Comment est né PARLER Bambin ?

Le dispositif langagier PARLER Bambin est né à Grenoble, de la coopération de l’équipe du Dr. Zorman avec les professionnels des deux crèches qui l’ont expérimenté. Retour sur la genèse d’un projet qui se veut ambitieux.
pro de la petite enfance avec enfants
PARLER pour enrayer l’échec scolaire 
Dans les années 1990, le docteur Michel Zorman, médecin de santé publique et chercheur associé à Cogni-Sciences (Université de Grenoble) et au Centre de Référence des Troubles du Langage (CHU de Grenoble) s’intéresse aux raisons de l’échec scolaire et aux troubles du langage en milieu défavorisé. Avec le soutien de la municipalité, le Dr Zorman et son équipe adaptent au contexte des programmes scolaires français les principes pédagogiques validés par l’expérimentation américaine National Reading Panel 2000. C’est le dispositif de prévention P.A.R.L.E.R. (Parler Apprendre Réfléchir Lire Ensemble pour Réussir) qui sera mis en place dès 2005, dans quelques établissements de Grenoble et sa banlieue. Le programme vise à enseigner de manière intensive, aux enfants de 1er cycle scolaire, les compétences nécessaires à l'apprentissage de la lecture, à développer la langue orale et à construire solide une culture de l'écrit pour que chacun réussisse au mieux de son potentiel.

PARLER Bambin, la prévention (très) précoce 
Poussant un peu plus loin le raisonnement, l’équipe du Dr. Zorman veut agir en amont des difficultés rencontrées en 1er cycle. Aux Etats-Unis et au Canada, les programmes d’intervention éducative précoce à long terme et en milieu très défavorisé - le Perry Preschool Project en 1962 puis le Carolina Abecedarian Project (1972) - évoquent des résultats spectaculaires sur les enfants de moins de 5 ans. Selon le Dr. Zorman et son équipe, « les capacités acquises précocement en langage oral ont une influence sur l’apprentissage et le niveau de maitrise du langage écrit »* PARLER Bambin, le nouvel échelon du dispositif français, permettrait de cibler les enfants de 18 à 30 mois dans les établissements d’accueil du jeune enfant, et d’agir dès la formation du langage. En 2008, le Dr. Zorman convainc donc le Centre Communal d’Action Sociale de Grenoble (CCAS) de lui apporter son soutien et met en place son dispositif dans deux crèches de zone urbaine sensible, en banlieue grenobloise. A sa mort en 2012, le CCAS n’abandonne pas le projet. Jugeant les résultats significatifs, il le généralise à tous les Etablissements d’Accueil du Jeune Enfant de Grenoble (EAJE) et essaime à travers la France, sous la houlette d’Aline Chevit, adjointe à la direction de la Petite Enfance.

PARLER Bambin se restructure 
 A Grenoble, plus de 600 professionnels de la petite enfance ont depuis été formés. Quelques heures de formation théorique et pratique pour les sensibiliser au langage, leur donner quelques postures et stratégies parfois poussées, pour inciter les enfants à prendre la parole au quotidien, pour individualiser leur relation avec chacun d’entre eux et prendre le temps de converser même avec les plus petits. On leur demande également de mettre en place, dans leurs structures, des ateliers de renforcement du langage pour les « parleurs tardifs », d’évaluer leur progression, et d’établir une véritable coopération avec les parents. 
Si PARLER Bambin a convaincu de nombreuses municipalités, malgré les critiques de fédérations de professionnels du langage et de la petite enfance, celle de Grenoble s’est délestée du projet depuis les dernières élections mais n’a pas souhaité s’exprimer sur le sujet. C’est désormais l’Agence Nouvelle des Solidarités Actives (ANSA) qui coordonne la formation et tente de remettre en place un réseau national. Elle vient de lancer un vaste programme de recherche pluridisciplinaire qui devrait permettre de mesurer les effets du dispositif sur les quatre prochaines années. 

*Source : Revue Anae. « « Parler Bambin » un programme de prévention du développement précoce du langage. »
 
Article rédigé par : Laurence Yème
Publié le 15 février 2016
Mis à jour le 19 décembre 2018