Psycho-pédagogie

Les 5 ingrédients-clés de la pédagogie positive

Bienvenue dans l’univers merveilleux de la pédagogie positive, l’éducation dernier cri fondée sur la base des travaux en psychologie positive et en neurosciences affectives et sociales. Exit la pédagogie des fesses rouges de nos ancêtres qui considérait l’enfant comme un petit tyran qu’il fallait (re)dresser. Les dernières découvertes sur le cerveau ont provoqué un virage à 180° : le jeune enfant est désormais perçu comme un petit être en développement, dont le cerveau est particulièrement vulnérable. La pédagogie positive propose donc une discipline plus respectueuse de son fonctionnement et de ses besoins.
éducation positive
1. Il tape ? Il crie ? Recherchez lequel de ses besoins est insatisfait
Derrière chaque réaction inappropriée se cache un besoin insatisfait. Tous les êtres humains, petits et grands, ont des besoins fondamentaux : des besoins physiologiques - manger, boire, respirer, dormir, avoir ni trop chaud, ni trop froid - et des besoins psychologiques - besoin qu’on lui accorde de l’attention, besoin d’affection, besoin d’être valorisé, considéré, etc.
Quand l’un de nos besoins est inassouvi, nous sommes malgré nous plongés dans un état de frustration duquel peut naître une réaction agressive à l’égard d’autrui (c’est d’ailleurs la raison pour laquelle les couples ont cette fâcheuse tendance à se disputer le ventre vide plutôt que le ventre plein !).
Identifier le(s) besoin(s) insatisfait(s) de l’enfant permet de proposer une réponse plus adaptée et de limiter la réapparition de comportements indésirables comme les colères, les pleurs, les manifestations d’agressivité verbales ou physiques. C’est un peu comme si, face à une casserole de lait bouillant, on pensait à baisser l’intensité du gaz plutôt qu’à mettre un couvercle ! Dans un lieu d’accueil collectif, ce sont souvent les besoins d’attention individuelle, d’affection et de repos qui sont insatisfaits. Pourquoi Nathan est-il si « difficile » aujourd’hui ? A-t-il assez dormi ? Assez mangé ? S’est-il assez dépensé ? A-t-il eu assez de contacts physiques, de câlins et d’interactions avec l’adulte ? A-t-il été trop stimulé ? L’ai-je assez écouté ? Lui ai-je assez accordé d’attention ?

2. La moutarde vous monte au nez ? Détendez-vous avant de réagir
Tout adulte qui perd la maîtrise d’une situation risque de perdre son sang-froid (face à un enfant qui échappe à son « contrôle », par exemple). Dès lors, il risque de réagir sous le coup des émotions, surinvestissant son cerveau émotionnel au détriment de son cerveau frontal, siège du raisonnement, de la planification, de l’empathie. Le risque de dérapage est imminent.
Mieux vaut prendre de la distance et pratiquer la respiration abdominale. Au lieu de réagir à chaud, faites quelques pas en arrière. Cette prise de distance physique permettra une prise de distance psychique bénéfique. Puis, adonnez-vous à quelques respirations abdominales pour vous bien oxygéner : inspirez par le nez en gonflant le ventre en compte jusqu’à 4 puis expirez lentement en rentrant le ventre en comptant jusqu’à 8… Après quoi, une fois détendu, n’hésitez pas à retourner voir l’enfant à tête reposée pour échanger sur ce qu’il vient de se passer entre vous.  

3. Agissez en modèle
Les enfants vous observent. En tant que professionnels de la petite enfance, vous êtes de véritables modèles pour les enfants que vous accueillez 8 à 10 heures par jour. Tout au long de la journée, sans que vous en ayez conscience, ils observent votre manière de réagir aux situations inhabituelles, de gérer vos émotions, de rire avec votre collègue, d’accueillir les émotions des autres enfants, d’échanger avec un parent, d’exprimer votre tristesse.
Puis, ils finissent par reproduire les comportements des adultes qu’ils ont préalablement observés et enregistrés. Vous retrouvez alors chez ces enfants certaines de vos mimiques et de vos attitudes, pas toujours les meilleures d’ailleurs, ce qui peut être très troublant ! Les enfants vous renvoient votre propre réalité en miroir, le bon comme le moins bon, sans aucun filtre. On dit que leur apprentissage se fait par imitation.
Ainsi, montrez-leur l’exemple. Veillez à réguler votre comportement en leur présence, à ne pas céder à la colère ou à l’agressivité. En un mot, faites tout ce que vous voudriez que les enfants fassent !    

