Message d'erreur

Un job de rêve ! Par Françoise Näser

Assistante maternelle, auteur

Tiens les voilà revenues, ces assistantes maternelles qui gagnent très bien leur vie*. Il doit y avoir une saison, comme les champignons ou les asperges, car régulièrement, on y a droit ! Ces collègues qui gagnent, allez disons 2000€, 2500€, plus ? (C’est quoi le juste prix, quand on gagne bien sa vie ?) On les retrouve en général sur les forums de parents quand ces derniers s’offusquent du prix de la garde de leur bébé (bébé qui est la prunelle de leurs yeux, cela dit en passant, et qu’ils sont sans doute heureux de pouvoir confier à quelqu’un de fiable, de responsable et de compétent) lorsqu’ils multiplient le salaire de leur nounou par le nombre d’enfants accueillis. Et voilà que cette dernière gagne parfois plus qu’eux : un scandale !

Ces femmes -et ces quelques hommes- qui gagnent (trop ?) bien leur vie, on les retrouve donc en général comme sujet de conversation sur les forums ou dans les médias pour souligner la vénalité de notre profession. Mais dans la vraie vie, où sont-elles ? Faites donc un pas en avant, Mesdames, pour qu’on voie combien vous êtes exactement. Parce que je ne dois pas fréquenter les bons milieux, moi : je connais des assistantes maternelles heureuses de travailler avec des bébés, mais épuisées, cassées par des années de métier, peinant à trouver du travail, ou stressées de risquer de le perdre, angoissées par les quelques centaines d’Euros qu’elles toucheront une fois à la retraite, mais des assmats riches ? Vraiment, ça existe ?

Pourtant ces (rares) assistantes maternelles, précisons sans diplôme, ni même CAP (sic), gagnent bien leur vie en accueillant 4 enfants à temps plein. Eh bien, moi, je dis ‘chapeau’ ! Elles ont toute mon admiration, ces collègues-là, car personnellement j’en serais bien incapable. J’adore mon métier mais je n’en ai ni la force physique, ni la résistance psychologique. Soulever les bébés à longueur de temps, manier les poussettes triples ou quadruples, supporter la solitude sur de très longues plages horaires, dans l’agitation et dans le bruit, sans pause la plupart du temps, ce n’est vraiment pas donné à tout le monde. Diplôme ou pas. Maintenir une qualité d’accueil, une attitude bienveillante et bientraitante envers tous, enfants et parents, tous les jours de l’année, vraiment, je dis ‘bravo’ !

Car si ces assistantes maternelles gagnent si bien leur vie, c’est qu’elles accumulent un très grand nombre d’heures, il n’y a pas de miracle non plus ! Peu de temps libre, peu de vie privée, un sentiment d’exclusion à la clef. Travailler 50h par semaine et garder une vie de famille épanouie, une vie sociale et culturelle, tout en continuant à se former : mais comment font-elles ? De super nounous, à n’en pas douter. Mais attention, pas le temps de s’endormir sur ses lauriers car la précarité n’est jamais très loin. De très bons revenus à très peu, voire rien du tout, c’est très rapide. Chercher tous les ans du travail, refaire constamment ses preuves, sans pouvoir se cacher derrière un bout de papier, pardon ! un diplôme. Nous sommes des professionnelles de terrain, des petites mains, des artisans de l’enfance, et nous en sommes fières ! Cela dit, si on voulait débloquer des budgets pour améliorer notre formation initiale, nous ne serions pas contre non plus, au contraire : mais qu’on veuille bien arrêter de nous jeter notre absence de diplôme à la tête, comme si nous en étions responsables !

D’autant qu’il se trouve que cette semaine, hasard de la programmation, nous avons également appris que 92 % des assistantes maternelles se disent satisfaites de leurs conditions de travail.** Résultats très surprenant d’une enquête menée auprès de 8000 collègues. Nous sommes donc vraiment des travailleurs sociaux privilégiés ! A cela s’ajoute aussi que notre métier est jugé aussi "peu intense et très autonome, avec un rare sentiment d’insécurité et peu de conflits éthiques"***par une autre de ces études qui nous laissent pantois !

Donc si on résume, nous gagnions très bien notre vie sans avoir fait d’études et nous sommes très satisfaites de nos conditions de travail, d’autant que celui-ci est peu intense. Le job de rêve, quoi ! Question : pourquoi ce métier si cool, si merveilleux, si enrichissant au sens propre comme figuré, n’attire-t-il donc que si peu de jeunes postulants et en particulier de messieurs ? Venez, venez rejoindre la cohorte des bien loties que nous sommes, n’ayez pas peur, ne soyez pas timorés, car nous vous attendons pour prendre la relève !


* Si j'avais su ! Par Camille  (chronique d'une étudiant Eje)
** Des assistantes maternelles plutôt trés satisfaites de leur travail  ( premier baromètre national de la qualité de vie au travail des assistantes maternelles).
*** Le métier d'assistante maternelle favorable au bien-être psychologique. (Etude de La Direction de l’animation de la recherche, des études et des statistiques (Dares)
 
Article rédigé par : Françoise Näser
Publié le 05 juin 2018
Mis à jour le 05 juin 2018