Rémunération des assistantes maternelles : ce qu’on peut déduire de l’étude APEMA

L’Étude APEMA - Accueillir la Petite Enfance dans le Monde d’Après - met en évidence les différences de rémunérations entre les assistantes maternelles. Et fait un constat paradoxal : ce ne sont pas les plus anciennes dans la profession qui sont le mieux payées … Il semble y avoir une sorte de prime à la reconversion car ce sont celles qui ont de l’expérience dans une profession antérieure qui s’en sortent le mieux. Elles gagnent plutôt bien leur vie et savent mieux négocier leur salaire avec les parents-employeurs. L’analyse, les explications et le pistes de réflexion, de Pierre Moisset, sociologue et consultant petite enfance, auteur du questionnaire APEMA que nous avons diffusé.Vous aviez été 12 000 à répondre !

 
Intéressons-nous à la rémunération des assistantes maternelles telle que nous l’avons abordée dans l’étude APEMA. Notons tout de suite que nous n’avons pas abordé la variabilité de cette rémunération mais son niveau (le salaire horaire moyen par enfant accueilli sur l’année écoulée) et sa perception par les professionnels (estimez-vous être sous rémunéré aujourd’hui ?). Dans notre précédent article, nous nous étions concentrés sur le sentiment de sous rémunération chez les assistantes maternelles. Pour constater notamment, on s’en rappelle, le fameux « effet MAM » qui fait qu’à niveau de rémunération et d’activité équivalents, les professionnels travaillant en MAM s’estiment plus fréquemment rémunérés à leur juste valeur que ceux travaillant à leur domicile.
 Dans le présent article, nous allons nous concentrer sur la rémunération elle-même, telle qu’elle nous est indiquée par les répondantes. Afin de déterminer, d’une part quel est le profil des assistantes maternelles les mieux et les moins bien rémunérées. Et pour analyser, d’autre part quelles options - parmi celles que nous avons proposées aux répondantes pour les accompagner dans leurs négociations salariales – sont préférées.

Décote à l’ancienneté, prime à la reconversion
Si l’on ne tient pas compte des groupes « extrêmes » mais peu représentés dans notre échantillon (les moins de 30 ans qui constituent à peine 3% des répondants et les plus de 60 ans qui constituent 2,4%), les assistants maternels – quelque soit leur groupe d’âge – gagnent dans les mêmes proportions moins de 3,50 euros de l’heure en moyenne (autour de 58% des répondantes) et plus de 3,50 euros (pour les 42% restantes).
En revanche, on observe une relation – légère – entre l’ancienneté dans le métier et le niveau de rémunération. Si on subdivise, là encore, les rémunérations entre moins et plus de 3,50 euros de l’heure, on constate que l’ancienneté a un effet plutôt « négatif » puisque les assistantes maternelles de plus de 10 ans d’ancienneté déclarent plus fréquemment (autour de 60%) gagner moins de 3,50 euros de l’heure contre 55 % environ des assistantes maternelles de moins de 5 ans d’ancienneté.     

Par ailleurs, on trouve une corrélation très nette entre le fait d’avoir exercé d’autres activités professionnelles avant de devenir assistante maternelle et la rémunération. Ainsi, plus longtemps les assistantes maternelles ont exercé une activité professionnelle auparavant (plus de 5 ans, de 5 à 10 ans, plus de 10 ans) et plus fréquemment elles déclarent des rémunérations supérieures à 3,50 euros de l’heure. Sachant que, dans notre échantillon, la plus grande partie des répondantes a plus de 10 ans d’expériences professionnelles autres avant d’être assistantes maternelles (46,7% des répondantes).  

Pas de lien entre âge et rémunération
Si on reprend ces deux premiers constats, on observe donc que l’ancienneté dans le métier d’assistante maternelle joue plutôt contre un bon niveau de rémunération, tandis que l’ancienneté dans des activités professionnelles antérieures joue plutôt en faveur d’un bon niveau de rémunération horaire. Ces deux constats mis en regard permettent d’expliquer l’absence de relation (plus précisément de corrélation) entre l’âge et la rémunération. En effet, plus les assistantes maternelles ont de longues expériences professionnelles antérieures et plus elles sont âgées et plus fréquemment elles ont un bon niveau de rémunération. Mais, en même temps, plus elles sont anciennes dans le métier – et plus elles sont âgées toujours - et plus fréquemment elles ont de faibles niveaux de rémunération. Aussi, ces deux effets contraires se compensent « en moyenne », pour chaque tranche d’âge des assistantes maternelles. Mais, on le sent tout de suite, on ne parle pas là des mêmes professionnelles.
 
