Croc la vie : la nutrition infantile gagne des étoiles

Croc la vie, c’est la plus importante cuisine centrale privée en France qui fournit des repas 100% bio aux moins de 3 ans. Située dans le Nord, la société livre chaque jour 3000 repas aux petits de la région, dans 150 structures. Une entreprise chargée de sens, portée par Anthony Beharelle qui a changé de vie pour lancer Croc la vie. Récit.
Concilier valeurs et vie professionnelle
Anthony Beharelle travaillait dans l’industrie automobile. Mais ce qu’il faisait chaque jour ne remplissait pas sa quête de sens. Il a des convictions fortes en matière environnementale et en termes d’économie sociale et solidaire. Son but : concilier ses valeurs avec sa vie professionnelle. Voilà le point de départ de sa réflexion. Exit l’ingénierie automobile, place à de nouvelles aventures. « J’ai pris la décision de quitter mon job et j’ai réalisé un bilan de compétences en profondeur, qui a duré quasiment un an » explique t-il. L’occasion pour lui de poser les bases de ce qu’il veut faire réellement et de trouver le moyen de donner une véritable portée à son projet. « Je savais que je voulais m’orienter vers la création d’entreprise, dans l’économie sociale et solidaire, dans l’agriculture bio et l’alimentation ». Les fondements sont posés. C’est alors dans cette logique qu’Anthony reprend un master d’ESS à Valenciennes.
Peu à peu, il identifie des besoins clients et creuse chaque possibilité, des plats-traiteur à la restauration collective en passant par les sandwichs, il passe tout au crible. « On a tendance à idéaliser son futur métier, à n’en voir que les bons côtés. Je voulais être certain de connaitre toutes les facettes de mon futur travail pour éviter toute déception plus tard » assure t-il.

Un déclic en discutant avec un directeur de crèche
Nous sommes en 2008 en plein Grenel de L’environnement. L’annonce suivante est faite : il devra y avoir 20% de bio dans la restauration collective. A ce moment là, Anthony se dit qu’il doit travailler dans ce domaine. Comme toujours, il va au bout des choses, analyse le marché et ne voit pas beaucoup de signaux positifs : « Le monde de la restauration collective est un marché consolidé avec de très gros acteurs. J’ai pensé que jamais ils ne laisseraient passer le marché sans réagir et qu’ils se mettraient forcément à faire du bio. Ils sont gros, connaissent tous les rouages, je n’ai donc aucune chance. Cela ne fonctionnera pas » conclut-il.
Pourtant, cette envie de travailler dans le bio lui tient à coeur. Il en parle à ses proches, dont sa mère qui est éducatrice de jeunes enfants. Elle l’encourage à aller rencontrer un ami directeur de crèche qui se plaint des repas fournis aux enfants. Anthony prend alors rendez-vous avec cet homme. « En discutant avec lui, j’ai eu un déclic » se remémore t-il. « Je ne connaissais RIEN à la nutrition infantile. Mais je connaissais très bien l’univers de la restauration collective. Et à ce moment là j’ai compris pourquoi la restauration collective traditionnelle ne pouvait pas répondre aux besoins très spécifiques des petits. Elle fonctionne sur du volume et de la standardisation. En deux mots il faut un minimum de diversité et un maximum de volume. Or pour les moins de 3 ans, ce modèle est impossible », détaille-t-il. L’alimentation infantile répond à des besoins très spécifiques. C’est une cible qui n’intéresse pas la restauration collective. Une occasion rêvée pour lui…

Anthony se lance dans une petite étude de marché. Il frappe à la porte des structures de la métropole lilloise et recueille les témoignages de chacun. « Je me suis rendu compte qu’il y avait une très forte attente des crèches dans le fait d’avoir des meilleurs repas et adaptés aux enfants en terme de goûts, de textures, d’âges… » explique-t-il. Il se lance alors dans cette aventure !
Il rencontre des professionnels de la nutrition infantile et des partenaires comme les crèches 1,2,3 soleil qui lui proposent même de l’aider sur ce projet. Le réseau lui présente un chef-cuistot et une coordinatrice petite enfance formée à la nutrition infantile. « Et on démarre comme ça, de façon très informelle » s’amuse Anthony. En parallèle il se rapproche de l’Institut Pasteur pour mettre au point les gammes. « On a découpé les tranches d’âge, conçu les gammes, vu les grammages des portions, des protéines, des féculents, etc. » Un travail de précision est ainsi réalisé et donne lieu à des produits très qualitatifs.

