Quelles mesures d’hygiène prendre lors de la réouverture des crèches le 11 mai 2020 ?

Après 8 semaines de fermeture, suite à la pandémie du coronavirus, les crèches vont réouvrir. La situation sanitaire n’est pas encore stabilisée, aucun médicament, ni vaccin ne sont à ce jour disponible, mais nous ne pouvons pas rester confiner durant plusieurs mois. La vie reprend son cours mais avec des contraintes afin de préserver la santé de chacun et de chacune. Les gestes barrières, la distanciation sociale, les mesures d’hygiène devront être maintenus. Les conseils de Sylvie Guillou, docteur en chimie, créatrice de l’organisme de conseil et formation Secali.
Le choix des masques
Lors de son allocution, le premier ministre a précisé que le personnel EAJE devront porter un masque,"grand public", c’est d’ailleurs la seule information donnée ! Mais quels masques adopter, des jetables, des lavables oui mais est-ce que celui que j’ai cousu est conforme ?
Les établissements ne pourront pas s’approvisionner en masque à usage unique , ceux-ci étant réservés en priorité au personnel soignant. La majorité va donc utiliser des masques en tissus lavables. Ces masques " Grand public" dit à usage non sanitaire sont disponibles en deux catégories et devront être achetés chez des fabricants identifiés car garants de leur efficacité.
La Catégorie 1 « UNS 1 » : Masque individuel à usage des professionnels en contact avec le public. Ce masque est destiné aux personnels affectés à des postes ou missions comportant un contact régulier avec le public. La catégorie 2 « UNS2 » : Masque à visée collective pour protéger l'esnsemble d'un groupe portant ces masques. La catégorie 1 est celle qui convient aux personnels des EAJE.
Ces masques devront être lavés en utilisant un programme garantissant 60°C pendant 30 minutes minium, sécher mécaniquement et repassés à 120-130°C puis protéger dans une poche plastique avant utilisation.
Les fabricants doivent certifiés le nombre de lavages des logos officiels sont édités pour aider les acheteurs.
Certaines collectivités territoriales vont prendre en charge l’investissement, ce qui est un coup de pouce non négligeable pour les crèches associatives par exemple. Car à raison de 2 à 3 masques par jour et par personne, il en faut une belle quantité !
Il faudra aussi en prévoir quelques-uns pour accueillir les parents non équipés au moment de l’arrivée de l’enfant.

Pour tout savoir sur les masques
Guide de  mise sur le marché des masques à usage non sanitaire
Pour accéder à la liste des confectionneurs Masques Validés Savoir Faire ensemble
Informations relatives aux masques "Grand Public"

L’accueil des familles
L’accueil des familles fait partie des points à travailler. Qui peut venir ? Jusqu’où peuvent-elles aller dans la crèche ? Faut-il mettre un sens de circulation afin de limiter les croisements ? Comment échelonner les arrivées pour permettre la distanciation ? Nombreuses sont les structures qui y travaillent et rédigent une charte à destination des familles afin de les rassurer sur la sécurité et également sur la conduite à tenir face à un cas suspect d’infection par le covid-19.

Le règlement intérieur pour les salariés doit aussi être relu par toutes et tous afin de rappeler qu’ aux termes de l’article L. 4122-1 du Code du travail, « conformément aux instructions qui lui sont données par l’employeur, il incombe à chaque travailleur de prendre soin, en fonction de sa formation et selon ses possibilités, de sa santé et de sa sécurité ainsi que de celles des autres personnes concernées par ses actes ou ses omissions au travail. » Ainsi en cas de suspicion de Covid-19, tout personnel doit contacter sa hiérarchie et rester à la maison.
Le Haut conseil de la santé publique recommande de ne pas mettre en place un dépistage du Covid-19 dans la population, par prise de température, pour un contrôle d’accès à des structures, secteurs ou moyens de transport, ce qui est par ailleurs juridiquement interdit par la loi…mais bien tentant.
A lire : Obligations des employeurs et des salariés en cas de pandémie

Les protocoles d’hygiène : nettoyage et désinfection
Les plus jeunes sont rarement contaminés par le coronavirus et les études démontrent qu’ils ne propagent pas la maladie contrairement à ce qui a été dit au tout début de la pandémie. Les EAJE n’accueilleront donc pas un public à risque, si ce ne sont les parents lors de l’accueil et le personnel. Mais si chacun, chacune respecte les gestes barrières et prend ses responsabilités le risque demeure faible.

L’enveloppe du virus est constituée en grande partie de lipides qui sont désorganisés en présence des matières grasses contenues dans les savons types savon noir et savon de Marseille et élimées lors du rinçage. Cette particularité met à nu le noyau du virus qui ne peut pas survivre dans cet état. Il est donc légitime de penser qu’un simple lavage au savon permet d’assainir les surfaces dans le cas où aucun cas avéré d’enfants malades n’existe dans les structures petite enfance. D’ailleurs il est bien dit dans les messages qu’un simple lavage des mains est efficace et que les surfaces doivent être lavées avec les produits habituels.

