Aller aux toilettes, c’est parfois plus compliqué qu’on ne pense !

Ce n’est pas parce qu’un enfant est d’accord et prêt pour aller aux toilettes que tout va se passer rapidement et facilement. Il y a des des ratés et des difficultés spécifiques selon leur sexe et les  lieux où ils sont.  Autant d’éléments à prendre en compte. Par Fréderic Groux, psychologue en crèche.

C’est plus facile pour les filles que les garçons
On dit souvent que « les filles sont propres avant les petits garçons ». Il y a effectivement une petite différence de temps pour apprendre à ressentir les envies d'aller aux toilettes chez les filles et les garçons. Pour une raison simple et anatomique.
Les petites filles ont moins de sensation interne à gérer lors de la miction. Pour éclaircir cette phrase, je vais décrire comment cela se passe chez le petit garçon. Ce dernier doit faire la différence entre la miction avec érection, la miction sans érection et l'érection sans miction urinaire. Cela rajoute une complication pour découvrir les sensations avant d'aller sur les toilettes. Peu de personnes prennent en compte cette particularité. Vous avez donc très régulièrement des adultes qui observent que les petits garçons appuient sur leur sexe et leurs conseillent d'aller aux toilettes. Seulement, il peut arriver que ce soit uniquement une érection et l'enfant sera en difficulté pour comprendre ensuite les bons ressentis de la miction. Les adultes embrouillent la compréhension autour de la miction urinaire. Le fait de lui laisser le temps et de voir avec lui s'il souhaite aller ou non aux toilettes est déjà une première étape. Mais, vous pouvez aussi évoquer la différence entre l'érection qui peut être gênante car il ne la contrôle pas et l'envie d'aller faire pipi. Françoise Dolto, pédiatre et psychanalyste, mettait en mot en parlant d'un sexe dur et mou d'une manière simple.

A la maison ou à la crèche, ce n’est pas pareil !
Pour beaucoup d'adultes aller aux toilettes devrait être la même chose dans tous les endroits : maison, crèche, école ou au parc. Or, pour les jeunes enfants, toutes les actions sont liées à l’affectif. Pour un bambin de 27 mois, par exemple, qui est habitué à faire sur un pot à la maison, aller sur des toilettes pour enfants à la crèche constitue une énorme différence : il y a ce trou mais aussi le contact avec la porcelaine. Il est peu stable et doit se tenir pour ne pas perdre l’équilibre. Ces petits détails changent tout pour lui. De plus, dans les collectivités écoles ou crèches les distances ne sont pas les mêmes pour se rendre aux sanitaires. Dans beaucoup de maison, les pots suivent l'enfant : dans le salon ou la salle de bain. Parfois, les parents lui demandent d'aller toutes les heures pour éviter les « oublis ». Dans un établissement recevant des enfants, les professionnels ont parfois plusieurs tâches à faire en même temps et ne peuvent pas avoir cette régularité. Il arrive aussi que les enfants soient déshabillés par les parents alors qu’en crèche les accès aux toilettes sont libres pour les plus grands qui se débrouillent seuls : d’où les pantalons ou les culottes salies. De plus, à l'école ainsi que dans les crèches, les toilettes sont collectives et certains enfants n'aiment pas ce manque d'intimité et préfèrent se retenir pour faire chez eux.
Les  petits accidents sont inévitables
A la maison, il y a peu de compétition pour les jouets mais dans les établissements petite enfance, un jouet reste peu de temps libre car un autre camarade le prendra. Souvent, un jeune enfant attendra la dernière minute pour faire pipi de peur qu'on lui prenne son jeu. Il se trémousse sur place car il veut profiter du jeu jusqu'au bout. Il arrive même que les activités ou jeux soient un moment de grande concentration et il oublie de ressentir les signes qui annoncent un besoin. Il faut se rappeler que, pendant deux ans, il n'a pas eu à gérer ce problème. C'est comme les anciens fumeurs qui doivent perdre les sensations et les gestes de la cigarette. Le corps a une forme de mémoire et il y revient de temps en temps, lors de moment de fatigue ou de maladie.
Quand, un enfant va dans un nouveau lieu comme la crèche, chez les grands-parents ou l'assistante-maternelle, il est bon que les adultes qui seront avec lui dans les premières heures utilisent la même méthode que les parents comme lors des adaptations pour éviter au petit débutant de se retrouver avec un grand écart de façon de faire. Puis, progressivement, les adultes le laisseront trouver son rythme à lui et, il est normal, que surviennent des accidents de parcours car cela demande pour ce jeune débutant un effort de concentration et de contrôle lorsque ses parents ne sont plus là. Nous savons par expérience que tous les bébés perdent un peu cette force en eux lors des premières fois comme la marche, parler et, évidemment, aller sur les toilettes. Je pense que quand la décision entre les adultes (parents et professionnels en accord) et le jeune enfant a été prise de ne plus mettre des couches, il ne faut plus revenir en arrière car cela risque d’engendrer de la confusion sur ce qu'on attend de lui. Il aura plus de difficulté à savoir quand il doit contrôler ou non ses envies. Pour les filles et garçons, les élastiques des couches et des sous-vêtements sont aux mêmes endroits donc les ressentis sont proches pour lui et la notion d’absorption est abstraite pour eux.
Les parents peuvent préparer cette étape de changement avec l'enfant en allant acheter avec lui les slips ou culottes. Il choisira des sous-vêtements qu'il aime et on pourra l'inviter à en prendre soin et pour cela aller sur les toilettes.

Quelques règles simples
Pour terminer, nous pouvons élaborer des règles simples : Il est préférable de commencer dans les belles saisons pour cet apprentissage. Tout simplement parce que les enfants auront moins de difficulté pour se déshabiller.
Par principe, on retire d'abord la couche la journée, puis quand à la sieste elle est sèche, vous l'enlèverez. En ce qui concerne les nuits, il y a un décalage de plusieurs semaines car le sommeil demande un contrôle de la vessie différent. L'énurésie nocturne est fréquente chez les jeunes enfants et cela jusqu'à plus de 4 ans, voire plus.
Pour les problèmes de constipation, il est bon dès le plus jeune âge de varier l'alimentation et de donner des quantités d'eau importantes. Cette règle est pour éviter les problèmes de selles dures qui sont gênantes lors de l'apprentissage.

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Article rédigé par : Frédéric Groux
Publié le 15 mars 2018
Mis à jour le 17 janvier 2019