4. Aidez-le à se décharger de ses émotions fortes
Toute émotion se décompose en trois phases :
1ère étape : la charge. C’est le moment où notre organisme réagit à un signal (ce peut être un souvenir, un comportement, une parole, une pensée - par exemple, Benjamin qui vient d’apercevoir sa maman à la porte d’entrée ou Natacha qui vient de se faire mordre par Paolo)
2ème étape : la tension. C’est lorsque l’émotion commence à « monter » à l’intérieur de notre corps, à la suite de ce signal : notre rythme cardiaque s’accélère, notre gorge devient sèche, notre respiration s’intensifie...
3ème étape : la décharge. C’est lorsque la tension accumulée finit par « éclater » pour s’échapper de notre corps : l’enfant peut pleurer, crier, se rouler par terre, trembler, mais aussi rire, courir, sauter. Seule cette étape permet à l’enfant de se décharger de son émotion. Il est donc important de ne pas l’empêcher de la vivre !
Nous devons encourager l’enfant à se décharger de sa tension. Si l’enfant pleure suite à une séparation, lui dire « chut, ne pleure pas, ça va aller » reviendrait à lui dire « garde ta tristesse et ta tension à l’intérieur de ton corps ». Le consoler ne fait que bloquer son processus naturel de décharge et augmenter la probabilité qu’il manifeste de nouveau une émotion forte d’ici quelques minutes. Au contraire, idéalement, encouragez-le à pleurer jusqu’à ce que toute sa tension soit évacuée, « pleure, ça te fait du bien », en le gardant contre vous (un enfant a besoin de la présence rassurante de l’adulte quand il vit une telle tempête émotionnelle). Cette phase de décharge passée, l’enfant sera réellement plus détendu.   
Lui apprendre à décharger autrement sa colère. Vous pouvez apprendre aux plus grands à se « vider » de leur colère autrement qu’en tapant sur la tête des autres enfants ! Proposez-leur par exemple de gribouiller sur une feuille de papier, de trépigner vivement, de froisser ou de déchirer les pages d’un magazine ou encore de tambouriner sur un coussin.  

5. Prenez soin de vous
Prendre soin de vous pour mieux prendre soin d’eux. Je ne vous le dirais jamais assez : vous exercez un métier éprouvant qui demande une réelle endurance psychologique et physique. C’est pourquoi nous devons prendre soin des personnes qui prennent soin des enfants. En attendant que votre employeur puisse vous offrir les services d’un masseur à la pause-déjeuner, c’est à vous de prendre soin de vous et d’être à l’écoute de vos besoins.
Lorsque vos propres besoins sont satisfaits, il vous est davantage possible d’être à l’écoute des besoins des enfants. Si vous êtes vous-même fatigué, stressé, en manque de reconnaissance et de valorisation, il vous sera difficile de parvenir à écouter les besoins de ces petits êtres qui vous sollicitent tant. Pour autant, attention de ne pas tomber dans la position extrême qui consisterait à rester centré uniquement sur soi. Car contrairement aux informaticiens, vous travaillez avec des humains, il ne vous est donc pas possible d’ignorer très longtemps ce qui vous entoure ! 

Des ressources sur lesquelles s'appuyer

• Vous êtes leur modèle, ne l’oubliez pas ! Rien de tel que ces deux vidéos fort bien construites pour nous le rappeler :
- « Children See, Children Doo », un court-métrage réalisé par l’association NAPCAN de lutte pour le respect des droits de l’enfant dans le monde (pas besoin d’être anglophone pour en profiter car il s’agit d’un film muet !)
- « L’exemple, c’est nous », réalisé par Yapaka, un programme de prévention de la maltraitance à l’initiative du Ministère de la Communauté Française de Belgique.
• Les points forts de cette pédagogie ? Elle se fonde sur les travaux scientifiques et prône la non-violence éducative.
Rassurez-vous, cette pédagogie positive ne fera pas de vous un professionnel parfait, ça n’existe pas ! L’idée n’est pas non plus que vous deveniez des pros permissifs ou laxistes, mais que vous parveniez à appliquer un cadre défini de manière plus respectueuse, sans recourir à la violence éducative.  
• Un jeu de carte pour vous sensibiliser à la discipline positive ! En 2014, les éditions du Toucan ont traduit un jeu de 52 cartes intitulé "la discipline positive" pour nous familiariser avec la pédagogie positive, signé Jane Nelsen et Adrian Garsia. Son format ludique et accessible en fait une référence en matière de discipline positive.

Article rédigé par : Héloîse Junier
Modifié le 30 août 2017