Il y a d’un côté des professionnels ayant commencé le métier plus tôt et plus jeunes. Des femmes qui ont, peut être, fait ce choix parce qu’elles vivent dans des zones avec de moindres opportunités économiques et moins d’alternatives professionnelles et qui donc peuvent moins prétendre à de bonnes rémunérations. Ou des femmes qui ont fait ce choix pour pouvoir garder également leurs enfants, ont peu d’expériences professionnelles antérieures et peuvent d’autant moins négocier de bonnes rémunérations avec les parents qu’elles ont encore leurs enfants à charge.
 D’un autre côté nous avons des femmes venues plus expérimentées professionnellement mais aussi plus âgées au métier d’assistante maternelle. Des femmes dont le projet professionnel est peut- être plus clair et la disponibilité plus complète (parce que si elles ont des enfants, ceux-ci sont peut- être plus grands et autonomes voire partis de la maison). On peut donc supposer l’existence, parmi nos répondantes, de deux « populations » d’assistantes maternelles aux parcours et aux destinées dans le métier très différents.

Motivations : la recherche d’autonomie « paie » mieux que l’envie de travailler auprès des enfants
On trouve une très forte corrélation entre les motivations pour devenir assistante maternelle et le niveau de rémunération. Ce sont les anciennes professionnelles du collectif venues à l’individuel qui gagnent le plus fréquemment plus de 3,50 euros de l’heure (pour près de 62% d’entre elles contre 41% en moyenne dans l’échantillon).

Viennent ensuite les professionnelles qui ont souhaité travailler à domicile, dans un cadre autonome (sans mentionner explicitement ou mettre en avant le fait de vouloir travailler avec des enfants). Soulignons que ces deux groupes ne constituent qu’une très petite partie de l’échantillon (6,5% pour les professionnelles souhaitant travailler de manière autonome et 1,7% pour les anciennes pros du collectif).

Les assistantes maternelles venues au métier pour travailler auprès d’enfants (motivation professionnelle) ou pour s’occuper également de leurs enfants (motivation familiale) sont dans la moyenne (environ 41% gagnent plus de 3,50 euros de l’heure et 59% en dessous). Ces deux groupes représentant, respectivement, 52% et 36% de l’échantillon.

En revanche, les professionnelles venues au métier par « rebond ou opportunité professionnelle » sont les plus fréquemment peu rémunérées : près de 68% d’entre elles gagnent moins de 3,5 euros de l’heure contre 59% en moyenne. Il semble donc que ce sont les motivations liées à l’autonomie du cadre de travail (pouvoir travailler chez soi, avec ses rythmes et ses propres limites, s’émanciper du cadre collectif d’accueil) qui sont le plus associées à des rémunérations élevées, mais ce, pour de petits groupes d’assistantes maternelles. Les motivations classiques (travailler auprès d’enfants, s’occuper de ses propres enfants) étant dans la moyenne. Cette différence peut s’expliquer en partie par la relation entre longueur de l’expérience professionnelle antérieure et niveau de rémunération.
En effet, on constate que les anciennes professionnelles du collectif, les professionnelles souhaitant un cadre de travail plus autonome ont plus fréquemment une longue expérience professionnelle antérieure (plus de 60% d’entre elles ont plus de 10 ans d’expérience professionnelle antérieure contre 47% en moyenne dans l’échantillon).     

Expérience dans l’accueil collectif : un plus côté salaire
Ceci étant dit, cette dernière explication est partielle. En effet, nous avons vérifié si l’on observait toujours la même relation entre motivations à exercer le métier d’assistante maternelle et niveau de rémunération, à niveau d’expérience professionnelle antérieur égal.  Autrement dit, est-ce qu’au sein de l’ensemble des assistantes maternelles qui ont moins de 5 ans d’expériences professionnelles antérieures, on observe les mêmes relations entre les motivations et la rémunération. Et ainsi de suite pour 5 à 10 d’expériences professionnelles, plus de 10 ans… Est -ce que ce qui est déterminant dans le niveau de rémunération, ce sont les motivations, ou bien l’ampleur de l’expérience professionnelle antérieure ?

