La vocation d’Edgar : ATSEM malgré les préjugés

Edgar a 24 ans et, depuis début janvier, il exerce comme Agent Territorial Spécialisé Ecole Maternelle (ATSEM) dans une école maternelle de la ville de Lyon (69). Ils sont d’ailleurs seulement trois hommes ATSEM pour une si grande ville ! Et des anecdotes sur le sujet de la mixité, Edgar en a à revendre … Car ce passionné de la petite enfance n’a pas la langue dans sa poche.  
 
Un CAP « petite enfance » par VAE
Edgar a toujours su qu’il travaillerait avec des jeunes enfants et ce depuis ses études littéraires au lycée. Persuadé que la voie de l’enseignement était la bonne, il se dirige après le bac vers l’université où il espère obtenir par la suite son concours de professeur des écoles. Après avoir tenté à trois reprises une première année, Edgar réalise que les études ne sont pas faites pour lui : « en parallèle de la fac, j’étais animateur périscolaire en maternelle, c’est là que j’ai découvert le métier d’ATSEM qui m’a immédiatement attiré. » raconte-t-il.
Mais pas question pour Edgar de retourner sur les bancs de l’école, il préfère tenter le CAP accompagnant éducatif petite enfance (AEPE) par une autre voie : celle de la VAE. « J’ai passé ma VAE en un an, c’était une expérience très intéressante. En tant qu’animateur, j’avais des horaires qui me permettaient d’avoir plusieurs créneaux de libres dans ma journée pour pouvoir travailler sur mon dossier. »

ATSEM, le métier idéal pour Edgar
En septembre 2019, Edgar obtient son CAP AEPE qui lui ouvre la porte vers le métier de ses rêves : ATSEM.
« Je veux être ATSEM toute ma vie ! » s’exclame Edgar. « J’aime faire le ménage, porter une blouse et surtout être avec les enfants. Car c’est à nous qu’ils se confient le plus, ce métier a une part énorme de social. On est multi-casquettes, par exemple quand un enfant n’a pas d’AVS attitré, c’est à l’ATSEM de gérer. »
Et Edgar constate chaque jour l’importance de son métier : « à l’école, nous avons un enfant qui peut réagir avec beaucoup de violence envers lui-même, ses camarades ou la maîtresse. Cette dernière étant assez âgée, elle n’a pas assez de force pour l’aider à s’apaiser. Dans ces situations, c’est à moi de gérer. » confie-t-il.  
 
Pas facile pour un homme d’être ATSEM
Si une chose a immédiatement sauté aux yeux d’Edgar, c’est bien l’absence quasi-totale de mixité dans le métier d’ATSEM. « Déjà en tant qu’animateur, je constatais qu’il y avait peu d’homme dans le secteur de la petite enfance. Mais en candidatant comme ATSEM, j’ai réalisé que ma candidature devenait même originale, tant les hommes se faisaient rares ! » explique-t-il.
Mais le revers de la médaille ne tarde pas à apparaître … En effet, Edgar découvre qu’être homme et ATSEM peut encourager des préjugés tenaces : « Dans un entretien type de 35mn, on me ramenait sans cesse au fait que j’étais un garçon. Car on ne va pas se mentir, il y a toujours l’ombre du pédophile qui plane, les hommes sont beaucoup plus assimilés à cette idée et à cette peur » reconnait-il. D’ailleurs, il connait même un autre ATSEM homme à qui l’on refuse le change des tout-petits par mesure de précaution.
Si Edgar n’a eu aucun souci pour trouver du travail, il constate à son arrivée dans une nouvelle structure que ses collègues femmes le testent et le jaugent dans son rapport aux enfants. « Une fois qu’elles voient que je suis un homme sain, elles sont rassurées et me laissent faire. Outre mes collègues, beaucoup de parents s’interrogent sur ma fonction, ils n’arrivent pas à imaginer que je sois ATSEM. » raconte-t-il.

 Des stéréotypes de genre à déconstruire
Edgar est néanmoins rassuré, les enfants ne font pas de distinction entre un homme et une femme comme ATSEM. « Les enfants ne s’en rendent pas du tout compte, on est tous sur le même pied d’égalité et les liens qu’ils tissent avec nous sont les mêmes. C’est pour ça que je n’aime pas que l’on m’assimile à un « grand frère » auprès des tout-petits. On a tous la même posture. »
Et d’ailleurs Edgar ne s’en cache pas : il adore travailler avec des femmes ! « Je n’ai jamais travaillé avec des hommes et c’est tant mieux ! Je pense qu’il est impératif de déconstruire les clichés liés aux femmes : elles ne se disputent pas sans arrêt, elles ne radotent pas plus que des hommes … Et je tiens aussi à dire que ce n’est pas parce que je suis un homme que ma classe est moins propre, au contraire je suis très maniaque et mes locaux sont tenus au carré. »
 
Edgar compte tenter en septembre le concours de la fonction publique afin de devenir titulaire et poursuivre sa carrière comme ATSEM.
 
 
Publié le 20 mars 2020
Mis à jour le 20 mars 2020