Stratégie de prévention et de lutte contre la pauvreté : quels enjeux pour sa mise en oeuvre ?

A l'occasion des Etats Généraux de Versailles le 9 juillet prochain, le Chef de l’Etat devrait dévoiler les pistes d’actions retenues dans la Stratégie de prévention et lutte contre la pauvreté des enfants et des jeunes. Hier 21 juin, la délégation interministérielle menée par Olivier Noblecourt a tenu a rappelé les points essentiels des conditions de sa mise en œuvre et de sa réussite.
Le 15 mars dernier, les six groupes de travail de la concertation territoriale remettaient leurs propositions à la ministre des Solidarités et de la Santé Agnès Buzyn, après trois mois de travail intensif pour construire la Stratégie de prévention et de lutte contre la pauvreté à adopter. Ce matin, 21 juin, la délégation interministérielle s’est de nouveau réunie pour définir le modèle de gouvernance à mettre en œuvre pour la réussite de la stratégie. Voici les cinq grands enjeux dégagés.

Concevoir une nouvelle approche de la relation entre l’Etat et les territoires
Les modalités de la mise en œuvre de la stratégie feront l’objet d’une contractualisation avec des moyens financiers et une évaluation. Elle permettra de clarifier la responsabilité de chacun. Deux points de vigilance : « Cette contractualisation doit être facilitatrice et non contraignante », précise Michèle Pillot, du Conseil Départemental de Meurthe-et-Moselle. Et il ne s’agit pas de poser un modèle unique qui aplanirait la diversité des acteurs. Concernant les moyens financiers, ils devront être lisibles et pérennes.

Engager un véritable « choc de participation »
Comme il a été rappelé tout au long de ces derniers mois, la première condition pour redonner sens et efficacité au travail social, c’est d’associer pleinement les personnes concernées à la conception, la mise en œuvre et l’évaluation des politiques de solidarité. Il faut pour cela « renforcer le pouvoir d’agir des personnes, (…) reconnaître leurs compétences, pas que leurs fragilités, (…), donner des responsabilités dans l’animation et la gestion de lieux de vie (…), voire même expérimenter l’auto-gestion dans certains cas », explique Delphine Bonjour du Secours Catholique.

Aller vers un accompagnement global des personnes
La sortie durable de la pauvreté demande d’engager un renouveau de notre modèle d’inclusion sociale, en mettant en œuvre le tryptique « ressources - accompagnement - emploi ». « Il faut d’abord accepter que le parcours d’une personne n’est pas toujours linéaire, mais peut être chaotique, souligne François Soulage, président du Collectif ALERTE. Le rythme de chacun est différent et peut changer en cours de route. » Il s’agit de déterminer comment le travail d’accompagnement peut être réalisé sur le long terme. Par ailleurs, au-delà de la nécessité d’un référent de parcours, il faut penser l’accompagnement dans une dimension collective. « On ne peut plus accepter un travail en silo. C'est un travail d’équipe sans oublier celui des bénévoles et des entreprises », dit-il. Enfin il faut réfléchir à une bonne orientation initiale des personnes, qui prend en compte toutes leurs difficultés : travail, santé…

Evaluer la stratégie pendant et après
Effectuer un suivi rigoureux et partenarial de la stratégie demande de définir des indicateurs transparents d’évaluation et de veiller à leur mise en œuvre. Ces outils ne doivent pas être complexes et être accessibles aux personnes qui en ont le plus besoin. Et là encore, il ne faut pas oublier de prendre en compte la richesse de ce qui existe déjà, tel que les Schémas Départementaux des Services aux Familles, les Contrats de Ville, etc. Jérôme Vignon, président de l’ONPES, pointe deux conditions essentielles à l'utilisation de ces outils : le temps de préparation doit être suffisamment long et les territoires doivent s’entraider. « Pour avoir ce qu’on appelle une méthode ouverte de coordination », dit-il.

Travailler vite et bien sur des territoires démonstrateurs
Enfin la stratégie prévoit une mise en œuvre renforcée et accélérée des mesures sur des territoires démonstrateurs, impulsée politiquement par les acteurs territoriaux et la Délégation interministérielle. Comme l’explique Etienne Chaufour, de France Urbaine, « ces territoires doivent être divers : départements, métropoles… Avec une constante : la responsabilité de s’engager pour les autres territoires. »

La Ministre a salué une fois encore la solidité de l’engagement de tous les acteurs de la stratégie. Et rappelé que cette ambition de transformation des politiques sociales ne doit pas être une arme à retourner contre d’autres, mais une prise de conscience collective. La stratégie devrait être mise en œuvre dans 10 territoires démonstrateurs dès cet automne.


Pour aller plus loin : Les propositions-phares du groupe de travail sur la petite enfance
Article rédigé par : A.B.B.
Publié le 21 juin 2018
Mis à jour le 22 juin 2018