Pourquoi instaurer des rituels sur le lieu d’accueil

Les rituels permettent de rythmer la journée du jeune enfant, qui n’a pas encore la notion de temps. Ce sont des actions régulières annonçant les différentes activités à venir. Des habitudes à ne pas négliger, bénéfiques à son propre développement et son bien-être au sein d’un groupe.

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Un besoin de répétition
Le rituel est une action répétée dans le temps et dans l'espace. Le tout-petit est « un statisticien en herbe », considère Héloïse Junier, psychologue en crèche, formatrice petite enfance et auteur du « Guide pratique pour les pros de la petite enfance. 38 fiches pour affronter toutes les situations » (Dunod, 2018). « Depuis sa naissance et à longueur de journée explique-t-elle, le cerveau du bébé fait des probabilités, des hypothèses pour mieux comprendre son environnement, les relations de cause à effet et ce qui va se passer juste après ». En effet, l'enfant n'aime pas l'imprévisible. Tous les rituels mis en place servent à jalonner son quotidien et à prévenir tout inattendu. « Ces rituels, qui répondent directement aux besoins de redondance du cerveau de l’enfant, sont donc d’une importance capitale pour leur bien-être ! souligne la psychologue. D’autant plus qu’à ces jeunes âges, les enfants n’ont pas la notion du temps. Ils ne peuvent donc pas s’y référer pour mieux anticiper et ordonner leurs journées ».

Quand surprise rime avec insécurité
Toute action nouvelle ou surprise risque de mettre le tout-petit « dans une position d'insécurité » précise Héloïse Junier. Les actions ritualisées vont lui permettre d'anticiper l’étape suivante pour limiter son stress, développer « cette capacité à prévoir », essentielle pour lui donner l'impression de mieux contrôler son environnement et mettre un peu d’ordre dans son quotidien. Ces habitudes sont à instaurer dès la naissance. En crèche, le rituel va amener tous les individus du groupe vers l'activité de manière plus paisible. L'enfant, sans ses parents et en groupe, est vulnérable. Les habitudes construites dans l'établissement vont le rassurer et limiter les situations anxiogènes.
« Même adultes, nous sommes très ritualisés », rappelle-t-elle. Par exemple, se laver les dents avant d'aller se coucher. « Ces rituels sont profitables à notre bien-être tout au long de notre vie. Le cerveau humain, qu’il soit petit ou grand, adore la redondance et les situations connues. Moi-même, je ne me sens pas très confortable quand je fais face à un imprévu ! Pas vous ? »

Préserver le rythme de chaque enfant à la crèche
Dans les lieux d’accueil collectif, chaque groupe d'enfants a des rituels qui marquent les événements de la journée. À la crèche associative « Les Anges de la Terre » au Perreux-sur-Marne, dans la section des moyens, les professionnels organisent plusieurs tours de repas en fonction des rythmes de chacun - qui se finalisent en un seul à la fin de l’année. « Nous les accompagnons doucement vers le groupe des grands, » explique Rosa Molinero, directrice fondatrice de la structure. Et avant chaque tour de repas, une chanson annonçant les noms des enfants qui vont manger est chantée. Ceux-ci collent en même temps leur photo sur un tableau représentant assiettes et couverts. « Ils peuvent ainsi anticiper l’action et participer à la maîtrise de l’organisation, » souligne-t-elle.
Mais certains enfants ont des besoins particuliers. « S'il y en a un par exemple qui a du mal à attendre son tour de repas dit la directrice, on lui donne un objet pour rythmer le temps d'attente. » Il sert à prévenir l’arrivée du second jouet qui signifiera que ce sera son tour de manger. L'enfant ne se retrouvera donc pas dans une situation anxiogène, il aura cette maîtrise induite du temps et pourra ainsi anticiper l’action à venir. Autre exemple, si un enfant réclame tout le temps les bras de manière « virulente », les professionnels lui proposent un grand jouet qu’il apprécie et qui ne sera qu’à lui. Il servira de code, de repère signifiant que c’est le moment où on ne le prend pas dans les bras. « Mais nous lui parlons tout en nous occupant des autres, ajoute-t-elle. Une fois cela compris, le rituel se met en place très rapidement et peut continuer pendant plusieurs mois. »

Rendre les enfants acteurs de l’organisation
Au-delà du développement personnel de l'enfant, les rituels sont d'une aide considérable pour le groupe. D’abord, parce que « les enfants ont besoin d'ordre pour comprendre ce qui se passe autour d'eux », insiste Rosa Molinero. Ce sont aussi des éléments essentiels à leur sécurité. La crèche est une extension de la maison, une véritable partie de leur vie. « Ils sont dans un endroit connu où ils peuvent vaquer librement à leurs occupations, » rappelle-t-elle. Mais tout comme nous, adultes, avons des repères dans notre lieu de vie, les enfants remarquent si quelque chose a bougé dans leur section, et il va falloir le remettre à sa place. Or pour tout changement, le rituel est également une étape importante, explique la directrice, « sinon cela veut dire que leur environnement peut changer sans qu'eux en soient acteurs ». Ainsi lors du passage des enfants d’une section à l’autre, des repères de la section vont être progressivement amenés : par eux, et avec leur accord, pour définir la future place des choses.
Ainsi le rituel, en plus de rythmer la journée de l'enfant, va permettre de délimiter son environnement. Il peut y vivre de manière indépendante. Cela permet au groupe d'être serein, tout comme les professionnels qui l’encadrent.

Article rédigé par : Armelle Bérard Bergery avec Marine Hagège.
Publié le 22 mai 2018
Mis à jour le 05 juin 2018

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