Et bien, il semblerait que les motivations aient un effet propre. En effet, à niveau d’expérience professionnelle égal, les anciennes professionnelles du collectif sont toujours celles qui sont le plus fréquemment bien rémunérées, suivies des professionnelles cherchant un cadre d’activité autonome.
Les deux motivations majoritaires dans notre échantillon et « classiques » venant toujours loin derrière. Qu’en penser ? Déjà, en complément avec l’étude menée il y a quelques années avec le réseau Devenir d’Enfance que la motivation professionnelle centrée sur l’objet du travail (travailler auprès d’enfants) ne s’oppose pas à la motivation familiale (s’occuper de ses enfants / de ses proches) sur le niveau de rémunération. Par contre, les motivations professionnelles centrées sur le cadre de travail (pour les professionnels du collectif qui cherchent à travailler chez elles et celles qui cherchent un cadre autonome) s’opposent à toutes les autres avec de meilleurs niveaux de rémunération. Cela nous laisse supposer que ces professionnelles centrées sur le cadre, parviennent mieux que les autres  à définir une prestation, avec des contours et des qualités précises et à négocier des rémunérations en rapport avec cette définition d’une prestation. Aussi, même si - encore une fois - ces motivations sont très minoritaires dans notre échantillon, cette relation indique, au moins partiellement, un phénomène fort : le niveau de rémunération (et donc de reconnaissance de qualité et de valeur d’une prestation) varie plus avec la définition d’une prestation d’accueil (un cadre de travail organisé autour des enfants) qu’en fonction d’un intérêt pour le travail avec les enfants.

Nombre d’agréments et niveau de rémunération : une relation complexe
Pour aller plus loin dans l’étude de la rémunération des assistantes maternelles, il nous faut maintenant combiner plusieurs critères : la taille de l’agrément, le fait de travailler au niveau de son agrément et le fait d’avoir un salaire horaire inférieur ou supérieur à 3,50 euros. En effet, le niveau de rémunération totale va dépendre de l’ensemble de ces facteurs (indépendamment de sa variabilité). Et on peut donc se demander quel profil d’assistante maternelle concentre – si c’est le cas – les meilleurs taux horaires avec les agréments les plus élevés et un bon niveau d’activité (remplir son agrément).
On observe déjà une relation entre la taille de l’agrément et le fait de travailler au niveau de l’agrément : les assistants maternels qui ont un agrément pour 4 enfants et plus travaillent plus fréquemment au niveau de leur agrément (56% contre 54% en moyenne) et celles avec des agréments pour 3 enfants et moins peinent plus à remplir leur agrément (50% travaillent en dessous de leur agrément contre 44% en moyenne).

Donc, plus on a un « grand » agrément et plus on parvient à remplir cet agrément (ce qui peut s’expliquer par une relation d’offre et demande, on demande plus fréquemment un grand agrément quand on est dans un territoire avec une forte demande qui, logiquement, va faire que l’agrément se remplit plus facilement ; ou bien encore : on demande plus fréquemment un agrément important quand on a déjà beaucoup de demandes en tant que professionnel ayant une bonne réputation).

En revanche,  on observe une relation inverse entre la taille de l’agrément et le niveau de rémunération. Les assistants maternels agréées pour 4 enfants et plus gagnent bien moins fréquemment plus de 3,50 euros de l’heure (moins 10%, seules 39% d’entre elles ont ce niveau de rémunération contre 48% de celles agrées pour 3 enfants et moins). Ce phénomène est plus « mystérieux » en tout cas moins facilement explicable par la même notion d’offre et de demande. En effet, s’il est plus fréquent de demander un agrément pour 4 enfants dans des zones avec une forte demande et de remplir cet agrément, on pourrait également imaginer que cette même demande favorise des tarifs plus élevés. Un sujet à creuser.
Enfin, le niveau de rémunération combiné avec la taille de l’agrément ne varie ni en fonction de l’importance de l’expérience professionnelle antérieure au métier d’assistant maternel ni en fonction de l’ancienneté dans le métier.

Une diversité de situations qui expliquent les disparités de rémunération A l’issue de ces tris, donc, on identifie un effet assez léger des grands déterminants « sociodémographiques » des niveaux de rémunération et d’activité : l’âge, l’ancienneté dans le métier et l’ancienneté dans une activité professionnelle antérieure qui influent dans des directions opposées. On identifie, par contre, des groupes « marginaux » au sein de notre échantillon qui se distinguent : les plus jeunes (moins de 30 ans qui travaillent bien plus fréquemment au niveau de leur agrément) et les plus âgées (plus de 60 ans qui travaillent moins fréquemment au niveau de leur agrément).
Les anciennes professionnelles de l’accueil collectif caractérisées par une plus fréquente bonne rémunération et une plus fréquente activité en dessous du niveau d’agrément, les professionnelles venues par rebond et opportunité qui semblent en difficulté parce que travaillant plus fréquemment en dessous de leur agrément et plus fréquemment en dessous de 3,50 euros de l’heure.
Aussi, on peine à identifier des profils de professionnelles suffisamment représentées dans notre échantillon qui se distingueraient au niveau de la rémunération et du niveau d’activité et qui, donc, pourraient être la cible d’actions de soutien et d’accompagnement prioritaires.

