Troubles de la vision : les signes d’alerte

Plus les problèmes de vue sont pris en charge tôt, plus les traitements mis en place ont de chances de fonctionner. Chez le jeune enfant, ces troubles se manifestent souvent par de légères anomalies du comportement qu’il faut connaître afin de pouvoir en parler sans tarder aux parents.
Dès la naissance, les médecins sont attentifs à la bonne santé des yeux des bébés. Ils vérifient la taille de leurs globes oculaires et le bon positionnement de leurs paupières, ils s’assurent de l’absence de larmoiement, ils examinent attentivement l’aspect de leurs pupilles... Il faut en effet contrôler l’absence de pathologies organiques (glaucome, cataracte, tumeur maligne...).
Par la suite, les visites mensuelles chez le pédiatre sont l’occasion de s’assurer que tout va bien. Les résultats d’examens plus complets, à 9 mois et 24 mois, puis à 3, 4 et 6 ans, sont consignés dans le carnet de santé de l’enfant. Suivant les régions, ce dépistage systématique peut être complété par le passage en crèche d’une orthoptiste pour contrôler la vision des enfants entre 1 et 3 ans.

Ces mesures ont permis ces dernières années d’améliorer la prise en charge des troubles visuels qui touchent environ 1 enfant sur 5, mais elles ne font pas tout. Au quotidien, certaines réactions, certaines habitudes de l’enfant doivent interpeler car elles peuvent être le symptôme d’un trouble visuel.

Savoir les repérer permet de savoir quand conseiller aux parents d’en parler à un médecin. Et de traiter, le plus souvent par le port de lunettes aujourd’hui parfaitement adaptées aux plus jeunes (montures confortables, verres incassables), un éventuel trouble visuel, assurant ainsi à l’enfant un bon développement psychomoteur. Car une hypermétropie va l’empêcher de bien voir de près et une myopie de bien voir de loin, un astigmatisme va déformer les contours de tout ce qu’il va regarder. Quant à l’amblyopie, non dépistée, elle peut aboutir à la perte de vision d’un des deux yeux. Mieux vaut donc ne pas passer à côté.

Les comportements à surveiller
« Un bébé âgé de 2-3 mois qui ne dirige pas son regard vers la lumière ou qui au contraire la fuit, cela doit interpeler », explique le professeur Claude Speeg-Schatz. « Au fil des semaines, s’il ne sourit pas aux visages familiers, ne s’anime pas à la vue de son biberon, ne joue pas avec ses mains, ne saisit pas les jouets qu’on lui présente, cela peut aussi faire soupçonner un trouble visuel. Attention également aux enfants qui grimacent beaucoup, clignent ou se frottent souvent les yeux. » En grandissant, un enfant taxé de maladroit qui tombe ou se cogne souvent peut aussi être un enfant qui voit mal.

Quel que soit l’âge, un nystagmus (mouvements saccadés des yeux, le plus souvent horizontaux, voire verticaux ou rotatoires) nécessite un avis médical. Tout comme un larmoiement ou une malposition des paupières.

Il louche : quand s’inquiéter ?
Autre signal d’alerte qui passe quant à lui rarement inaperçu : le strabisme. Il faut alors distinguer celui qui est passager, sans gravité, et celui qu’il faut traiter. Jusqu’à 3-4 mois, il n’y a rien d’alarmant à ce qu’un bébé se mette à loucher quand on lui tend un jouet ou que l’on approche son visage du sien. Pas étonnant qu’il ait encore un peu de mal à faire la mise au point, ses muscles oculaires manquent de tonus et de coordination.

« Mais si un bébé continue de loucher au-delà de cet âge ou le fait de façon permanente, c’est un motif de consultation ophtalmologique. Les conséquences du strabisme ne sont pas uniquement inesthétiques. Nous redoutons sa conséquence directe : l’amblyopie », rappelle le professeur Claude Speeg-Schatz. Ce trouble résulte de la mise au repos forcée de l’un des deux yeux par le cerveau qui, du fait du strabisme, reçoit deux images. Ne parvenant pas à les interpréter correctement, il préfère en neutraliser une. Ce qui peut, à terme, conduire à la perte totale de vision de l’œil qui travaille moins.

S’il est si important de la dépister tôt, c’est parce que l’amblyopie traitée avant 3 ans guérit presque systématiquement. Avec le port de lunettes spécifiques et/ou un opticlude - un pansement posé sur l’œil qui voit correctement pour obliger l’œil « paresseux » à travailler -, l’enfant peut récupérer la totalité de son acuité visuelle. Et son strabisme peut être atténué, voire disparaître totalement. Quand ce n’est pas le cas, quand la rééducation ne suffit pas, la chirurgie permet quelques années plus tard de rétablir un bon parallélisme.

A savoir
Pour aider les enfants à garder une bonne vue toute leur vie, il est essentiel dès le plus jeune âge de protéger leurs yeux du soleil. Ils sont en effet particulièrement perméables aux UV. Aux beaux jours, on protège donc leur peau, mais on leur fait aussi porter des lunettes de soleil d’indice 3 ou 4 arborant la mention CE. Attention aussi aux écrans dont la lumière bleue est soupçonnée de favoriser la DMLA (dégénérescence maculaire liée à l’âge).

Antécédents familiaux, prématurité : vigilance accrue

Une dernière notion importante à garder en tête : même en l’absence de signes particuliers, mieux vaut prévoir vers 4-5 ans une consultation de dépistage chez l’ophtalmologiste pour les enfants nés prématurément, ou en cas d’antécédents de troubles oculaires dans la famille.

Article rédigé par : Aurélia Dubuc avec le professeur Claude Speeg-Schatz, chef de service au CHRU de Strasbourg et secrétaire générale adjointe de la Société Française d’Ophtalmologie
Publié le 09 août 2019
Mis à jour le 03 septembre 2019