Des masques transparents pour les professionnels de l’accueil du jeune enfant

C’est officiel : à la demande des Ministres Olivier Veran et Adrien Taquet, la Cnaf va financer près de 500 000 masques transparents pour les professionnels de la petite enfance ayant l’obligation de les porter en permanence. Ce qui exclut de facto les assistantes maternelles qui encore une fois se sentent oubliées ! Cette mesure unique, exceptionnelle et non reconductible doit montrer l’exemple aux employeurs qui devront prendre le relais. On fait le point sur cette annonce qui répond aux attentes des pros de terrain et des spécialistes du développement du jeune enfant.
Port du masque obligatoire : des inquiétudes et une pétition
Des masques inclusifs – c’est-à-dire des masques avec une fenêtre transparente permettant de voir un sourire ou une moue de désapprobation et de distinguer les mouvements des lèvres d’un adulte qui parle ou chante – c’était une demande de nombreux professionnels de la petite enfance surtout depuis que le port du masque en présence des enfants était devenu obligatoire. Une décision difficile à prendre pour les pouvoirs publics mais justifiée par cette épidémie de COVID-19 si compliquée à enrayer. Un port du masque dont l’éventuel impact sur les jeunes enfants inquiétaient nombres de spécialistes de la petite enfance. Quelles conséquences à moyen ou long terme sur leur développement ? L’acquisition du langage ? La compréhension et expression des émotions…
Par ailleurs, en septembre, le Haut Conseil de Santé Publique (HCSP) recommandait déjà le port de masques transparents lors des interactions avec certains enfants.
Une sorte de consensus donc commençait à naître autour d’une nécessité : que les tout-petits puissent voir au moins la bouche et ses expressions, les lèvres et leurs mouvements des adultes qui les accueillaient durant la journée.  
Le tout jeune syndicat national des professionnels de la petite enfance (SNPPE) lançait dès fin septembre une pétition (5000 signatures à ce jour) demandant des masques inclusifs pour les professionnels. De leur côté, les gestionnaires s’inquiétaient : comment se procurer de tels masques rapidement et à un coût supportable pour des structures déjà malmenées par la crise…

Des masques transparents à la demande d’Olivier Veran et Adrien Taquet
C’est dans ce contexte, qu’Oliver Veran, Ministre des Solidarités et de la Santé et Adrien Taquet, Secrétaire d’État à l’Enfance et aux Familles ont expressément demandé au conseil d’administration de la Cnaf de voter une aide exceptionnelle et unique pour l’acquisition et la distribution de maques transparents aux personnels des crèches et de MAM.
Dans un communiqué, le Ministère des Solidarités et de la Santé explique que « les jeunes enfants accueillis en crèche, micro crèche et MAM sont conduits en application des consignes et recommandations sanitaires à être durablement entourés d’adultes masqués ». C’est pourquoi il était demandé à la Cnaf « de financer, à titre exceptionnel, l’acquisition de 3 masques transparents pour chaque professionnel des catégories de modes d’accueil concernées- à savoir ceux dans lesquels le port du masque est obligatoire en permanence ; crèches, micro crèches, maisons d’assistants maternels ».
Et autre précision d’importance : « cette opération non reconductible a pour objectif d’initier un mouvement d’équipement des professionnels par les employeurs ». En clair : à eux ensuite de prendre le relais. L’idée étant d’amorcer un mouvement de fond vers ce type de masques, certes plus coûteux mais plus conformes au bien-être des enfants.

500 000 masques transparents pour les pros de crèches et de MAM financés par la Cnaf
Sous la pression de cette demande, le CA de la Cnaf a donc obtempéré et voté le financement (acquisition et distribution) de près de 500 000 masques inclusifs. 458 000 masques seront ainsi distribués (acheminés et livrés gratuitement grâce à un partenariat avec Chronopost) dans 17 000 crèches et micro-crèches et 42000 dans 3500 Maisons d’Assistants Maternels. Une façon donc de donner l’exemple aux employeurs car c’est un « one shot ». Pour l’heure on ne sait encore quels masques seront achetés. A savoir, à ce propos qu’une annexe au Guide ministériel COVID-19 et modes d’accueil du jeune enfant devrait rappeler les modèles disponibles et le degré de protection qu’ils apportent ainsi que les circuits d’approvisionnement pour que les employeurs puissent prendre le relais. Rappelons qu’actuellement, selon le site de la Direction générale des Entreprises (DGE), 6 modèles sont homologués. Incertitude aussi quant à la date de livraison aux EAJE et aux MAM des dits masques.

