Les chroniques de Claire Grolleau-Escriva

Un produit chimique peut en cacher un autre….Par Claire Grolleau-Escriva

Présidente d'Ecolo Crèche

Ecolo Crèche
Les publications sur l’impact des substances chimiques sur notre santé pleuvent. Les chercheurs sortent de leurs laboratoires pour alerter au sujet des perturbateurs endocriniens. Les articles dans les magazines de consommateurs se multiplient pour signaler l’invasion de molécules dangereuses dans nos produits de consommation ;  les émissions de télé font scandale dès qu’une enquête sur ce sujet est menée… Et malgré toutes ces révélations le danger est toujours là... Les produits nocifs ou potentiellement nocifs restent omniprésents dans notre environnement. Pourquoi ?
Des moutons à 5 pattes
C’est un peu comme les produits dopants. Vous, professionnels de la petite enfance (comme tous les consommateurs), êtes tellement exigeants que les industriels vous ont concocté des produits miracles ; je les appelle « des moutons à 5 pattes ». Ces produits, tels les dopants pour les sportifs, permettent d’atteindre des objectifs incroyables, comme : nettoyer un lavabo, en enlever le tartre, le désinfecter, dégager une odeur de champs fleuri au printemps et le faire briller… le tout sans frotter ! Il faut bien qu’il y ait de la magie (même noire) derrière tout ça !!! Seules des formulations très complexes (et tant pis si elles sont un brin dangereuses) peuvent permettre d’avoir autant de propriétés.
Même pour les produits nocifs, il faut écouler les stocks…
En France, et en Europe, pour être utilisées, les substances chimiques doivent obtenir une autorisation de mise sur le marché (AMM), comme pour les médicaments. Ce sont des processus longs et très couteux pour les industriels. Aussi, lorsque les lanceurs d’alerte et les médias « s’attaquent » à une molécule, imaginez bien qu’il n’est pas évident de voir ce produit disparaître instantanément des rayons de vos magasins. Les autorités et même les instances des labels (éco-label européen par exemple) donnent donc un délai, souvent de plusieurs années, pour que les produits nocifs ne soient plus présents dans les formulations.
On trouve vite des produits de remplacement !
Quand un ingrédient, très utile pour ses pouvoirs magiques (détartrant, conservateur, parfum, désinfectant…), se fait épingler il faut bien le remplacer par un autre (qui ne s’est pas encore fait remarquer). Car oui, plutôt que de réfléchir autrement, de vous proposer des produits plus simples et moins dangereux, que vous risquez de trouver un peu rétro, moins efficace, moins « sexy »… Les industriels cherchent vite le produit qui va leur permettre de remplacer la fameuse molécule interdite ou que les consommateurs vont chercher dans les formulations. On voit donc apparaître les mentions suivantes : « Sans parabens », « Sans bisphénol A »…. Mais ce que l’on n’écrit pas en gros sur l’emballage, c’est quel composant de remplacement a été choisi pour garantir à votre produit, les mêmes propriétés qui ont été rendues si chères à vos yeux après des années de « matraquage » publicitaire. Et ce qu’on ne vous dit pas c’est que l’on connait mal les effets à long terme de ce nouvel ingrédient sur l’organisme,  ou qu’on soupçonne bien ses effets néfastes mais qu’il faut bien « vous satisfaire ». Et que si le « produit magique » est un peu moins magique, vous risquez d’acheter le produit concurrent. Alors tant pis, on remplace la molécule fâcheuse par sa cousine et en attendant que celle-ci se fasse remarquer on aura bien gagné des parts de marché…
Vos choix et votre pouvoir !
C’est bien de vous qu’il  dont il s’agit. Maintenant il faut que vous sachiez qu’un produit qui nettoie un lavabo NE PEUT PAS en même temps , nettoyer, détartrer, désinfecter, désodoriser… sans frotter et sans danger pour vous et l’environnement. Un biberon NE PEUT sans doute PAS être incassable, transparent, facile à nettoyer, supporter les années et être inoffensif pour les enfants à long terme. Une pièce de jeu de construction NE PEUT PAS être solide-mais-pas-trop-dure, avoir un aspect fun, pouvoir passer au lave-vaisselle, garder sa couleur pendant 10 ans et ne pas contenir des adjuvants risqués… Vous avez le pouvoir de faire le choix : de frotter un petit peu plus, de parfois ramasser les morceaux, d’apprendre aux enfants à faire plus doucement…  
Maintenant que vous êtes au courant : à vous de lire les étiquettes et d’exiger des industriels de la transparence et la sobriété des formulations.
Vous travaillez avec un public fragile. Les enfants sont beaucoup plus sensibles et vulnérables que nous et leur santé d’enfant et d’adulte dépendent tellement de leur environnement et vous aussi avez une santé à préserver. Vos fournisseurs sont dépendants de vous. Posez leur des questions, vous avez donc le devoir d’être exigeants avec eux : c’est vous qui fixez les règles ! Non seulement ils doivent vous fournir tous les documents techniques, mais ils doivent aussi vous faire la preuve que leurs produits sont inoffensifs, vous donner la liste de TOUS les ingrédients. Ne faites pas aveuglément confiance aux produits magiques. Exigez des formulations plus simples. Redonnez la priorité à votre fameux bon sens : quand c’est trop facile et un peu « magique »… c’est peut-être qu’il y a un truc qui cloche…
C’est dans ce contexte que l’association Ecolo crèche et la Fondation Nicolas Hulot s’engagent et s’associent autour d’une pétition adressée au Ministère de la Santé : celle-ci demande la suppression des toxiques en crèche et une plus grande transparence dans les formulations. Les enjeux qui y sont liés sont cruciaux pour la santé des enfants et la vôtre, professionnels. De nombreuses solutions existent, un grand nombre d’entre vous s’en servent déjà !
Nous vous laissons découvrir le contenu de cette pétition ici et la possibilité de vous engager avec nous sur ces questions si vous le souhaitez
Plus nous serons nombreux à porter ce message, plus les lignes bougeront !  

 
Article rédigé par : Claire Grolleau Escriva
Modifié le 08 décembre 2016