Les six premiers mois : la découverte du monde par les sens

Dans de nombreux lieux de la petite enfance, il est commun de proposer des activités pour aider à la socialisation seulement à partir de la section des moyens, au-dessus de 15 mois. Or, l'accompagnement à la socialisation devrait intervenir dès le plus jeune âge dans la section des bébés. En mettant en parallèle les connaissances sur le développement du jeune enfant et des pratiques adaptées, il est possible de favoriser la socialisation chez les très jeunes enfants qui sont encore peu dans les interactions avec les autres bébés de la section.
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Bébé à la découverte de son corps
L'adaptation, premier temps de socialisation
Quand un nouvel enfant arrive dans une section, les professionnels mettent en place une adaptation afin qu'il se familiarise avec l'accueillant qui s'occupera de lui. Cette période sert à la rencontre individuelle entre un adulte et un jeune enfant. Cependant, la rencontre s'effectue parmi d'autres enfants. Une dynamique de groupe existe déjà et chacun a une place consciente ou inconsciente dans cette section. Tous les changements d'habitudes entraînent de l'angoisse autant chez celui qui est en adaptation que chez celui qui est déjà accueilli. « L'inconnu » fait peur. Les bébés présents se voient confier à une personne relais afin de libérer la professionnelle et être plus disponible pour le nouveau camarade. Le premier acte de socialisation dans une section de bébés est de présenter les nouveaux. Par cette action, nous mettons les enfants en place de « sujets ». Nommer une personne est un acte de socialisation de base que nous faisons dès que nous rencontrons un autre adulte. Ce geste indique que « je suis » un tel ou une telle. Pour aller vers les autres de la bonne façon, il faut déjà savoir qui nous sommes. Or, les jeunes enfants sont justement dans la phase de développement de leur personnalité mais également de leur conscience de « soi » (je suis quelqu'un de bien distinct de ma mère).

La conscience de soi passe par le corps
« Connais-toi toi même » dit la devise du Temple de Delphes. Cette phrase invite à se pencher sur soi avant de se questionner sur le monde. Pour permettre aux bébés de bien se socialiser, nous devrions axer les premiers temps de crèche à la découverte de son corps. Plus exactement, nous devrions travailler autour de son « schéma corporel » c'est-à-dire faire prendre conscience au bébé que son corps forme un tout et en symétrie autour d'un axe : la colonne vertébrale. De nombreux professionnels pratiquent, lors des soins quotidiens (change, toilette), des gestes qui aident l'enfant à prendre conscience de son corps. La méthode de Loczy en est un bon exemple. Le respect de l'activité autonome dans cette méthode aide les enfants à découvrir la motricité de leur corps à leur rythme. Winnicott, dans ses ouvrages, a expliqué avec les termes de handling et holding comment le bébé, avec l'aide de sa mère ou d'un substitut, développe sa capacité à intégrer sa notion de corps et d'être. Lors des premiers mois, le nourrisson est peu mobile. Nous pouvons lui proposer des activités peu coûteuses en temps et en argent pour l'aider à connaître son corps. Les caresses d'une simple plume frôlant les différentes parties du corps du bébé en les nommant en est un bon exemple. « Le jeu de coucou », pour cacher une main ou un pied, favorise la découverte de son corps. Les bains et autres jeux où le corps de l'enfant est recouvert aide à prendre la notion de volume de son corps mais aussi, qu'il peut être contenu dans quelque chose. Les massages sont d’excellents médiateurs pour nommer les parties du corps et nous pouvons les faire en chansons. Les enfants en sont très friands. C'est pour une simple et bonne raison, il est difficile d'avoir une représentation visuelle de son dos si nous prenons cet exemple. Plus nous accompagnons l'enfant à découvrir son corps sur lui, moins il aura besoin d'explorer celui de ses camarades. Tout compte fait, nous avons renforcé la socialisation positive dès le plus jeune âge de l'enfant.
 

 
Article rédigé par : Frédérix Groux, ancien EJE, psychologue de crèche
Publié le 06 novembre 2016
Mis à jour le 06 novembre 2016