L’adapt. Par Amandine Micoulin

Puéricultrice, cadre de santé

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bébé pleurant dans les bras d
Fin du mois d’août et début septembre, nous y sommes : les pleines périodes d’adaptation ! J’entends d’ici les phrases usuelles prononcées par les professionnelles au détour d’un espace, au sortir d’un atelier : « Elle est où ton adapt ? », « et toi tu as combien d’adpat ce mois-ci ? », ou même « oui, elle pleure beaucoup, c’est normal, c’est une adapt ».

On peut résumer les choses ainsi : il y a deux courants de pensée : les accueillants et les référents.
L’accueillant est une personne nommée lors de l’adaptation de l’enfant mais qui va rapidement l’amener vers le groupe afin qu’il choisisse lui-même ses propres figures rassurantes. Ainsi, s’il décide au bout d’une semaine d’aller faire de la peinture avec Valérie alors que c’est Marie qui l’a accueilli, l’enfant passera parfois la journée avec la première dans un souci de continuité d’accueil sur la journée.
Le second courant de pensée nomme, au contraire des référentes qui le seront lors de l’arrivée de l’enfant pour son confort et sa sécurité mais aussi par la suite, pendant tout le temps où celui-ci va rester dans l’établissement. Ainsi, celui-ci pourra lorsqu’il en ressent le besoin s’orienter vers cet adulte rassurant, même s’il n’est pas dans l’espace de l’enfant.
Le besoin peut se faire notamment lors d’un changement de vie de l’enfant pouvant perturber son équilibre.

Vous l’aurez compris les partisans d’un courant sont en désaccord avec l’autre.
Les uns insistent sur le besoin de sécurité de l’enfant, alors que les autres décrivent la référence comme un carcan pour l’enfant qui reste piégé dans une relation qu’il n’a pas choisie. Pour eux, ce système est également la porte ouverte aux rivalités professionnelles : qui n’a pas entendu dire « Oh toi, tes enfants ils sont bruyants », ou même « Et bien la table de Tes enfants est bien sale ... »

Alors que faire, comment choisir ? Il est aisé de constater qu’il y aura toujours des « modes » qui vont et viennent en fonction de la période sociale, de la conjoncture, de l’actualité. Ainsi, on place parfois tel courant pédagogique au-dessus des autres et puis plus, et puis encore, et puis c’est interdit au final, et enfin un jour ça revient...
Et si ce que nous faisions de mieux, c’est ce qui nous ressemble ? Ce en quoi nous sommes assez à l’aise pour pouvoir le remettre question et justement s’en écarter au besoin et permettre une ouverture ?

Je me souviens d’une professionnelle qui avait craqué lors d’une activité et avait élevé la voix sur une petite fille qui ne faisait que pleurer à son contact alors qu’elle en était l’accueillante depuis peu. Quelque temps après, alors que l’émotion était retombée, elle m’avait confié s’être sentie totalement en échec : « Cette enfant pleure dès qu’elle me voit, j’ai l’impression d’être méchante. Elle ne veut que ma collègue alors que c’est moi qui suis responsable de son accueil ».
« Mais alors pourquoi ne pas changer de référente, lui permettre d’aller vers cette personne qui la rassure pour une raison qui lui est personnelle, pourquoi ne pas le faire ? ».
La conversation avait continué sur cette notion, elle était surprise « ah bon, on peut ? » et puis inquiète aussi « mais si on la laisse choisir cela risque de créer une relation trop fusionnelle avec ma collègue et puis c’est moi qui en suis responsable ».
Ce à quoi je réponds toujours mon fameux « et alors » auquel on ne peut plus rien rétorquer au bout d’un moment :
- Et alors ?
- Et bien il faudra les séparer
- Et alors ?
- Alors cela risque d’être difficile ou même cela risque d’épuiser ma collègue.
- Et vous n’êtes pas en train de vous épuiser vous ?
Bon, je vous l’accorde dans ce cas précis mon « Et alors » ne marche plus.

Dans ce cas précis, l’observation et le travail d’équipe sont le seul remède, celui qui nous permet d’appréhender les situations et d’y travailler ensemble, pour que personne ne s’épuise. J’ai conclu en validant le changement d’accueillante dans le cas où l’enfant manifesterait à nouveau son besoin d’aller vers une autre professionnelle : « peut-être même que si elle se sent réassurée, elle n’aura justement pas besoin de rester ancrée à une seule professionnelle, elle s’ouvrira au groupe en se sentant sécure ». Et finalement c’est ce qui s’est passé.
Je dois avouer que l’objectif caché de cette requête était aussi de permettre aux professionnelles de ne pas y arriver, d’oser demander un relais sans avoir peur que l’équilibre de travail n’en soit perturbé. Et bien oui : Valérie a eu, à cette période, un enfant de plus dans son groupe, mais lorsqu’elle a eu besoin de souffler dans l’année qui a suivi, Marie ou une autre a pris le relais.
Article rédigé par : Amandine Micoulin
Publié le 31 août 2019
Mis à jour le 02 septembre 2019