La crèche Jardin Nid d’Eveil accueille 30% d'enfants en situation de handicap

Chez Jardin Nid d’Eveil, tous les enfants peuvent être accueillis, même ceux qui connaissent un handicap lourd. Depuis son ouverture en 2015, cette crèche inter-entreprise de Gentilly réserve 30% de ses places aux enfants en situation de handicap. La force de cette structure ? Une prise en compte des besoins spécifiques de ces tout-petits dès le début du projet d’établissement. Explications avec sa fondatrice Oriane Macé.
Offrir un lieu d'accueil à tous les enfants
Avant Jardin Nid d’Eveil, il y a d’abord eu Nid d’Eveil, une crèche privée inter-entreprise fondée par Oriane Macé en 2010 à Gentilly (Val-de-Marne). Au sein de son équipe, Laurine Brunet, éducatrice de jeunes enfants (EJE), avait déjà travaillé dans le monde du handicap et elles ont souhaité pouvoir accueillir des enfants en situation de handicap. Elles en ont d’abord accueillis quelques-uns chez Nid d’Eveil, des enfants avec des polyhandicaps lourds. « Je me suis rendue compte que les crèches publiques voisines ne pouvaient pas les accueillir, raconte Oriane Macé. Et quand on a commencé à être connus, les mairies voisines et la PMI orientaient leurs parents vers nous. »
Ensemble elles ont alors créé une deuxième crèche dont Laurine Brunet a pris la direction, Jardin Nid d’Eveil. Installée dans les locaux voisins de la première, la structure a pour principe de réserver 30% des 25 berceaux à des enfants atteints de tout type de handicap : trouble du développement, trouble du comportement, handicap moteur, maladie génétique… Elle en accueille aujourd’hui 11 en temps partiel avec un agrément pour 7 présents en même temps.

Un projet d’établissement qui se veut cohérent
« C’est un projet très adapté. A la différence de beaucoup de crèches, nous avons inclut l’intégration d’enfants en situation de handicap dès la création de la structure », explique Oriane Macé. Le personnel encadrant est plus important qu’en structure traditionnelle avec plus d’auxiliaires de puériculture, d’aides auxiliaires… « Nous avons une logique de petits groupes pour un accueil plus personnalisé, précise-t-elle. Il faut respecter la particularité de chaque enfant tout en conservant la richesse du groupe. »
Oriane Macé a tenu à réunir une grande équipe pluridisciplinaire déjà spécialisée dans le handicap : une psychomotricienne comme directrice adjointe, une psychologue-clinicienne, Charlotte Certin, venant chaque semaine et qui a participé dès le début à l’élaboration du projet pédagogique, une pédiatre qui intervient trois heures par mois - principalement sur toute la démarche d’accueil de l’enfant - et une infirmière présente à temps plein dans les locaux pour les deux crèches.

Laurine Brunet rencontre d’abord les familles avec la pédiatre et l’infirmière. Puis la période d’adaptation est plus longue afin d’observer progressivement si l’environnement convient ou non à l’enfant et si la structure peut lui apporter quelque chose : l’inscription définitive est réalisée environ un mois plus tard et le contrat d’accueil est évolutif. Jardin Nid d’Eveil accueille tous les enfants à partir de 14 mois, une fois qu’ils savent marcher, jusqu’à 6 ans pour les petits en situation de handicap.
Pour chaque enfant en situation de handicap, un professionnel de la crèche se rend une fois par mois ou par trimestre dans l’établissement spécialisé qui le suit, afin de faire une « réunion de synthèse ». Elle permet de faire le point sur l’accompagnement de l’enfant et de le réadapter avec l’équipe médicale et la famille.

L’observation : la clé pour organiser les ateliers
L’observation est la clé de cette crèche. Une demi-journée par semaine est d’ailleurs consacrée à l’observation par la psychologue et l’infirmière. Elle permet également aux professionnels d’adapter en permanence les ateliers proposés. Ici, pas d’atelier cuisine tous les mardis, peinture le mercredi… ça dépend du groupe. Les matinées sont plutôt tournées vers les besoins individuels et les après-midis vers la rencontre de l’autre et la socialisation.
Jardin Nid d’Eveil est dotée de nombreux équipements notamment grâce à l’aide de partenaires qui ont subventionné la structure tels que le Comité d’Action en Faveur du Handicap. Un espace multisensoriel inspiré de l'approche Snoezelen permet à tous les enfants de jouer avec les matières, les couleurs, les sons. Il dispose également d’hamacs et d’un matelas d’eau. Une grande salle de motricité de 200 mètres carrés et une pataugeoire, partagés avec Nid d’éveil, offrent également de nombreuses expériences. « Nous voulons offrir un lieu qui accueille tout le monde, souligne Oriane Macé. Une crèche n’est pas un établissement de soin. »

Une richesse pour toutes les familles
« Au début j’appréhendais un peu les réactions des autres enfants, avoue Oriane Macé. Mais c’est ça qui est extraordinaire chez eux : ils ne connaissent pas encore nos peurs d’adultes, nos préjugés. Ils n’ont pas de problème avec le fauteuil ou le plâtre de leur camarade. » A partir de 14 mois, les enfants sans handicap accueillis chez Nid d’Eveil peuvent, selon leurs besoins propres, y rester ou passer chez Jardin Nid d’Eveil où l’accompagnement est plus important et se fait en petits groupes. « Il y a des enfants à qui ça fait énormément de bien d’avoir une relation plus privilégiée avec l’adulte », explique-t-elle. Parfois aussi, la volonté des parents que leur enfant évolue dans un milieu riche de différences. Les professionnels apprécient également de pouvoir travailler avec des enfants différents.
Oriane Macé note cependant que la formation des professionnels de la petite enfance en matière de handicap est souvent insuffisante. Elle tient donc à les sécuriser dans leurs pratiques. « La première chose que nous leur disons pour accueillir un petit en situation de handicap, c’est de l'aborder avant tout comme un enfant. »
Article rédigé par : Armelle Bérard Bergery
Publié le 22 janvier 2018
Mis à jour le 10 janvier 2019