Pourquoi créer une MAM est-il si difficile et si long ?

Marie et Jane* souhaitent  créer une Maison d’Assistants Maternels (MAM).  Un projet réfléchi, argumenté, construit. Elles ont trouvé un local parfait. Objectif : ouverture en septembre 2019. Soutenues par la PMI et la mairie … jusqu’ à cette réunion  des habitants du quartier. Déception , nouvel espoir avec une nouvelle mairie. Mais rien n’est simple. Marie témoigne** ici de leurs difficultés et de leur impatience. Pourquoi tant de tracasseries s’étonnent-elles ?  Mais comme elles y croient encore elles ont choisi l’anonymat.

 
Nous sommes deux amies et collègues qui travaillons dans une crèche depuis près d'une vingtaine d'années. J'ai d'abord été assistante maternelle pendant 5 ans avant de rentrer dans l'établissement public qui m'emploie depuis 12 ans.

Créer une MAM pour travailler autrement
En septembre dernier, j'ai réalisé avec une collègue qu'on avait envie d'accueillir les petits autrement, dans un environnement proche de celui que l'on peut trouver chez une assistante maternelle avec tous les bénéfices de la collectivité. Nous adorons toujours nous occuper des tout-petits mais avec l'expérience, nous aimerions maintenant prendre en charge un plus petit groupe d'enfants afin d'individualiser les moments que nous passons avec eux.
Nous ressentons également le besoin de travailler dans un environnement plus familial et proche de la nature.
Pour ces différentes raisons, nous avons décidé en septembre dernier d'ouvrir ensemble une MAM. Nous avons déjà travaillé ensemble, ce qui nous a permis de voir que quand nous ne sommes pas du même avis, nous savons discuter et trouver une solution raisonnable qui convienne à toutes les deux. Nous avons plusieurs points communs et nous nous entendons aussi bien au travail qu'à la ville. Ma collègue, auxiliaire de puériculture de formation  est devenue  EJE. Après un CAP Petite Enfance, je me suis formée à la pédagogie Montessori et je continue à suivre des stages tout en préparant, via la VAE,  mon diplôme d'EJE .

Des besoins d’accueil, un lieu idéal, un budget bien ficelé
Nous sommes toutes deux mères de trois enfants adultes, passionnées par le monde des tout-petits et soucieuses de leur proposer un accueil inspiré essentiellement par les pédagogies d'Emmi Pikler et Maria Montessori. L'une de nous étant de langue maternelle anglaise, nous souhaitons proposer un accueil bilingue. L'idée de monter une MAM ensemble, qui ouvrirait en septembre 2019, nous est venue donc un an avant. Nous avons commencé par rechercher un lieu adapté et à nous renseigner. Une commune du département, proche de notre lieu de résidence, a été choisie quand on y a trouvé le logement qui nous convenait: un appartement spacieux équipé, lumineux, en rez-de-jardin d’une maison située dans un quartier calme, proche de la mer et d’un joli parc aménagé pour les enfants. L’accès pour les parents est facile, nombreuses places de parking disponibles, le long d'une route au trafic modéré, point sécurisant pour les enfants. Deux chambres nous permettent une double utilisation : favoriser le respect des rythmes de sommeil de chacun et nous fournissent un espace de jeux supplémentaire. Le tout pour un loyer abordable. Tout en adressant à la mairie concernée une demande d'autorisation d'ouverture, nous avons commencé par réfléchir à notre projet d'accueil en nous basant sur nos expériences passées. Il a été décidé d'un commun accord de ce que nous voulons mettre en place. Tout en sachant que la commune manque de places d'accueil, nous avons tout de même réalisé une étude de besoins complète. Enfin nous avons établi un budget prévisionnel tenant compte des travaux et investissements initiaux, des dépenses courantes et des revenus prévus sur les 3 premières années.

Le soutien des référentes MAM de la PMI, du Conseil Départemental et de la CAF
Dans les 6 derniers mois nous avons également rencontré trois référentes MAM du secteur: celle de la PMI de Cagnes sur Mer,  celle du Conseil Départemental et enfin la spécialiste du financement auprès de la CAF. Ces personnes ont été séduites par notre projet et depuis nous accompagnent dans nos démarches. Nous avons aussi visité des Maisons d'Assistantes Maternelles de la région, qui existent depuis plusieurs années dans le but de voir comment elles fonctionnent, ce qui a permis leur viabilité, quelle est leur organisation interne, ce qu'elles aimeraient améliorer dans leurs structures … Nous avons des échanges très enrichissants avec ces assistantes maternelles. Nous avons donc demandé une autorisation d'ouverture à la mairie du lieu choisi, il y a bientôt 5 mois.

Les enfants ? Des nuisances selon l’association de quartier qui s’est opposée au projet
Avant de donner son accord, la mairie nous a demandé d'obtenir l'avis favorable du syndic du quartier, une Association Syndicale Autorisée. Une  assemblée générale  de l'ASA  s’est tenue. Il a été demandé aux propriétaires de voter pour ou contre l'installation de MAM dans le voisinage. Nous avons brièvement présenté notre projet en tenant compte du fait que nous avions au préalable distribué un courrier d'information dans toutes les boites aux lettres du quartier. Certaines personnes se sont prononcées en faveur du projet, d'autres contre. Ensuite le président de l'ASA a fait un petit discours (à notre avis mensonger et pas tout à fait impartial) en demandant après ça de voter. Nous n'avons pas eu suffisamment de personnes de notre côté, les enfants (8 au maximum) étant considérés comme une nuisance potentielle ! Monsieur le Maire était présent  mais son discours a été très neutre et il ne nous a pas vraiment soutenues. Nous ne comprenons vraiment pas … dans toutes les communes il y a un manque de places d'accueil pour les petits et on ne veut pas d'une MAM bilingue où l'on veut appliquer le mieux des dernières pédagogies !

Une autre commune intéressée … mais pas pressée !
Une autre mairie, face à une longue liste d'attente à la crèche et aux assistantes maternelles complètes, étant au courant de notre projet, a pensé à nous. Ils nous ont proposé des locaux pour notre MAM dans leur commune. Nous les avons visités le jour même et avons demandé à la PMI de passer rapidement pour savoir s'ils sont adaptés. Chose qu'elle a faite avec beaucoup d'efficacité en confirmant que les locaux étaient aptes à accueillir un certain nombre d'enfants. Quelques jours après on s'est gentiment fait remonter les bretelles parce qu'on est trop pressées ! Sincèrement, faire évaluer les lieux mi -avril pour une ouverture en septembre, ça nous paraissait déjà court comme délais …D’autant qu’une fois l’autorisation d’ouverture obtenue, il faudra lancer notre procédure d’agrément et suivre les formations exigèes même si nous sommes dispensées d’un certain nombre de modules.

Déception et incompréhension
Bref, nous sommes vraiment désolées, mais on ne voit vraiment plus ce qu'on peut faire pour accueillir des enfants dans une MAM à la prochaine rentrée. Nous sommes très déçues de ne pas avoir réussi à convaincre les municipalités que nous pouvons faire du bon travail sans déranger qui que ce soit. Et tristes pour les familles auxquelles nous ne pouvons pas rendre service.

*Les prénoms ont été changés  et les lieux ne sont pas cités.
** Les intertitres sont de la rédaction


Pour aller plus loin, suivre notre formation en ligne : Assistantes maternelles: comment rédiger son projet d'accueil ?
Publié le 29 avril 2019
Mis à jour le 13 août 2019