Motricité libre et optimisme. Le point de vue d’une psychomotricienne

Monique Busquet, psychomotricienne, formatrice petite enfance et chroniqueuse pour notre site, signe là un article très personnel sur la motricité active (libre, libérée) et l’optimisme. Elle y décrit les liens qu’elle y voit et explique pourquoi ce type de motricité prépare des adultes curieux, optimistes dans l’action, en mouvement vers tous les possibles. Un point de vue qui donne la pêche !
Deux questions m’ont récemment été posées : quel lien est-ce que je fais entre motricité active et optimisme ?  Et pourquoi est-il si important de permettre aux bébés et jeunes enfants de bouger librement ?  Voici donc quelques éléments rapides de réponse.

Optimisme d’action
Il y a quelques années, j’ai découvert et compris ce qu’est l’optimisme en action ou d’action : un état d’esprit, un choix de regarder ce qui est possible et ce qui va bien, une volonté d’utiliser ses ressources et ses capacités pour franchir les obstacles, de penser et d’analyser pour explorer les possibles, pour innover, pour créer, pour inventer.Et j’ai fait le lien avec la motricité active, libre ou libérée, ce pour quoi j’œuvre depuis 35 ans comme psychomotricienne et formatrice. Favoriser chez le jeune enfant l’autonomie motrice, c’est aussi favoriser son autonomie psychique et sa confiance en lui. C’est pour moi un choix fondamental pour l’humain et pour l’humanité.  Alors quel lien ?

Permettre au bébé de pouvoir bouger, explorer, agir par lui-même, c’est répondre à des besoins essentiels du petit humain. La vie est mouvement.  C’est aussi lui permettre de se construire comme un futur adulte ayant les caractéristiques de l’optimisme : savoir utiliser ses capacités, être suffisamment sécure pour oser explorer, avec prudence, reconnaître et exprimer ses besoins, être en mouvement corporel, psychique et intellectuel pour choisir comment s’ajuster et s’adapter aux environnements.
Or notre société actuelle et la société de demain encore à construire ont bien besoin de ces fondamentaux :  oser, penser, innover, explorer les possibles, communiquer, se respecter soi-même et respecter l’autre.  

La motricité libre : la base de la confinace en soi
Alors oui, cette motricité libre est une base importante. C’est le mouvement actif, pensé par l’enfant qui le permet. Le bébé n’a pas besoin que nous lui montrions comment bouger. Il n’y a pas besoin de lui faire faire. Le bébé a à la fois besoin d’être suffisamment porté dans les bras et à d’autres moments d’être installé dans des postures et des espaces favorables à son mouvement. Alors il peut chercher et trouver lui-même comment attraper, comment se retourner, comment ramper, se mettre à quatre pattes, se mettre debout, marcher, grimper, franchir des obstacles…  Il apprend ainsi, soutenu et sécurisé par le regard et l’émerveillement des adultes, à chercher ; il apprend à se connaître, à connaître son corps, à expérimenter ses possibilités, mais aussi ses limites. Il apprend à regarder, analyser les situations, à réfléchir, à faire attention dans le sens d’être attentif à ses sensations, celles de son corps, mais aussi ce qu’il perçoit autour de lui : l’espace, la profondeur, la hauteur, les caractéristiques physiques de l’environnement.
Ainsi il s’aperçoit qu’il est capable de trouver des solutions, il construit la confiance en ses propres capacités. Il est en mouvement, calme, attentif, centré sur ses perceptions. Il est curieux. Il se construit dans cet optimisme d’action, dans une mise en mouvement vers de nouveaux possibles.

La motricité libre du plus pour le développement global de l'enfant
Pourtant les constats actuels sont unanimes. Les enfants ne sont pas assez en mouvement. Leur quotidien ne leur donne pas assez l’occasion de bouger. Chacun connaît également les effets de la surexposition aux écrans. Là encore c’est moins l’écran lui-même qui est toxique que l’absence de relation et de communication mais aussi de mouvement qui sont en cause.  Heureusement, il commence à y avoir une réelle prise de conscience. Par exemple, L’Association Française des Pédiatres Ambulatoires (AFPA) a actuellement comme slogan « Parents et bébés, bougez-vous ! ».  Il se crée de plus en plus de lieux d’accueil parent-enfants basés sur cette motricité libre (comme à l’espace parents soutenu par la CAF de Paris ou encore Le Lab de la Cité des bébés à La Villette).
Et de très nombreux parents sont très demandeurs de ces espaces de motricité pour leurs très jeunes enfants. Ils sont demandeurs d’informations sur (et non de « diktats ») sur les intérêts de cette motricité libre et sur les effets sur le développement global de leur enfant, adulte de demain.
 
Article rédigé par : Monique Busquet
Publié le 10 février 2020
Mis à jour le 13 février 2020