L'aménagement des zones de jeu en 6 points-clés

L'aménagement des espaces de jeu au sein des structures d'accueil a un véritable impact sur le comportement des enfants et des professionnels qui les accompagnent. Un aménagement adapté et pensé favorise l'autonomie et la libre expression créative de l'enfant, et permet aux professionnels de donner du sens à l'espace.
Aménager les espaces de vie des petits en collectivité et être en capacité de faire les bonnes propositions de jeu se résume t-il a un jeu d'enfant ? Avant de tout déménager, il est important de se poser les bonnes questions et d'être sensible à ce qu’ils nous disent au quotidien. La crèche est un fabuleux terrain d'observation où les enfants, par leurs attitudes, traduisent aux professionnels ce dont ils ont besoin. Ils doivent se sentir en sécurité, tant par l’atmosphère du lieu que par la posture et l’accompagnement de l’adulte pour pouvoir s’autoriser à jouer et à entrer en relation avec les autres.

1. Une zone d’accueil propice au jeu pour faciliter la séparation
La zone d'accueil que l'on pourrait qualifier de « pré-ludique », mérite d'être attentivement réfléchie car c'est l'entrée de l’enfant, non pas dans le jeu mais dans le « sas » qui y conduit.
Elle gagne à être aménagée et à être force de propositions de jeu donnant à l'enfant la possibilité d'être acteur de cette séparation.
C'est en proposant dans cette zone des jouets et des supports de jeu qui aident à la prise distance tels que des petites voitures et un garage, des balles, des cerceaux, des modules de psychomotricité, que l'enfant apprendra à gérer lui aussi ce moment de séparation. Une structure, selon sa dimension, peut être positionnée dans cette zone pour permettre à l'enfant de prendre de la hauteur vis-à-vis du départ de son parent.
Des panières à linge, des bassines qui ont fonction de contenants psychiques offrent à l'enfant un cadre rassurant dès son entrée à la crèche. Il peut ainsi apprendre à gérer le « dedans-dehors », «la crèche - la maison », le « moi » et le « non-moi ». Les contenants en tout genre et de taille différentes sont des dispositifs qui devraient être présents quel que soit l'âge des enfants et quelle que soit la zone de jeu.

2. Des aires de jeux délimitées qui simplifient les déplacements
La délimitation des aires de jeu permet de les différencier, de les structurer et de rentrer dans le jeu. La disposition du mobilier est alors stratégique et doit veiller à ne pas créer de barrières visuelles. Le marquage au sol, en référence à la ligne rouge de Françoise Dolto dans les maisons vertes, facilite la démarcation et permet de respecter des consignes simples. « Nous avons constaté, pour les plus grands, un respect des zones, raconte l'équipe de la micro-crèche de Saint-Maurice en Gourgeois. Les enfants passent par les portes matérialisées au sol du coin dînette, ce qui structure leurs déplacements et les canalisent davantage. »

3. Qualibrer et bien ranger les supports pour permettre le jeu libre
Il faut également qualibrer la resource jeux-jouets et supports de jeu. Trop de jeu tue le jeu car les enfants “zappent” d’un objet à l’autre. Et le manque de jeux engrange le replis de l’enfant vers l'adulte. Dans les deux cas, il y a plus de risques de conflits entre les petits et le jeu n'existe plus.
C’est aux équipes de faire des propositions, des invitations à jouer en mettant à disposition des enfants des supports de jeu et d'exploration. Faciliter cet accès permet à l'enfant de choisir ce qu'il veut en faire, plutôt que d'attendre l'initiative de l'adulte. Comme répartir les lots de dînette, trier les lego®, les petites voitures...

4. La mise en scène des espaces ludiques favorise les jeux de rôle
La zone de jeu s'aménage en prenant en compte les éléments du cadre ludique décrit par Odile Périno spécialiste du jeu et du jouet. Ainsi les aires de jeu sont déterminées pour rassurer et créer la sécurité affective nécessaire à l'enfant pour rentrer dans le jeu. La mise en scène doit alors exister et permettre la continuité des scénarios de jeu.
 « Le coin dînette fonctionne à merveille, les enfants y jouent calmement » témoigne Virginie, responsable d’un relais assistants maternels en Haute-loire. Petites éponges, torchons, fruits, légumes, épicerie, petites assiettes, service à thé, cuillères, fourchettes, couteaux, casseroles en inox, ustensiles de cuisine, cabas de courses, portes monnaies… Quand tout y est et colle au plus près à la réalité, les jeux de rôle sont grandement favorisés.

5. Ne pas négliger les zones interludes
Les zones interludes, ou de passage et de circulation entre les différentes aires de jeu sont des zones de jeu inattendues et de rencontre à part entière : leur aménagement partiel favorise les échanges et les interactions entre les petits, et entre eux et les professionnels (jeux de coucou, dialogue, imitations ludiques, premières complicités). Ce sont aussi des points d'observation pour les professionnels comme pour les enfants. On peut y installer des petits bancs, des banquettes, des fauteuils avec une hauteur d'assise adaptée à la fois aux enfants et aux adultes. « L’aménagement a ouvert de nombreux échanges professionnels très constructifs, observe Bertille, responsable de RAM. Les assistantes maternelles ont fort apprécié les assises prévues pour les adultes, dans les zones interludes, qui apportent plus de confort et qui permet effectivement d'adopter une autre posture beaucoup plus propice aux inter-actions avec les enfants. »

6. Une sécurité affective qui passe par la présence de l’adulte
Le premier principe fondateur de l'approche Emmi Pikler est l'ALA (activité libre autonome), qui permet une régulation autonome des émotions et des tensions internes. Mais pour que l'enfant puisse se livrer au jeu, à l'exploration librement, il doit avoir la possibilité de le faire à son rythme et dans une certaine sécurité affective.
La présence des professionnels est alors indispensable. Mais pas de n’importe quelle façon : une présence dans le « être là » plutôt que dans le « faire ». « L'équipe a donné du sens à l'aménagement de l'espace et à leurs postures ainsi qu'à leur façon d'être plutôt que leur façon de faire. Une équipe dynamisée et investie dans le jeu avec l'enfant qui va permette de redonner un nouveau souffle dans leurs pratiques professionnelles », constate Marie EJE à Nice.
Article rédigé par : Marina Lemarié, EJE, formatrice et consultante en aménagement des espaces petite enfance
Publié le 14 novembre 2018
Mis à jour le 30 novembre 2018