Prendre le temps… L’exemple des changes. Par Laurence Rameau

Puéricultrice, formatrice, auteure

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change couche bébé
Nos gestes professionnels, répétés tant de fois, peuvent être parfois trop rapides et trop brusques. Lorsque nous sommes acculés par le temps car il y a trop d’enfants à changer en même temps, alors nous mécanisons les gestes et tenons peu compte de ce qui se passe réellement pour l’enfant. Il est soulevé, installé à plat dos sur la table de change, même s’il marche déjà depuis un certain temps. Ensuite tout s’enchaine. La couche est défaite, roulée sous ses fesses ou jetée. Les fesses sont lavées à grande eau, alors même qu’elles sont juste un peu humides à cause d’un petit pipi. Puis elles sont séchées et enveloppées dans une nouvelle couche. Lorsque l’enfant refuse d’écarter les jambes on s’étonne et on le sermonne : il faut bien se laver !
Ah oui, mais ce n’est sans doute pas la manière la plus respectueuse de le faire !

Il faut prendre son temps ! Et pour cela il ne faut pas qu’il y ait trop d’enfants dont la couche est à changer en même temps. Donc pas de changes systématiques avant ou après la sieste, quand ce n’est pas avant ET après la sieste, ou en fin de matinée ou d’après-midi ! Seules les couches lourdes d’urines ou chargées de selles sont à changer. De ce fait un enfant peut conserver sa couche assez longtemps s’il n’a pas de selles. Il doit être changé une à deux fois par jour, selon ses besoins et son temps de présence à la crèche, plus s’il est petit. Ne pas prévoir un temps de change systématique nous permet de prendre le temps et d’envisager un accompagnement au change, qui évitera tout geste mécanique et de ce fait peu approprié en termes de respect, de bienveillance et d’apprentissages.  

Accompagner les enfants à changer leur couche cela signifie surtout de prendre en considération son développement psychomoteur et son intérêt propre pour le soin. S’il marche il n’y a plus de raison de l’installer sur la table de change, et ce particulièrement lorsqu’il n’y a que des urines dans sa couche. Alors il peut essayer d’enlever sa couche : les collants à détacher représentent déjà une aventure. La mettre ensuite dans la poubelle en est une autre : car oui comment s’ouvre le couvercle de cette poubelle ? En appuyant avec ses pieds sur une pédale ? Ça c’est très étonnant ! Il faudra recommencer de nombreuses fois pour bien comprendre le phénomène. Ensuite il peut choisir sa nouvelle couche : elles sont toutes un peu pareilles, mais choisir c’est toujours mieux.
Puis il faut s’essuyer (car se laver lorsqu’il y a seulement du pipi n’est pas très utile) : avec du papier que l’on jette dans les toilettes. Et alors il convient d’apprendre à tirer la chasse d’eau pour faire disparaitre le papier. Et ça c’est aussi particulièrement intéressant. Mais si vous préférez que l’enfant soit lavé, il suffit de lui donner le gant de toilette humide, qu’il mettra ensuite dans le panier à linge : encore une pédale sur laquelle il faut appuyer pour que le couvercle s’ouvre ! Mettre la nouvelle couche est aussi une aventure : il peut se mettre à cheval sur un genou de l’adulte ou sur une petite chaise ou rester debout lorsque le professionnel est aguerri au change debout, et… hop on ferme les collants adhésifs. Maintenant les nouveaux fabricants de table à langer intègrent une estrade spécifique pour les changes debout.

Et si l’enfant est allongé sur la table de change pour une toilette plus minutieuse ou parce qu’il ne marche pas encore, il est toujours possible du lui présenter plusieurs couches pour qu’il choisisse, de faire des gestes lents, doux et agréables, en tournant bien l’enfant sur le côté pour ôter et mettre la couche. C’est-à-dire que l’on bannit le geste qui consiste à soulever les jambes du bébé en le tirant par les pieds, car cela peut avoir des conséquences néfastes pour ses hanches. Ce mouvement de rotation sur le côté est l’occasion pour lui d’attraper éventuellement un objet posé sciemment afin que le temps de change soit aussi l’occasion pour lui de jouer et donc d’avoir plaisir à se trouver ici, avec un professionnel ravi de le voir accomplir cet exploit !

Cela veut dire de ne pas exposer le corps nu du bébé devant tout un chacun. Lorsque les tables de change sont intégrées aux salles de jeux des enfants et que des adultes passent, il faut penser à préparer une serviette qui pourra recouvrir l’enfant éventuellement. Mais il faut surtout penser que le lieu n’est pas propice à la discussion entre adultes mais à l’intérêt de l’adulte pour l’enfant. Le soin c’est l’occasion d’une rencontre entre un adulte et un enfant, une discussion autour de ce qui se passe pour l’enfant, de manière sereine et tranquille. Les couches sont changées dans la salle de bain, en toute intimité, avec un enfant et un adulte enfant et non avec le groupe d’enfants présents censés attendre leur tour. Les enfants ne se promènent pas nus non plus et il est inutile de « vérifier » la couche de chaque enfant : soit on lui propose de changer sa couche, soit on estime que ce n’est pas nécessaire, mais évitons de renifler les petits derrières ou de soulever les bodys pour « vérifier » ce qui pourrait nous échapper !

Et pour finir, un enfant peut aussi choisir le moment qu’il souhaite pour aller changer sa couche. Il peut aussi être prévenu si cela s’avère indispensable afin qu’il termine son jeu et prenne le temps de l’accepter. Et les oppositions passeront mieux si on lui laisse un choix : préfères-tu aller changer ta couche avec Angélique ou avec Morgane ?
Des petites astuces qui permettent parfois d’éviter des drames inutiles dus aux rapports de force, de toutes façons très inégaux…
Article rédigé par : Laurence Rameau
Publié le 30 octobre 2018
Mis à jour le 19 novembre 2018
c'est très juste, cet article a le mérite de nous rappeler des petits trucs importants ,qu'on oublie par moment tant on peut être pris dans la routine ou bien ,dans l'engrenage des changes qui se multiplient certains jours!