Jouer pour grandir

Le rôle et la place du professionnel dans le jeu de l’enfant

Itinérance ludique, jeu libre… des concepts séduisants mais qui parfois plongent les professionnels de la petite enfance dans un certain désarroi. Ils ne savent plus très bien quelle est leur place. Observer l’enfant, d’accord… Mais comment et pourquoi ? Et leur rôle se limite-t-il vraiment à ça : le regarder jouer ? On fait le point avec Anne-Sophie Casal, psychologue et formatrice à FM2J, le centre national de formation aux métiers du jeu et du jouet.
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petit garçon joue aux voitures
Les professionnels sont parfois mal à l’aise sur l’attitude à adopter par rapport au jeu des enfants. Sans doute parce que selon Anne-Sophie Casal, psychologue, le jeu concentre à lui seul toutes leurs missions. Missions qui, selon elle, tournent autour de trois grands axes : apporter la sécurité aux enfants (sécurité affective et physique) ; favoriser leur autonomie ; leur permettre aussi de se « poser », de souffler eux qui souvent vivent des rythmes très soutenus dans leurs familles. Et précise la psychologue « sur ces trois axes, le jeu est un allié formidable ». Ce qui signifie donc que les professionnels ont une place et un rôle à tenir même quand on évoque le jeu libre VS le jeu dirigé.

Choisir des jeux ou jouets qui rassurent l’enfant
La première mission des professionnels est de choisir pour les enfants des jouets sûrs : c’est-à-dire aux normes de sécurité. C’est une évidence. Mais c’est aussi savoir choisir les jouets qui vont les rassurer, qui ne vont pas les mettre en échec mais plutôt les valoriser. Pour les petits, Anne-Sophie Casal cite l’exemple du tableau d’activités qui est un jeu de causalité : j’appuie, ça sonne. Ou encore le hochet : je l’agite et le grelot tinte. Ces jeux permettent de faire émerger la conscience de soi. Mais la sécurité affective procurée lors du jeu vient surtout de la posture de l’adulte vis à vis de l’enfant. Prendre le temps de regarder un enfant jouer, c’est important.

Mettre à la disposition de l’enfant des jeux et jouets adaptés à son développement
Comment favoriser l’autonomie de l’enfant ? En choisissant en amont des jeux ou jouets qui sont adaptés à son développement. Et Anne-Sophie Casal de citer l’exemple des puzzles : « certains puzzles note-t-elle demandent l’aide d’un adulte. Je pense à ceux qui ont plusieurs formes : ronds, étoiles, carrés, etc. Alors qu’un puzzle comprenant des ronds de différentes tailles sera plus accessible et l’enfant pourra se débrouiller tout seul. » De la même façon on ne secoue pas un hochet devant un bébé on laisse l’enfant le faire quand il sera en mesure de le faire.
Au départ l’autonomie, c’est être libre de choisir son jeu. « Mais cela ne signifie pas que nous devons tout laisser à disposition de l’enfant explique Anne-Sophie Casal. L’adulte, le professionnel doit mettre une diversité ludique à disposition de l’enfant.  C’est-à-dire des jeux et jouets qui correspondent à ses différents besoins ». Des jeux d’encastrement par exemple pour le calme, des jeux moteurs pour leur besoin de bouger, une dînette pour faire semblant et imiter etc. « Il faut penser les espaces de jeu en tant qu’espaces diversifiés tant en termes de compétences que de besoins ludiques » insiste encore la psychologue. Le rôle du professionnel est de s’assurer cette mise à disposition - donc de faire des choix en amont - car c’est cela qui favorisera l’autonomie des enfants.
Attention diversité ludique ne signifie pas quantité… S’il y a trop de choses, l’enfant aura tendance à passer son temps à vider, remplir déballer et éventuellement transporter. « Il faut moins de jouets pour plus de jeu » conclut Anne-Sophie Casal.

Permettre à l’enfant de se poser, ne pas le sur-stimuler
Pour qu’un petit se pose, il faut plusieurs conditions. Tout d’abord aménager le temps de jeu libre dans le quotidien des enfants : c’est à dire qu’un adulte soit lui-même « posé » auprès des enfants. C’est donc autoriser qu’un professionnel ne fasse que ça : être là, calme et attentif auprès d’eux. Le professionnel doit aussi maintenir l’espace de jeu « prêt à jouer » car il faut que les espaces de jeu soient lisibles et clairs pour les enfants. Enfin au professionnel aussi d’inviter à jouer, c’est-à-dire d’initier par la mise en place des situations de jeu.

Limiter ses interventions pour que l’enfant reste maître de son jeu
« L’adulte ne doit pas prendre le pouvoir sur le jeu de l’enfant analyse Anne-Sophie Casal, sinon on fabrique des enfants qui ne savent rien faire tout seuls ». Aide-moi à faire tout seul disait Maria Montessori. C’est exactement ça dans une situation de jeu libre : il faut une présence physique mais pas forcément une intervention. Un exemple : un espace dînette, une petite table où le professionnel aura disposé quelques tasses. L’idée : laisser l’enfant décider de ce qu’il veut faire même s’il fait de la soupe dans des tasses ! Et ne pas lui dire, alors tu m’offres le thé ? En revanche si l’enfant le sollicite, il lui répondra à minima. Etre présent et savoir s’effacer, ne pas agir tout en étant à l’écoute… ce n’est pas si facile ! Laisser l’enfant maître de son jeu est essentiel « car c’est le jeu qui va lui permettre de construire son Je » ajoute la psychologue. Et moins on intervient mieux on percevra ses besoins car il les exprime par le jeu »

Ne pas faire l’impasse sur les jeux dirigés qui aident l’enfant à grandir
Mais Anne-Sophie Casal est formelle : l’enfant a aussi besoin de jeu plus dirigé. Pour faire des apprentissages. Il a besoin d’apprendre des choses de l’adulte pour grandir. Il faut un équilibre entre la place laissée au jeu libre et spontané, ce jeu dont on attend aucun résultat, et les jeux à visée « pédagogique ». S’il n’y a pas cet équilibre, les professionnels auront tendance à s’immiscer dans le jeu des enfants. Or l’enfant est dépendant de l’adulte pour tout. Il ne doit pas l’être dans le jeu ! C’est pourquoi la psychologue-formatrice milite pour que dans les équipes et lors des transmissions avec les parents, on valorise le jeu libre comme une activité à part entière.

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Article rédigé par : Catherine Lelièvre
Publié le 22 mars 2018
Mis à jour le 26 mars 2018

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