Plagiocéphalie et retournement à plat ventre : le point de vue d’une psychomotricienne

Le syndrome de la tête plate (ou plagiocéphalie) est de plus en plus fréquent. C’est un fait. Les bébés sont couchés sur le dos pour prévenir la Mort Inattendue du Nourrisson (MIN). C’est essentiel et non négociable. Monique Busquet, psychomotricienne, propose des solutions pour limiter les risques de plagiocéphalie tout en respectant la morphologie et les capacités des tout-petits bébés.
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bébé à plat ventre

Tous les professionnels s’accordent pour relever une nette augmentation du nombre de bébés qui présentent une déformation de la tête. Celle-ci, associée ou non à un torticolis, est appelée « Plagiocéphalie Postérieure d’Origine Positionnelle ». Cette augmentation depuis 20 ans correspond  à la généralisation des pratiques de couchage à plat dos. Coucher un bébé à plat dos pendant ses temps de sommeil, tant qu’il ne peut pas se retourner lui-même, fait partie des recommandations médicales, essentielles à respecter pour la prévention des morts subites du nourrisson.


A plat ventre pour jouer : fatiguant pour les petits bébés
Face à l’augmentation du nombre de plagiocéphalies, l’ensemble des médecins recommandent actuellement, de poser les bébés à plat ventre lorsqu’ils sont éveillés, plusieurs fois par jour quelques minutes. Le but est de tonifier le bébé dans sa tenue de tête et de minimiser le temps durant lequel le crâne du bébé est en appui sur un plan dur. C’est effectivement cet appui prolongé qui favorise l’aplatissement de la tête, or il est essentiel de laisser les os qui constituent le crâne pouvoir « respirer ».

Ma formation et mon expérience de psychomotricienne (comme  nombreux de mes collègues) m'amènent à vouloir affiner ces recommandations.
Etre posé à plat ventre n’est pas confortable pour le bébé  car il n’y est pas encore prêt. En effet, se tenir à plat ventre demande une capacité neuromusculaire, dont le bébé ne dispose pas encore. Il n’est pas non plus capable de se remettre seul à plat dos lorsqu’il en aurait besoin. Tenir un effort musculaire, immobile est source de tension et de crispation  (sauf bien sûr lorsque le bébé est installé  sur le corps de son parent). A plat ventre, le bébé tout petit a du mal à relever sa tête ; le bébé un peu plus grand peut tenir sa tête mais doit écarter ses bras pour s’équilibrer. Il est alors en difficulté pour les ramener devant, dans une  position qui lui serait plus confortable. Il fait alors ce que l’on appelle « le planeur » en « battant des bras », ce qui lui est désagréable. Il est alors en hyper extension et ne peut lui-même relâcher ses tensions pour revenir à une position confortable.

Alors comment diminuer le risque de plagiocéphalies, comment éviter trop d’appui ? D’autres pistes et propositions sont possibles.

Diminuer le temps passé dans « les sièges à coque rigide »
L’augmentation des plagiocéphalies est aussi concomitante de l’utilisation des sièges à coque dure sur de longues périodes. En effet, ces sièges, initialement prévus comme des sièges autos sont de plus en plus utilisés comme « lieu de vie du bébé », parfois de longues heures.
Les bébés  sont moins souvent pris dans les bras, sont  peu sortis de ces sièges auto mais sont souvent « plutôt ballottés » dans ces sièges. Ceux-ci deviennent alors comme une seconde peau autant dans la voiture, dans  la poussette, le caddie, le domicile. Ces sièges sont certes très pratiques, ils libèrent les bras des parents,  ils permettent de poser les bébés sans les réveiller. Mais quelles sensations  ces bébés ont alors dans leur corps ? Quels vécus sensorimoteurs ? Les bébés y sont contenus, souvent emmitouflés, rassurés, mais ils y sont maintenus immobiles. Même la tête est le plus souvent empêchée de bouger.

Porter l’enfant dans les bras
Porté dans les bras, l’enfant  peut bouger sa tête, il la tient, la tourne, la redresse, il tonifie ainsi progressivement sa nuque. Etre porté ne lui donne pas de mauvaises habitudes mais au contraire une meilleure conscience de son corps donc une plus grande envie de bouger ensuite de façon autonome et libre.
Il peut être intéressant, en cas de torticolis, de lui permettre de tourner sa tête  en l’incitant à regarder de chaque côté. Cela lui est plus facile lorsqu’il est porté car  alors la tête est plus libre de tourner.

Favoriser le temps d’éveil sur un tapis à plat dos (et non dans un relax)

Le bébé ne peut bouger dans un relax, il regarde autour de lui, il joue avec ses mains mais ne mobilise pas l’ensemble de son corps. Le bassin et le dos restent immobiles. Sur un tapis, il est libre de découvrir toutes ses possibilités de mouvement: attraper ses pieds, tourner la tête, faire des semi-retournements.
Il se prépare ainsi progressivement aux retournements vers le plat ventre, puis aux déplacements si importants que sont le ramper et les quatre pattes.

Jouer et accompagner les bébés à se retourner
Un bébé laissé libre de ses mouvements n’a pas besoin de l’adulte pour lui montrer comment se retourner. Mais un bébé qui reste immobile et passif, qui a peu investi le mouvement, qui pleure, (pour diverses raisons possibles), peut avoir besoin d’être accompagné dans la découverte de  ce plaisir à se mouvoir.
Plutôt que le poser à plat ventre, ou le retourner « comme une crêpe », il est plus judicieux de mobiliser le bébé dans des mouvements actifs de sa part : l’aider à se  rouler sur le côté, fléchir la jambe pour amener une rotation du bassin et du dos, mouvement dans lequel le bébé participe. Le bébé peut alors, par un enchainement physiologique, aller vers le plat ventre, les bras en avant et redresser ainsi la tête dans un mouvement juste et confortable, qui l’aide à se tonifier. Il ressent ainsi dans son corps un mouvement agréable et respectueux, dans lequel il participe, et qu’il cherchera lui-même à revivre. Cette sensation de mouvement, de changement de position, lui est plus utile que d’être simplement installé à plat ventre de façon passive. Cela peut lui être proposer lors des changes, des habillages, de temps de jeux, dans le respect de ce qu’il manifeste alors, de son plaisir, de sa possibilité d’y participer. L’accompagnement par l’adulte dans un geste juste et bien-traitant, aide ainsi l’enfant à être acteur, actif et sujet.

Article rédigé par : Monique Busquet
Publié le 16 mai 2018
Mis à jour le 29 mai 2018

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