COVID-19 : des complications sévères existent aussi chez les enfants

Depuis quelques semaines, plusieurs pays, dont la France, ont déploré des complications, voire des décès, dans la population infantile, a priori liés à une infection récente au COVID-19. Dans de nombreux cas, les symptômes évoquent une maladie de Kawasaki. Le point avec le docteur Marie-Aliette Dommergues, pédiatre au CH de Versailles.
 
La nouvelle est tombée. A Marseille, un enfant de 9 ans est mort du syndrome de Kawasaki. Au cours des dernières semaines, plusieurs cas de complications du même type – ne conduisant heureusement pas, jusqu’à présent, au décès – ont été signalés.

L’hôpital Necker lanceur d’alerte
C’est l’Hôpital Necker qui a le premier, dans notre pays, alerté les autorités, sur une recrudescence des cas de jeunes enfants présentant des syndromes inflammatoires évoquant une maladie de Kawasaki, potentiellement liés à une infection par le COVID-19. Les symptômes : fatigue intense, forte inflammation des parois des vaisseaux sanguins, éruption de boutons et fièvre supérieure à 38°C. Aujourd’hui, « 135 enfants ont développé cette maladie depuis le début de la pandémie de COVID-19 en France », indique la Direction Générale de la Santé (DGS). Est-elle directement due à la pandémie ? Tout porte à le croire : « Il existe une association entre les maladies systémiques inflammatoires décrites chez l’enfant il y a quelques semaines, et l’infection par le SARScoV2 : une infection par ce virus a été confirmée (test PCR ou sérologique) dans la majorité des cas et ceux-ci sont survenus après le pic épidémique en France. Cela suggère fortement un lien de causalité entre les deux évènements », affirme Marie-Aliette Dommergues, pédiatre au CH de Versailles.

Quand le système immunitaire s’emballe
Le médecin souligne néanmoins que les maladies de Kawasaki sont des pathologies connues, dans les services hospitaliers de pédiatrie, qu’elle qu’en soit l’origine : « Nous soignons en France environ 500 cas de maladies de Kawasaki par an. Cette maladie est caractérisée par une réaction exagérée et inadaptée du système immunitaire face à un agent étranger, souvent viral. Le système immunitaire s’emballe jusqu’à provoquer des inflammations des vaisseaux, voire des myocardites ». Les cas de « maladie de Kawasaki », ne sont donc pas, pour elle, une « nouveauté ». En revanche, c’est leur augmentation de fréquence qui l’interroge et nécessite d’être « surveillée très étroitement ».

Une pathologie rare mais pas inhabituelle
De son côté, la DGS mentionne aussi que « chaque année, cette pathologie rare survient chez de très jeunes enfants, dans les suites d’une guérison d’infection virale (rhume, grippe, …) en lien avec une hyperréactivité inflammatoire. Les médecins sont déjà très au fait de la détection et surveillance de cette maladie spécifique de l’enfant ». Mais elle précise également que « ce qui diffère depuis la pandémie de COVID-19, c’est une augmentation des cas atypiques ainsi que l’âge d’apparition de cette maladie ». Celle-ci survient habituellement chez de très jeunes enfants (moins de 5 ans) et s’observe actuellement chez des sujets entre 5 et 15 ans. Les chercheurs travaillent donc activement afin de décrire précisément et de documenter le lien entre les maladies de Kawasaki atypiques actuellement observées et le COVID-19. En attendant, le Dr Marie-Aliette Dommergues tient à rappeler que « plus de 99% des patients hospitalisés pour COVID-19 sont des adultes ». Les enfants développant, selon les observations et études menées jusqu’à ce jour, moins de complications graves que leurs aînés.
 
Article rédigé par : Marie-Sophie Bazin
Publié le 16 mai 2020
Mis à jour le 16 mai 2020