5 gammes bio pour des besoins spécifiques
C’est en février 2010 que les premiers repas de « Croc la vie » voient le jour ! Dès le départ, Anthony et ses équipes mettent au point 5 gammes qui ont évolué depuis et qui évoluent en permanence mais qui restent toujours 100% bio :
- Le menu « diversification » : une texture lisse/semi-liquide et mono-légume. Pas de féculent, un peu de protéines animales et une compote pour le dessert.
- Le menu « robe des champs » : proche du menu diversification avec de la pomme de terre en plus. La texture change, elle est moins lisse. Elle fait la transition entre le premier menu et celui qui suit.
- Le menu « petits musclés » : il s’agit de mouliné, de textures plus consistantes, voire de touts petits morceaux comme des grains de riz, de la semoule, des petites pates. Avec un peu de protéines animales et une compote.
- Le menu « Petit Prince » : cette fois-ci, il y a une entrée (crudité ou un potage) des protéines, des féculents, des légumes et un produit laitier ou un fruit ou une compote.
- Le menu « Roi Lion » : composé des mêmes éléments que le « Petit Prince », seule la taille des portions change.

« Dans la semaine, on a tenu à diversifier les sources de protéines. Les enfants ont donc 2 fois de la viande, 1 fois du poisson, 1 fois de l’œuf, 1 fois des protéines végétales » précise le fondateur.

Le bio oui, mais pas n’importe lequel
Toujours dans le souci d’être dans une démarche cohérente, Anthony est extrêmement scrupuleux quant au choix de ses fournisseurs. « Je suis dans ce que j’appelle la bio-cohérence, c’est à dire la prise en compte de la dimension environnementale, sociale et économique de la bio. Mes fournisseurs ont intégré la dimension éthique. On les sélectionne en fonction de l’approche du bio qu’ils ont, de la façon dont ils travaillent. Ce ne sont pas des opportunistes. Ils sont sensibles à la juste rémunération des producteurs, aux pratiques environnementales sur les exploitations, etc. Et c’est pareil pour mes grossistes ! » insiste t-il. « Quand les autres sont juste à la recherche d’un label bio, moi je cherche à aller plus loin. J’ai envie d’être cohérent. Si je me lève le matin, c’est pour porter un projet de transformation de société ».

Qu’en pensent les pros ?
Présent dans 150 structures de petite enfance, que ce soit en crèche privée, municipale, ou encore associative, le retour des professionnels est unanime. Les plats sont appréciés et bien plus qu’auparavant. Les parents aussi sont ravis de voir leur enfant gouter à de vrais produits (les fromages par exemple sont des morbier, des fromages de chèvre, des comté… pas des fromages industriels) et à différentes textures. Les directeurs de crèche racontent même à Anthony que certains parents qui souhaitent inscrire leur enfant dans la structure demandent s’il s’agit d’une crèche « Croc la vie. » La renommée est elle que l’entreprise deviendrait presque un label !
Vous ne travaillez pas en crèche et vous aimeriez bien faire profiter les enfants dont vous vous occupez des menus Croc la vie ? On a une bonne nouvelle ! Dans quelques mois, une offre destinée aux particuliers (et donc aux assistantes maternelles comme aux parents) devraient voir le jour. On s’en réjouit !
Article rédigé par : Laure Marchal
Publié le 06 décembre 2017
Mis à jour le 07 décembre 2017