Témoignage d'une assistante maternelle : PAJEMPLOI M'A TUER

Julie, alias Lily Myrtille, est comme de nombreuses autres assistantes maternelles en train de vivre l’enfer à cause des ratés de Pajemploi vis-à-vis des parents-employeurs. Elle décrit comment ce dysfonctionnement à grande échelle plonge dans la précarité bon nombre de parents-employeurs et de professionnels de l’accueil individuel. Voici son témoignage. Un appel au secours entre désespoir et colère.
Je savais que le travail d'assistante maternelle était précaire, mais je ne m'attendais pas du tout à ce que l'administration nous asphyxie comme Pajemploi est en train de le faire. Petit à petit, Pajemploi et son dysfonctionnement national concernant des dizaines de milliers de familles et d'assistantes maternelles entrainent les personnes touchées au fond de l'eau, les noyant un peu plus, en ne versant plus le CMG (complément mode de garde) et en prélevant des cotisations sociales exorbitantes. Cet article est un appel à l'aide, il est grand temps de nous écouter !

Pajemploi dépassé par les nouveautés à mettre en œuvre
Les soucis ont débuté au printemps dernier, lors de la mise en place du service Pajemploi+ (encore appelé tiers payant) qui devait permettre aux assistantes maternelles de faire face aux parents mauvais payeurs. Ainsi, le parent est prélevé de la somme due à son assistante maternelle sur son compte bancaire, et cette somme + le CMG sont versés directement à celle-ci. Ce service permet également aux parents de ne pas avoir à faire l'avance en sortant la totalité du salaire de l'employée. Plutôt pratique donc en théorie...
Un service qui n'est cependant ni obligatoire ni automatique. Il faut l'accord des deux parties pour le mettre en place.

Pajemploi+ devait être mis en service à partir de Mars, puis finalement Juin. Entre temps, de nombreuses assistantes maternelles ont pris la parole afin de critiquer ce service, qui rajoutait un tiers dans la relation employeur-employée... Pour ma part, j'ai refusé la mise en place de ce service, mais j'ai été tenté de le tester à la rentrée, avec mon nouveau contrat (à ce jour, trois semaines après le début du contrat, les parents n'ont toujours pas récupéré de numéro employeur, et ne peuvent pas me déclarer).

Enfin, pour toutes les assistantes maternelles qu’elles aient opté ou pas pour le tiers payant, ce n'est plus la CAF qui s'occupe de reverser le CMG aux parents mais Pajemploi.
Que de nouveautés en quelques semaines, alors que le site Pajemploi n'est toujours pas responsif, donc non adapté aux smartphones... Alors forcément, au moment du lancement des nouveautés, ce fut un bazar pour des dizaines de milliers de familles et de professionnelles.

Un bazar inextricable aux conséquences gravissimes !
- Des parents employeurs ne voient plus leur enfant apparaître dans leur page d'accueil et ne peuvent plus déclarer la garde.
- Des CMG ne sont plus versés aux parents employeurs.
- Des cotisations sociales sont prélevées aux parents qui doivent en plus de cela, rémunérer leur assistante maternelle en totalité.
- Des parents sont endettés et dans l'incapacité de rémunérer leur assistante maternelle.
- Des assistantes maternelles ne sont pas payées pour leur travail effectué.
- Des assistantes maternelles sont licenciées car les parents ne peuvent plus les payer.
- Des mises à jour d'agrément ne sont pas faites, et donc des assistantes maternelles doivent cesser leur activité professionnelle.

Renouvellement d’agrément non enregistré
Je suis dans le dernier cas. Mon renouvellement d'agrément a été envoyé début juillet par mon Conseil Départemental (j’ai la preuve écrite où ils me certifient l'avoir envoyé). Mes parents employeurs ont pu me déclarer en juillet sans soucis. Mais en août, surprise ! Mon agrément est noté comme invalide. Les conséquences ? Mes employeurs ne toucheront pas leur CMG et seront prélevés 48 heures après pour le paiement des cotisations sociales. Ceux qui ont pu me payer se retrouvent endettés, et ceux qui ne peuvent pas sortir mon salaire en totalité (ce que je comprends malheureusement) sont dans l'attente de la mise à jour de mon dossier.
Je continue de travailler, sans être payée, avec un agrément valide selon la PMI et invalide selon l'Urssaf.

Comme beaucoup, j'ai tenté de les joindre, en vain. Entre la plateforme téléphonique (payante !), où on vous renvoie à l'accueil à coup de tapez 1, tapez 2, les mails avec accusés de réception automatiques qui restent sans réponse... Mon agrément est même reparti une nouvelle fois par courrier recommandé directement chez Pajemploi, et à ce jour, deux semaines après mon premier mail, rien n'a évolué. Il me manque à ce jour plus de 1000€ de salaire, et des parents me certifient ne pas pouvoir continuer comme ça (envisageant donc un licenciement). Ajoutons à cela que mes nouveaux parents-employeurs ne peuvent toujours pas s'inscrire après trois semaines d'essais, et voilà la fin du mois qui se profile, avec sans doute une rémunération que je n'aurai pas...

Des assistantes maternelles en détresse
A en lire certains témoignages, nous sommes très nombreuses à subir les conséquences de ces dysfonctionnements. Par cet article, je veux montrer la détresse dans laquelle nous nous trouvons. Nous, assistantes maternelles, femmes, précaires, seules, vulnérables, isolées. 
Celles dont tout le monde a eu besoin un jour, enfant comme parent...
Celles qui "coûtent bien trop cher pour rester chez elles". Celles qui s'occupent des enfants des autres sans avoir de temps pour leur propre famille.
Celles qui travaillent près de cinquante ou soixante heures par semaine.
Celles qui privilégient l'accueil de vos enfants à leur propre santé.
Celles qui auront une retraite de misère.
Celles qui touchent 1/120ème de leurs salaires totaux lorsqu'elles se font licencier.
Celles qui n'ont pas le droit de tomber malade ou de perdre un proche.
Celles qui se font licencier car elles ont choisi elles aussi de faire un enfant.
Celles qui se dévouent pour les enfants. des autres. Avec passion. Avec amour. Avec professionnalisme.

A Pajemploi de prendre ses responsabilités
Aidez-nous. Soutenez-nous. Nous demandons à Pajemploi d'assumer ses responsabilités et de régulariser notre situation, ainsi que celles de nos parents employeurs, afin de nous considérer comme de véritables professionnelles de la Petite Enfance. Notre salaire n'est pas notre argent de poche, respectez-nous.
 
Nb : Bien évidemment, je sais que des collègues hommes se trouvent dans la même situation. Mais ce métier est à majorité féminine et je pense que le manque de reconnaissance est en grande partie due à cette caractéristique dans une société française encore sexiste.
Vous pouvez retrouver Lily Myrtille sur son blog et Instagram.
Article rédigé par : Lily Myrtille
Publié le 12 septembre 2019
Mis à jour le 13 septembre 2019