Néanmoins, si on s’intéresse au « cœur central » de notre échantillon (à savoir les assistants maternels de 30 à 60 ans qui sont venues au métier pour travailler auprès d’enfants ou garder leurs propres enfants, cet ensemble constituant 80% de l’échantillon) on observe l’existence de deux « groupes » définis par des relations privilégiées entre différentes variables. D’un côté, les professionnels gagnant moins de 3,50 euros de l’heure, travaillant en-dessous de leur agrément plutôt « jeunes » (30 à 40 ans) et ayant exercé une profession antérieure pendant moins de 5 ans.  Et, de l’autre côté, les professionnels gagnant plus de 3,50 euros de l’heure, travaillant au niveau de leur agrément, plus âgées et ayant exercé une activité professionnelle antérieure pendant plus de 10 ans.     

On peut donc supposer une efficacité propre de l’ampleur de l’expérience professionnelle antérieure sur la réussite dans l’activité d’assistant maternel. On a à faire à différents parcours d’assistants maternels : des professionnels engagés tôt dans l’activité d’assistante maternelle  avec peu d’expériences professionnelles et un projet professionnel – en tant qu’assistante – moins abouti ; et à l’opposé des femmes s’engageant bien plus tard dans l’activité d’assistante maternelle, avec une bien plus grande expérience professionnelle et un projet plus abouti. Notons toutefois que nos questions, si elles abordent le niveau d’activité et de rémunération, laissent de côté l’irrégularité de l’activité.

Comment mieux accompagner les rémunérations des assistantes maternelles
Parmi les différentes propositions mentionnées dans le questionnaire (garder des rémunérations librement négociées, fixation d’une grille de rémunération en fonction de l’offre et de la demande locale, fixation d’une grille en fonction de l’ancienneté, un plus fort accompagnement des assistants maternels par la PMI pour la fixation de leurs tarifs), celle qui est la plus populaire dans notre échantillon est le statu quo.

Garder des rémunérations librement négociées (55% de répondants oui tout à fait). Vient ensuite la fixation des rémunérations par une grille d’ancienneté (32% oui tout à fait et 29% pourquoi pas). On peut imaginer que, telle qu’elle a été comprise, cette proposition a l’avantage de donner la perspective d’une augmentation régulière des revenus à mesure de l’ancienneté dans l’activité et de ne pas réellement fixer de limite supérieure. Bref, elle laisse supposer une protection contre les aléas de la conjoncture (baisse des tarifs avec une baisse de la demande), sans faire craindre trop de restrictions.

Vient ensuite (22% oui tout à fait, et 24% environ de pourquoi pas) la proposition d’un plus fort accompagnement des assistants maternels par la PMI pour les aider à fixer leur tarif. Là encore, cette proposition ne borne pas réellement les rémunérations et propose une aide institutionnelle dans une négociation qui reste libre. Finalement, la proposition la moins populaire - et de loin - est celle proposant d’encadrer les rémunérations dans une fourchette définie par territoire en fonction de l’offre et de la demande (seulement 16% de oui tout à fait et 30% pourquoi pas et tout de même 30% de Non, mauvaise idée). Il ressort, assez logiquement, de tout cela que les assistantes maternelles, dans leur ensemble, ne souhaitent pas voir leurs rémunérations plus encadrées qu’aujourd’hui. Les dispositifs garantissant un niveau de rémunération en fonction de l’ancienneté étant préféré à ceux encadrant par le haut et le bas.  
   
Ces différentes réponses ne vont pas à l’encontre des propositions du rapport sur les métiers du lien ( voir encadré) de relever le salaire minimum par enfant (proposition non faite dans le questionnaire), par contre cela peut amener à discuter l’idée de fixer un salaire national avancée par ces parlementaires. Tout dépend, en effet, de la façon dont ce salaire national est fixé et de son niveau.