Dans une situation à risque, où la présence du virus est attestée, l’usage d’un désinfectant virucide est impératif. Le produit doit répondre à la norme NF EN 14476 (virucide / dispositifs médicaux et surfaces), la fiche technique précisera la concentration et le temps de contact à respecter, en général beaucoup plus long que pour un effet bactéricide…il est important de le vérifier rapidement sur les produits présents car si une heure de contact est nécessaire, cela risque d’être compliqué au quotidien. Un changement de référence est peut-être à prévoir.
Les molécules désinfectantes, actives sur le covid-19 sont des oxydants comme par exemple l’eau de Javel dosé à 0,5% (1 volume de javel à 2,6° pour 4 volumes d’eau, à renouveler quotidiennement), l’alcool à 70% ou le peroxyde d’hydrogène que l’on peut trouver en filière écocertifiée (assurance de diminution des risques pour la santé et l’environnement).
Le vinaigre blanc ne possède pas les propriétés adéquates pour éliminer le germe, ni oxydant, ni gras, il ne sera d’aucune aide durant l’épisode de pandémie.

Le Haut conseil de la santé publique a publié le 24 avril des préconisations notamment pour les Etablissements Recevant du Public dans lesquelles il recommande de nettoyer/désinfecter régulièrement les surfaces et objets qui sont régulièrement touchés, mais attention à la méthode, au moment où cela est réalisé, n’y aurait-il pas plus de danger pour les jeunes enfants si les produits sont utilisés en leur présence ? Cette pandémie met l’accent sur une fragilisation des organismes due à l’environnement, il ne faut pas persévérer.
En association, savon et microfibres font une belle barrière à la prolifération du virus et permettent son élimination des surfaces, c’est une parade efficace.
Une autre solution est de ne pas utiliser/toucher les surfaces durant plusieurs jours car le virus ne survit pas sur des surfaces inertes plus de 5 jours. Des scientifiques anglais ont montré que la durée de vie du coronavirus sur du cuivre, qui compose par exemple les pièces de monnaie, pourrait aller jusqu'à 4h. Sur du carton et les tissus, cela pourrait aller jusqu'à 24h, tandis que sur du plastique ou de l'acier inoxydable, le virus du Covid-19 pourrait subsister jusqu'à 2 ou 3 jours. Mais ils ne sont pas tous unanimes sur ces données. Une chose est sûre, le covid-19 est fragile en dehors du corps humain.

Les jouets et le matériel d’activités : comment les laver et les nettoyer
Pour la mise à disposition des jouets, livres et autre matériel, difficilement lavable il est donc envisageable de mettre en place 5 caisses contenant un assortiment de ce qui est nécessaire pour une journée qui seront utilisées au fur et à mesure de la semaine. Le temps faisant son œuvre, les surfaces ne seront plus porteuses d’éventuels germes la semaine suivante quand elles seront à nouveau en circulation.

Les jouets en tissus pourront être lavés en machine et pour limiter la température de l’eau qui pourrait les abîmer, l’ajout d’un désinfectant virucide dans la lessive est possible. Mais le virus ne survit pas plus de 24 heures sur les tissus…
Les jouets en plastique s’ils ne sont pas mis en quarantaine durant 3 jours au moins, il faut les laver au savon ou utiliser un produit virucide, le lavage à 60°C altérant leur qualité cela est à éviter.
Pour les plus jeunes, qui mettent tout à la bouche, il est recommandé d’individualiser les jouets et de les nettoyer au quotidien comme cela est sans doute déjà le cas.
La structure de motricité si elle est en présente devrait momentanément être « confinée » car son entretien est assez sportif, les équipes seront concentrées sur d’autres missions. Peut être l’ouvrir un jour de la semaine !
Pour les jouets à « pousser » qui ne peuvent être enlevés, il faudra les nettoyer plusieurs fois par jour.
Les jeux extérieurs sont considérés à faible risque, le covid-19 circulant en faible quantité dans l’air. Et en parlant d’extérieur, c’est peut-être la solution, la distanciation est plus aisée, la charge microbienne plus faible, les beaux jours arrivent, profitez en pour y passer le maximum de temps avec les enfants et pourquoi pas y organiser les siestes !

Le respect des gestes barrières qui sont des règles de bons sens garantissent la bonne santé, il y a un dernier geste à adopter, l’ouverture des fenêtres car l’aération des pièces est recommandée 3 fois par jour durant 10 minutes minimum pour renouveler l’air et l’assainir.
La vie va reprendre dans les EAJE, mais ce ne sera sans doute pas comme avant le 17 mars 2020, mais rassurez-vous en étant attentif à sa santé et celle des siens, en respectant les gestes barrières, en nettoyant régulièrement les surfaces, tout se passera bien. C’est le bon moment pour revoir les protocoles d’hygiène et repenser sans doute les tenues des adultes qui s’occupent des enfants car ils ne veulent pas rapporter chez eux le covid-19…nous allons vers une professionnalisation plus intense des personnels travaillant en EAJE.

 
Article rédigé par : Sylvie Guillou
Publié le 30 avril 2020
Mis à jour le 01 mai 2020
Article intéressant, mais la conclusion qui parle d'une " professionnalisation plus intense " parce que les pros vont avoir des protocoles sanitaires plus strictes et porter des blouses... ça me choque vraiment ! Parler de "professionnalisation" dans un article ou la question du psychoaffectif n'est pas nommé à un seul moment... Bref... On n'a pas tous le même point de vue ! Mais des idées intéressantes sur les questions sanitaires : merci.