicap pour la société d’Anissa Mekrabech (masque Inclusif®) filtrent à 98% et peuvent être lavées 20 fois sans altération de la filtration. Chez Odiora (masque Sourire®) on certifie que le masque peut être lavé à la main jusqu’à 50 fois sans perte des qualités filtrantes. De quoi rassurer les professionnels !

4. Comment savoir si un masque transparent est homologué ?
Il suffit de se rendre sur le site de la Direction générale des Entreprises (DGE)  qui liste les fabricants de masques à fenêtre transparente ayant passé les tests avec succès. Actuellement seuls six fabricants de masques « à fenêtre » sont homologués : Asa initia, DLC Medical ; Exclusive case Ci-protect, Lux&elles, Odoria, Where the daffodils grow. Mais cette liste peut évoluer, d’où l’intérêt de consulter le site de la DGE régulièrement.

5. Pourquoi les masques inclusifs sont-ils si chers ?
Les masques transparents sont tous fabriqués en France dans des ateliers d’entreprises adaptées. Ils demandent aussi beaucoup plus de temps de préparation, de coupe et d’assemblage qu’un masque en tissu banal. Sans compter l’envoi !  
En général les prix publics affichés sont différents de ceux consentis aux professionnels. Chez Odiora par exemple les prix publics vont de 25 € les deux soient 12.50 € par masque mais si l’on en achète 10, cela revient à 11.50 €. Cela dit la société garde jalousement top secret les tarifs qu’elle pratique lors de grandes commandes pour professionnels. Pour les masques Beethoven le prix pro va de 9 à 12 €/masque suivant les quantités. Chez APF/masque inclusif le prix est 21.80 € pour deux masques prix public mais selon les quantités demandées le prix peut considérablement baisser (10.90 €/masque pour une commande de 50 par exemple). Quand on est à la tête de plusieurs crèches ou d’un grand réseau de crèches, mieux vaut donc négocier directement et ne pas s’attacher aux prix affichés.

6. Pourquoi est-il difficile de se procurer des masques inclusifs ?
La demande provient de ministères, de collectivités territoriales, d’écoles, d’ehpad, de crèches… et est actuellement supérieure à l’offre. On comprend mieux les délais de certains fabricants : 7 semaines chez Where The Daffodils Grow qui réserve actuellement ses masques uniquement aux professionnels, 4 semaines pour Odiora. Chez APF on annonce en revanche une semaine à réception de la commande pour être livré.

 

Ce qu'en pensent les pros qui les utilisent ?

Les professionnelles de crèches interrogées les utilisent ponctuellement lors d’activités avec les enfants ou pour faciliter les échanges avec les parents. Entre collègues également : une des collaboratrices d’une crèche contactée est malentendante et le masque transparent apporte une aide incomparable pour pouvoir lire sur les lèvres et communiquer.  


 

Article rédigé par : Isabelle Hallot
Publié le 11 novembre 2020
Mis à jour le 25 novembre 2020