Puéricultrices : plus épanouies en modes d’accueil qu’à l’hôpital

En Avril dernier l'ANPDE a lancé une grande enquête - questionnaire pour connaitre l’état d’esprit … et les états d’âme des infirmières -puéricultrices en poste et des étudiants en cours de formation. Globalement ces professionnelles de la petite enfance sont satisfaites de leur métier mais trouvent que leurs compétences ne sont pas assez valorisées. Les résultats associés aux travaux des commissions de l’ANDPE devraient aboutir à la réalisation d’un livre blanc portant des propositions concrètes à la fin de l’année 2018.
Lors des 43 ème journées nationales d'études des puéricultrices, les premiers résultats de cette enquête nationale  sur la qualité de vie au travail des infirmières-puéricultrices ont été dévoilées.  Des résultats particulièrement intéressants à étudier dans un contexte assez particulier pour les professionnels de santé : réingénierie du diplôme d’état, réflexion sur les pratiques avancées, désertification médicale, maîtrise des dépenses de santé etc.
Rappelons que l’on compte actuellement environ 21 000 professionnels en majorité des femmes (d'où l’emploi du féminin dans cet article), et quelques 1000 étudiantes chaque année. Environ 2700 infirmières -puéricultrices ont donc répondu à ce questionnaire largement diffusé, ce qui constitue un échantillon représentatif. (Voir encadré).  Cette enquête portait sur la qualité de vie au travail et sur les souhaits d’amélioration. L’idée étant véritablement précise Charles Eury, le président de l’association de donner la parole aux professionnels de terrain pour recueillir leurs besoins et souhaits.

Satisfaites de leur travail mais une qualité de vie au travail en demi-teinte
Dans ce genre d’enquêtes la question est toujours de savoir si l’on se focalise sir le verre à moitié ou à moitié vide. Premier enseignement, les puéricultrices sont plutôt satisfaites de leur travail à plus de 50%, et même très satisfaites dans 18% des cas, mais un quart d’entre elles ne sont pas satisfaites, « une minorité dont il faut tenir compte » souligne Charles Eury. Et ce d’autant plus que globalement la note évaluant la qualité de vie au travail est assez moyenne (6,24/10) et que pour 65% des répondantes, la qualité de vie au travail s’est dégradée ces dernières années.
 En résumé, on peut dire que trois quarts des puéricultrices sont satisfaites malgré une dégradation de leur qualité de vie au travail.  Ce qui selon Lydie Gouttefarde, vice-présidente de l’ANPDE, est compréhensible puisque que « le métier de puéricultrice, comme de nombreux autres du secteur médical ou paramédical est un métier choisi, un métier de valeurs et d’humain ». Donc les professionnelles sont convaincues de l’intérêt de le faire et continuent de le faire bien, même si les conditions de son exercice sont de plus en plus difficiles. Et quand on leur demande ce qui pourrait améliorer leur qualité de vie au travail arrivent en tête : une meilleure communication avec leur hiérarchie, avec leurs collègues et une meilleure répartition des rôles.

Les puéricultrices exerçant en crèche s’en sortent mieux
Néanmoins, la qualité de vie au travail est perçue et notée différemment selon les secteurs.  Et c’est dans les modes d’accueil qu’elle obtient la meilleure note. Comment l’expliquer ? Pour Lydie Gouttefarde, « dans les modes d’accueil, les puéricultrices sont souvent directrices de crèches. Elles occupent un poste à responsabilité e travaillent en autonome. Cela je pense explique cette particularité. »
Par ailleurs de façon assez surprenante elles se sentent mieux quand elles exercent dans un lieu d’accueil privé que public. « Sans doute parce que souvent dans les réseaux de crèches privées, après quelques temps comme directrice, elles accident assez vite à des postes de coordination pédagogique tout en ayant leur compétence sanitaire et médicale … précieuse à une époque où les structures réduisent de plus en plus les vacations des médecins de crèche » souligne la vice-présidente.

