Extension de l’obligation vaccinale : le bilan un an après

En janvier 2018 entrait en vigueur l’extension de l’obligation vaccinale pour les enfants de moins de trois ans. A l’occasion de la Semaine Européenne de la Vaccination (du 18 au 24 avril) de cette année 2019, et alors que la première grande campagne de promotion de la vaccination vient d'être lancée en France, le Gouvernement fait un état des lieux. Que ce soit sur la couverture vaccinale des jeunes enfants, sur l’adhésion des parents et des médecins, ou encore sur les pratiques des professionnels de la petite enfance. Quels sont les bénéfices constatés ? Quelles interrogations demeurent ? Quelles pistes d’amélioration sont à envisager ? On fait le point.
Pour rappel, pour les nourrissons nés à partir du 1er janvier 2018, sont obligatoires les vaccins contre ces onze maladies : diphtérie, tétanos, poliomyélite, coqueluche, haemophilus influenzae b, hépatite B, méningocoque C, pneumocoque, rougeole, oreillons, rubéole.

Du côté des jeunes enfants : une meilleure protection
Selon les données analysées par Santé publique France concernant les nourrissons soumis à l’obligation, la couverture vaccinale a connu une nette amélioration avec +5,5 points pour l’utilisation du vaccin hexavalent (diphtérie, tétanos, poliomyélite, coqueluche, hépatite B et infections à haemophilus influenzae b) et +1,4 point pour la 1ère dose du vaccin contre le pneumocoque. Le point d’amélioration le plus flagrant, que François Bourdillon, Directeur Général de Santé publique France, a considéré comme symbolique lors de la conférence de ce jeudi 18 avril, c’est la couverture vaccinale de la 1ère dose du vaccin contre le méningocoque C, passée de 39,3% en 2017 à 75,7% en 2018.  
En ce qui concerne les enfants non soumis à l’obligation, la couverture vaccinale ROR (1 dose) est de 87,2% chez ceux qui ont eu un an en 2018, contre 85% chez ceux qui ont eu un an en 2017.

Du côté des parents : une plus grande adhésion mais un besoin d’information
Santé publique France avec l’Institut BVA a réalisé deux enquêtes auprès de parents d’enfants âgés de moins de 2 ans, qui ont mis en évidence à la fois une plus grande adhésion à la vaccination, mais encore un besoin d’informations.
Deux tiers des parents interrogés (67%) se disent être aujourd’hui favorables à cette extension de l’obligation vaccinale, alors que 10% d’entre eux ne l’étaient pas en décembre 2017. Ils sont plus nombreux à être d’accord sur l’importance de la vaccination pour la santé des enfants (91%) et pour la protection de la collectivité (87%) - soit un gain de 5 points chacun par rapport à juin 2018.
Une partie des parents d’enfants nés en 2017 qui ont fait vacciner leur enfant contre le ROR ont déclaré que ce choix avait été influencé par ces obligations (36%). De même pour ceux qui ont fait vacciner leur enfant contre le méningocoque (39%).
Ainsi 88% des parents reconnaissent l’efficacité des vaccins. Mais 67% des parents ont besoin de mieux connaître leurs effets secondaires, 54% leur composition et 47% leurs bénéfices.

Du côté des médecins : une opinion très majoritairement positive sur l’obligation vaccinale
Une enquête en ligne réalisée en février 2019 par l’Association française de pédiatrie ambulatoire (Afpa) auprès des pédiatres révèle que la quasi-totalité d’entre eux (99%) adhèrent à la vaccination. Et 96% d’entre eux jugent positivement l’extension des obligations vaccinales, qui a d’ailleurs simplifié leur relation avec les parents pour plus de trois quarts d’entre eux.
Une autre enquête en ligne, réalisée entre février et mars 2019 par le Collège de la Médecine Générale avec Santé publique France auprès des médecins généralistes,  montre une adhésion toute aussi forte pour la vaccination en général (plus de 99%). Et l’élargissement des obligations vaccinales est perçue comme une mesure positive par les trois quarts d’entre eux.
Pour les deux corps de métier, les réticences émises sur les vaccinations concernaient essentiellement celle contre le rotavirus (uniquement recommandée dans certains cas).

Du côté des professionnels de la petite enfance : malaise avec le contrôle des vaccins
En parallèle de ces études dont les résultats ont déjà été rendus publics, le ministère des Solidarités et de la Santé a lancé une consultation en ligne via la page Facebook du site Les Pros de la Petite Enfance pour recueillir l’opinion et les problématiques des professionnels de la petite enfance.

Les assistantes maternelles à domicile particulièrement mobilisées sur le sujet. Les assistantes maternelles représentent 63,1% des 848 personnes ayant répondu au questionnaire. Les autres professionnels travaillant en EAJE (auxiliaires de puériculture, éducateurs de jeunes enfants…). Et une large majorité d’entre elles (92,5%) accueillent les enfants chez elles.

Seulement une petite minorité d’enfants non vaccinés. Les réponses obtenues révèlent que sur 10 000 enfants accueillis, 260 n’étaient pas à jour de leur vaccination. Dans plus de la moitié des cas, les professionnels ne savent pas quelles étaient les raisons des parents (22% d’entre eux évoquent un problème de sécurité avec les vaccins). A savoir que 5,1% des répondants ont consulté la PMI pour que celle-ci prenne contact avec les parents concernés.

Le contrôle des vaccins effectué en majorité par les professionnels eux-mêmes. Le contrôle des vaccins obligatoires des enfants est effectué par les professionnels eux-mêmes dans 60,3% des cas. Autrement, il est réalisé par la direction de l’établissement, un médecin de famille, les parents ou par une infirmière. Concernant les assistantes maternelles, elles sont plus de la moitié à demander une photocopie du carnet de santé. Les autres le consultent directement (18%) ou demandent un certificat médical au médecin traitant (15,5%).

9 assistantes maternelles sur 10 acceptent d’accueillir un enfant non vacciné. Quand un enfant n’est pas à jour de ses vaccins, un peu moins de la moitié des assistantes maternelles (47,2%) l’acceptent de façon provisoire dans un délai de 3 mois pour laisser le temps de la mise à jour des vaccins. Parmi les autres professionnelles, certaines déclarent que cela dépend de la situation, d’autres l’acceptent sans condition. En revanche, elles sont 8,4% à refuser de l’accueillir et 3% à refuser son accueil mais en acceptant de l’accueillir 3 mois après, une fois les vaccins à jour.

Deux sollicitations fortes : le rôle de contrôle de la PMI et davantage d’information. A la fin de l’enquête, les professionnels interrogés pouvaient évoquer librement leurs préoccupations. Deux grandes propositions se sont dégagées. D’une part la prise en charge par la PMI du contrôle vaccinal. D’autre part, la création d’un site/logiciel proposant un tableau récapitulatif des différents vaccins par enfant concerné.
Parmi les autres mesures préconisées, on retrouve l’accès au carnet de santé, une plus grande information de la part des médecins, ou encore de la documentation distribuée aux assistantes maternelles.
Article rédigé par : A.B.B.
Publié le 18 avril 2019
Mis à jour le 24 avril 2019