Bon accueil du côté des pros et des gestionnaires
Le SNPPE dès mardi soir 17 novembre s’est « félicité que la pétition qu’il a lancée il y a deux mois trouve un écho favorable dans la décision du Conseil d’Administration de la Cnaf ». La FFEC de son côté, dans un communiqué, affirme « être satisfaite de la fourniture aux professionnels de la petite enfance de masques inclusifs ». Elle souligne « que cette mesure représente un soutien bienvenu aux professionnels du secteur (…) mais aussi « la nécessité de développer une filière d’approvisionnement efficace et à coût maîtrisé de masques qui remplissent toutes les garanties de protection sanitaire pour les prochaines semaines, si l’utilisation de masques inclusifs s’avère concluante. Bien qu’elle soit indispensable au bon développement des enfants, cette mesure ne saurait faire peser de charge supplémentaire pour les gestionnaires de crèches déjà mis à mal par la crise sanitaire ». C’est entre autres l’une des raisons qui poussent la FFEC à demander « un soutien économique renforcé au secteur de la petite enfance ».
Du côté de l’Anamaaf et de l’Ufnafaam, on prend acte avec satisfaction, que d’emblée les MAM et leurs professionnels aient été intégrés à ce dispositif.

Les assistantes maternelles mécontentes
Depuis le début de la crise, elles se sentent la cinquième roue du carrosse. Sollicitées mais laissées pour compte, oubliées de la plupart (exception faite de l’accès au dispositif d’activité partielle durant le premier confinement) des mesures gouvernementales destinées à aider les modes d’accueil. Sauf peut-être pour celles exerçant en maison d’assistants maternels (MAM). Et là encore, pas un masque financé pour les assistantes maternelles exerçant à domicile.
Bien sûr, comme le note la DGCS et cela justifie les décisions prises, « celles-ci n’ont pas l’obligation de porter le masque en présence des enfants. Seulement quand elles rencontrent les parents et quand elles fréquentent le RAM. Donc elles n’ont pas comme les autres professionnels à le porter 6 ou 7h d’affilée et quand elles interagissent avec les enfants ». Néanmoins un flou subsiste : doivent-elles le porter quand leur conjoint ou leurs enfants de plus de 11 ans rentrent à la maison. Il semblerait que oui… Sandra Onyzsko de l’Ufnafaam remarque : « Bien sûr on peut comprendre le vote de la Cnaf. C’est vrai les assistantes maternelles à domicile n’ont pas besoin de masques quand elles sont seules avec les enfants. Mais je comprends leurs réactions négatives. Avec de telles décisions on a l’impression d’avoir des modes d’accueil à deux vitesses où les différences sont accentuées. Et cela continuera tant que les représentants de l’accueil individuel ne siègeront pas au CA de la Cnaf. Ce que nous demandons depuis longtemps. Pour essayer de calmer les tensions, cela aurait été cohérent de financer au moins un masque pour les assistantes maternelle qui ont besoin d’un symbole fort provenant du gouvernement ».  
Même sentiment du côté de l’ANAMAAF par la voix de sa présidente Marie-Noëlle Petitgas : « c’est dommage qu’encore une fois les assistantes maternelles ne soient pas dans ce dispositif même si effectivement elles n’ont pas l’obligation de le porter en permanence ».
Plus sobrement, le SNPPE relève sur son site « que les jeunes enfants ne sont pas accueillis qu’en EAJE et MAM mais aussi chez les assistants maternels à leur domicile. Il est nécessaire que tous les jeunes enfants bénéficient de professionnels avec un masque inclusif. »
 
Article rédigé par : Catherine Lelièvre
Publié le 18 novembre 2020
Mis à jour le 18 novembre 2020