En PMI ou à l’hôpital, des conditions de travail plus difficiles
A contrario les professionnelles exerçant à l’hôpital ou en PMI « souffrent plus » mais pour des raisons assez différentes même si elles en commun d’évoluer dans des secteurs en sous-effectifs notoires eu égard aux tâches qui leur incombent. C’est à l’hôpital qu’elles notent le plus sévèrement leur qualité de vie au travail : à peine la moyenne, 5,8. Et surtout ce sont dans ces deux lieux d’exercice que la dégradation des conditions de travail a été la plus forte (72% en PMI et 70% à l’hôpital). Les PMI ont cette spécificité d’être très disparates. Certaines sont mieux dotés que d’autres en termes de personnels, mais elles affichent aussi d de grandes différences en termes de missions : protection de l’enfance, prévention, accompagnement des publics vulnérables etc.

Mieux valoriser les compétences des puéricultrices
 Valoriser ne s’entend pas ici en espèces sonnantes et trébuchantes. Il ne s’agit pas, en tous cas pour le moment de rémunérations, ou de statut, mais bien de ce sentiment qu’ont les infirmières puéricultrices d’être parfois sous-employées ou mal utilisées.  Et aussi que des postes qu’elles pourraient ou devraient occuper le sont par d’autres professionnels. Comme un sentiment de gâchis eu égard à leur formation, leurs connaissances et savoir-faire.
Globalement, c’est dans le secteur hospitalier que leurs compétences sont le moins valorisées par le corps médical mais aussi par les directions. La PMI apparait en comme un secteur privilégié dans ce domaine, puisqu’elles considérant que leurs compétences sont reconnues et valorisées par leur hiérarchie, que le corps médical ou l’équipe.

Un livre blanc d’ici la fin de l’année
Pour Charles Eury, l’objectif de cette enquête était de « recueillir les besoins du terrain et les souhaits des professionnels pour ensuite, avec le travail des commissions de l’ANPDE réaliser un livre blanc pour la fin de l’année.» Et la valorisation des compétences est donc l’une pistes de travail retenu par l”ANPDE. Par exemple on pourrait imaginer qu’une puéricultrice-directrice de crèche puisse procéder à un examen de santé de premier niveau … au lieu d’obliger les parents à voir un médecin pour obtenir un certificat d’aptitude à la vie en collectivité.  Cela permettrait de ne pas solliciter des médecins qui dans certaines régions sont surchargés tant ils sont peu nombreux. Certes les puéricultrices ne sont pas des médecins mais elles sont des professionnels de santé compétentes qui peuvent faire ce genre d’examen tout comme elles pourraient se charger des vaccinations.
 « Le livre blanc présentera des propositions concrètes pour répondre aux enjeux de terrain, pour que chaque enfant puisse être suivi et bénéficier d’un parcours de santé complet par des personnels compétents » précise Charles Eury. Lydie Gouttefarde insiste : « Dans l’économie actuelle de la santé, il est important de travailler en complémentarité avec les médecins pour pouvoir participer à l’optimisation de l’offre de soins. Il faut utiliser les compétences existantes qui permettent d’apporter plus à moindre coût. ».  Par exemple, il est clair que les consultations de puéricultrices sont trop peu développées en France, y compris dans les PMI.
Certaines propositions, l’ANPDE ne s’en cache pas, nécessiteront certainement des modifications réglementaires car elles toucheront au code de la santé publique … tout comme ce sera le cas quand les nouveaux référentiels seront adoptés à l’issue de la réingénierie de la formation d’infirmière-puéricultrice qui devrait entrer en vigueur à la rentrée 2019.

 

 

Le profil des 2705 répondantes (98% de femmes)

Qui sont-elles ?
Étudiantes : 3,88%
Puéricultrices diplômées depuis moins de 10 ans : 41,13%
Puéricultrices diplômées depuis plus de 10 ans : 54,99%
98% de femmes
58% âgées de 25 à 44 ans.
40% sont cadres (46% en modes d’accueil 31% en PMI).
Où travaillent-elles ?
PMI : 30,08%
Secteur hospitalier : 33,63%
Modes d’accueil : 23,46%

Article rédigé par : Catherine Lelièvre
Publié le 14 juin 2018
Mis à jour le 08 juillet 2018