Des assistantes maternelles attachées à la libre négociation de leur salaire
Si l’on ne s’intéresse qu’aux assistantes maternelles faisant partie de ce que l’on peut appeler le « cœur central » de notre échantillon (entre 30 et 60 ans venus au métier pour travailler auprès d’enfants ou s’occuper de ses propres enfants/ proches), la volonté de garder les rémunérations librement négociées est plus fréquente à mesure que les assistants sont plus âgés. Même chose pour l’encadrement des rémunérations en fonction de l’offre et de la demande par territoire, si l’accord avec cette idée ne varie pas avec l’âge (oui tout à fait, opinion qui ne rassemble que 20% des répondants) l’accord relatif (oui pourquoi pas) est d’autant plus fréquent que les professionnels sont plus jeunes et le franc désaccord d’autant plus fréquent que les professionnels sont plus âgés. Inversement, l’idée d’une grille de rémunération fixée en fonction de l’ancienneté est plus populaire parmi les professionnels plus âgés et moins chez les plus jeunes.

Enfin, l’idée d’un plus grand accompagnement pour la négociation des tarifs par la PMI est plus populaire parmi les plus jeunes (oui vraiment à 28% contre 24% en moyenne) et le franc désaccord plus fréquent chez les plus âgés. Si l’on teste l’accord avec ces différentes propositions en fonction de l’importance de l’expérience professionnelle antérieure au métier d’assistant maternel (dont on a vu qu’elle était déterminante par rapport à la « réussite » dans l’activité) on n’obtient… aucun résultat. Autrement dit, les assistants maternels les plus « fragiles » (ayant commencé tôt leur activité avec peu d’expériences professionnelles préalables) ne sont pas plus partisans des différentes mesures d’encadrement proposées que les autres.

Autrement dit, on peut conclure que, par rapport aux propositions que nous avons faites, la majeure partie des assistants maternels répondant souhaitent garder leur liberté de négociation actuelle : ils optent majoritairement pour le statu quo ou des sécurités « par le bas » (grille en fonction de l’ancienneté). Les autres formes d’accompagnement ou d’encadrement rencontrant peu de succès. Ce premier constat étant posé, fort logiquement ce sont les professionnels les plus « fragiles » parce que plus récents dans la profession et moins âgés, qui ont plus fréquemment des taux horaires bas et travaillent en dessous de leur agrément qui sont plus favorables aux différents encadrements proposés (à l’exception de la grille en fonction de l’ancienneté).
On peut donc songer, à un plus fort accompagnement - surtout sous forme d’informations - des professionnels les plus récents. Que ce soit en les informant sur les tarifs pratiqués sur leur territoire ou, effectivement, en les accompagnant dans la négociation et le positionnement face aux parents, autrement dit dans l’élaboration de leur projet professionnel.

 A lire aussi : Etude APEMA : des prodessionnels qui souhaitent une véritable politique de la petite enfance

 

Deux rapports parlementaires qui évoquent la rémunération des assistantes maternelles

Deux rapports parlementaires ont récemment été publiés, l’un des députés Ruffin et Bonnel sur « Les métiers du lien  » au nombre desquels les assistants maternels et l’autre, sous la direction de Nathalie Elinas sur L’adaptation de la politique familiale française aux défis de la société du XXIe siècle ». Même si aucun de ces rapports n’est centré sur la question des assistants maternels, ils génèrent, pas leur publication rapprochée, un effet de focale sur les conditions d’exercice de ce métier et, notamment sa rémunération. Ce pourquoi nous revenons sur cette question dans cet article après l’avoir déjà traité dans un précédent article issu de l’étude APEMA.   
  En effet, si le rapport sur « l’adaptation de la politique familiale » se montre bien vague (voir ma chronique du mois de juillet à ce propos) sur la valorisation et la rémunération des métiers de l’accueil de la petite enfance, celui de messieurs Bonnel et Ruffin fait des propositions précises. Notamment avec la proposition d’un salaire national de référence, ainsi que différentes mesures de sécurisation de la rémunération des assistants maternels. Avec, également, la mise en place d’une garantie des salaires en cas de défaut de paiement des parents employeurs ou l’amélioration de l’accompagnement des assistants maternels par les agents de pôle emploi pour la perception des indemnités, ainsi que la revalorisation de ces indemnités. Toutes ces propositions prennent acte de la faiblesse et de la variabilité de la rémunération des assistants maternels et cherchent à y remédier par un certain nombre de « filets » de sécurité (seuil de rémunération minimal, amélioration de l’accompagnement des variations d’activités etc…).


 

Article rédigé par : Pierre Moisset
Publié le 07 septembre 2020
Mis à jour le 07 septembre 2020