Plan contre la pauvreté : première rencontre territoriale

La Ministre des Solidarités et de la Santé, Agnès Buzyn, et le délégué interministériel à la prévention et à la lutte contre la pauvreté des enfants et des jeunes, Olivier Noblecourt, ont mené la première des dix rencontres territoriales de concertation sur la stratégie de prévention et de lutte contre la pauvreté des enfants et des jeunes autour de la petite enfance, qu’ils avaient lancée le 4 décembre dernier, après son annonce par le président Emmanuel Macron le 17 octobre. Ce premier échange s’est déroulé à Plaisir dans les Yvelines, en présence notamment de Nathalie Casso-Vicarini, présidente d’Ensemble pour l’éducation de la petite enfance et co-responsable du groupe de travail dédié à la petite enfance et d’Olivier Le Brun, Vice-président du Conseil départemental des Yvelines délégué à la Famille.
Priorité à la prévention
Olivier Noblecourt a précisé la double inflexion du plan du président Emmanuel Macron de lutte contre la pauvreté : soutenir les publics déjà fragilisés et replacer le curseur de prévention le plus en amont possible. « Mais nous ne partons pas de rien, d’une page blanche, a-t-il longuement souligné, nous partons de politiques déjà l’œuvre. » En précisant le besoin de s’adosser aux travaux qui existent déjà. L'objectif de ces rencontres territoriales est donc d'entendre les acteurs de terrain : ce qui existe, ce qui fonctionne, ce qui devrait être travaillé.
« La petite enfance est une thématique qui me tient tout particulièrement à cœur » a rappelé Agnès Buzyn, avant d’expliquer que la concertation était déjà très largement engagée et devait inclure tout le monde. « La petite enfance est un point d’entrée à la lutte contre la pauvreté parce qu'une intervention précoce est le premier levier pour l’égalité des chances. » Elle a précisé ne vouloir privilégier aucune piste, mais faire sorte de progresser dans la transparence des critères d’attribution de places en crèches et de favoriser la mixité sociale qui n’est « pas encore au rendez-vous partout ».
Les échanges ont porté sur trois thèmes, les trois principaux enjeux de la concertation : l’accès aux modes d’accueil, la qualité de l’accueil et le soutien à la parentalité. L’occasion pour les différents professionnels présents de partager leurs constats, leurs interrogations et leurs demandes. En voici les principaux.

Faciliter l’accès aux modes d’accueil avec des moyens pérennes
Elodie Clair, directrice de la CAF des Yvelines, a précisé que des dispositifs d’aide aux familles avaient déjà étaient amorcés mais que le temps de l’évaluation serait important pour voir s’ils ont véritablement un impact sur le déterminisme social. Olivier Noblecourt a ajouté qu’il fallait mieux faire connaître l’offre sociale aux familles et leurs droits. Une directrice de micro-crèches a d’ailleurs noté que la PAJE baissait de moitié dès que l’enfant atteignait ses 3 ans, alors même que de nombreux enfants de trois ans étaient encore en crèche car nés en fin d’année. De son côté Claire Favra, première adjointe au maire de Montrouge et membre de l’Association des Maires de France (AMF) a souligné que la baisse des dotations de l’Etat aux mairies rendait plus difficile leur travail d'accompagnement des familles et qu'il était d'autant plus compliqué pour elles de répondre aux exigences de la CAF. Une directrice de crèche privée a elle mis en exergue que les travailleurs indépendants étaient exclus du droit au crédit d’impôt famille. Autre constat : les Fonds "Publics et Territoires" n’étant pas des dispositifs pérennes, l’aide aux familles vulnérables devrait donc passer dans le financement de droit commun.

Améliorer la qualité de l’accueil par des programmes pédagogiques et des formations
Florent de Bodman, qui pilote la mise en oeuvre opérationnelle de Parler Bambin à l’Agence nouvelle des solidarités actives (Ansa), a présenté ce programme pédagogique qui encourage l’éveil langagier des plus petits. Un dispositif qui selon lui a fait ses preuves et devrait être également encouragé par les PMI. Il souhaiterait aussi que la prochaine COG porte une réflexion sur la création d’un fond national dédié à la qualité de l’accueil des jeunes enfants.
Des dispositifs oui, mais surtout des formations. Sandra Onyszko, de l’Ufnafaam souhaiterait que les compétences des assistantes maternelles soient enrichies : il faudrait d’une part créer plus de Relais Assistants Maternels (RAM), d’autre part développer la formation continue et la formation obligatoire. Comme l’a souligné une assistante maternelle exerçant depuis 22 ans, le choix des formations doit être également étendu. Un aspect également évoqué par Véronique Jacquet, coprésidente de la Fédération Nationale des Educateurs de Jeunes Enfants (FNEJE), pour qui la formation des professionnels est un enjeu crucial, plus important encore que le déploiement de programmes. Il faut développer les connaissances des professionnels sur le développement de l’enfant et l’accompagnement des parents.  Enfin Laeticia Lagarde de Générations Mutualistes a soulevé l’importance de renforcer leurs compétences en termes de mixité : il ne s'agit pas seulement de savoir accueillir des familles défavorisées, mais aussi des familles qui connaissent le handicap ou des fragilités psychologiques.

Développer le soutien à la parentalité
Lutter contre la pauvreté des enfants c’est avant tout soutenir les parents. Pour François Soulage, président du collectif Alerte, c’est même la question centrale. De nombreuses initiatives en ce sens existent déjà, comme en ont témoigné plusieurs intervenants. La Croix-rouge a ouvert un espace enfant-parent à Saint Quentin en Yvelines, qu’elle souhaiterait étendre aux zones rurales. Un autre espace parent-enfant existe lui depuis 2001 à Plaisir : l’Escale soutient les parents dans leur rôle éducatif. Un autre type d’initiative s'est monté à Versailles : une bibilothèque et une maison de quartier organisent ensemble des séances de lecture pour les tout-petits auxquelles peuvent participer des classes maternelles et toutes les familles qui le souhaitent. Enfin, Olivier Le Brun a tenu à rappeler que le soutien à la parentalité passait aussi par l'accompagnement du couple, que les ruptures entre parents participaient à la paupérisation des enfants. Il a par ailleurs évoqué le programme « Aime ton couple, aime ta famille » développé par une association locale dans les Yvelines.

Agnès Buzyn a vivement remercié les intervenants pour la qualité des échanges : des témoignages concis et éclairants. En soulignant que les enjeux étaient extrêmement nombreux, mais qu'elle faisait complètement confiance aux acteurs de terrain.
Article rédigé par : Armelle Bérard Bergery
Publié le 15 janvier 2018
Mis à jour le 08 mars 2018