Réingénierie du diplôme d’EJE : tout devra être prêt pour la rentrée 2018

Lundi 22 janvier, la Commission professionnelle consultative (CPC) a validé l’ensemble des référentiels concernant la réingénierie des diplômes du travail social* dont celui d’éducateur de jeunes enfants (EJE). Cela fait deux ans que ce chantier avait été ouvert et finalement, non sans mal, le timing a été respecté : la réforme entrera en vigueur, comme prévu, à la rentrée 2018 avec une sortie des premiers diplômés en 2021. Malgré ce vote assez consensuel de larges zones d’ombre subsistent.
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éducatrice de jeune enfant avec enfant
Encore des points en suspens selon la FNEJE
C’est donc fait. La CPC a voté en faveur des 5 référentiels de la réingénierie des diplômes du social : définition, activités, compétences, formation et certification. Il y eut finalement, après les vives discussions du 15 décembre dernier, un vote majoritaire même si deux syndicats représentant les salariés (Force Ouvrière et la CGT) se sont prononcés contre la refonte. Le premier par principe, le second lui demandait plus de temps pour la concertation.
Satisfecit de l’Union Nationale des Acteurs de Formation et de Recherche en Intervention Sociale (UNAFORIS) qui se réjouit que « les formations sociales soient enfin reconnues à leur juste valeur et prêtes à préparer les professionnels de l’intervention sociale de l’avenir ». Et précise : « l’offre de formation prend en compte une part significative de nos attentes, en prise avec l’évolution des métiers, ainsi que les attendus de l’enseignement supérieur et de la formation professionnelle, pour les années à venir ».
La Fédération Nationale des Éducateurs de Jeunes Enfants (FNEJE) de son côté est plus circonspecte et demeure prudente. Tout est allé très vite, trop vite selon elle, et c’est bien le problème. « Le vote de la CPC s’est porté sur une réforme non aboutie, où de nombreux points restent en suspens. Les textes réglementaires qui sortiront pour accompagner sa mise en œuvre seront donc importants et à surveiller de près » note Véronique Jacquet sa co-présidente, regrettant que « la concertation ait été menée dans des délais trop contraints ».

Un niveau II exclusivement pour les nouveaux diplômés
Le nouveau diplôme d’EJE sera de niveau II (grade licence). Il n’y aura pas de rétroactivité pour les EJE déjà diplômés qui resteront eux titulaires d’un diplôme de niveau III (bac +2). En revanche, la FNEJE comme les autres organisations du travail social se battra pour que des passerelles soient mises en place afin de faciliter le passage au Niveau II des EJE en poste par des parcours de formation adaptés. Acté aussi, mais repoussé à 2019, le passage en catégorie A des EJE de la Fonction publique territoriale.

Socle commun : quelle place par rapport à la spécialisation ?
Selon la FNEJE, des points restent flous et n’ont pu être tranchés lors des groupes de travail sur les différents référentiels, ni lors du vote de la CPC. Ces flous seront précisés lors de la publication début avril des arrêtés et décrets d’application. Ils porteront sur des éléments essentiels pour les professionnels. C’est le cas du socle commun aux 5 métiers. Quelle ampleur prendra ce socle commun  qui garantit une culture commune aux professionnels de ce secteur ? Il devrait représenter entre 40% et 50% des enseignements. Mais nul ne sait encore si l’entrée en formation se fera sur un tronc commun avec une spécialisation progressive en cours de cursus ou si elle se fera d’emblée dans une filière spécialisée mêlant enseignements communs aux 5 diplômes et enseignements spécifiques tout au long de la formation. La FNEJE revendique une spécialisation dès l’entrée en formation, tandis que l’UNAFORIS évoque dans son communiqué « un socle commun de compétences par niveau de formation avec des spécialisations progressives, pour décloisonner les interventions entre travailleurs sociaux (…) ». D’un côté des professionnels très attachés à leur spécificité « petite enfance », de l’autre des employeurs enclins à former et recruter des professionnels assez polyvalents.

Le référentiel de certification : encore beaucoup d’incertitudes
Voilà un référentiel, s’il en est, qui n’est pas abouti et ne donne que de grandes lignes. Ce qui laissera une grande liberté de manœuvre aux centres de formation qui auront six mois pour mettre au point leurs modules de formation. Ce que relève l’UNAFORIS dans son communiqué : « le caractère très ouvert des référentiels laisse aux organismes de formation une liberté dans la construction de leurs maquettes pédagogiques, avec tous les acteurs concernés, sur les territoires ». Pour la FNEJE, le référentiel de certification n’est pas finalisé et l’articulation avec l’université n’est pas suffisamment explicitée. Prudente, elle attend donc la suite des travaux d’écriture (sur lesquels la concertation avec la DGCS et DGESIP se poursuit) et le vote de la 20ème CPC du ministère de l'éducation nationale relative au secteur sanitaire et social au mois d’avril. En effet le passage au grade licence entraîne une double validation à la fois de la DGCS et de l’Enseignement Supérieur des référentiels de formation et de certification. Là encore la FNEJE sera vigilante car elle ne souhaite pas que formation d’EJE soit totalement absorbée par le système universitaire.
Autre point de vigilance : les jurys de diplômes. Jusqu’à présent tous les domaines de compétences (DC) étaient soumis à une évaluation extérieure au centre de formation. Dans la nouvelle configuration, seul le DC1 (accompagnement du jeune enfant et de sa famille) sera évalué à l’extérieur par un jury indépendant alors que les trois autres (DC2 : action éducative en direction du jeune enfant, DC3 : communication professionnelle et DC4 : dynamiques interinstitutionnelles, partenariats et réseaux) le seront par un jury interne aux centres de formation. Ce qui peut interpeller quant à son impartialité et nécessite donc des modalités de certifications suffisamment précises.

Reste donc à attendre pour voir précisément comment s’organisera et la formation et les épreuves d’obtention du diplôme, la publication des décrets qui accompagneront la mise en œuvre de cette réingénierie. Pas avant le printemps prochain.
Article rédigé par : Catherine Lelièvre
Publié le 26 janvier 2018
Mis à jour le 23 février 2018