Nathalie Casso- Vicarini : « Nous passons d’une approche quantitative à une approche qualitative des modes d’accueil ».

Rencontre avec Nathalie Casso-Vicarini, secrétaire générale-fondatrice d’Ensemble pour l’éducation de la Petite Enfance, membre de la commission des 1000 premiers jours, qui a coordonné les parties 4 et 5 du rapport éponyme. Elle évoque ici ce que les experts de la commission préconisent pour les modes d'accueil et les professionnels de la petite enfance.
Les Pros de la Petite Enfance : Quels sont les points forts du rapport en ce qui concerne l’accueil du jeune enfant ?

Nathalie Casso-Vicarini  : Le rapport pose les bases d’une politique préventive. En ce qui concerne les modes d’accueil avec ce rapport nous passons d’une approche quantitative à une approche qualitative.
Aujourd’hui, la question n’est plus l’accès aux modes d’accueil mais qu’est -ce qu’on fait dans les lieux d’accueil. Il s’agit de mettre au premier plan le préventif et le qualitatif qui permettent plus d’équité.
Le deuxième point qui me semble important c’est le consensus scientifique auquel nous avons pu aboutir. Il vient interroger les pratiques. La question est donc : nos pratiques restituent- elles les connaissances scientifiques sur le développement de l’enfant pour bien accompagner l’enfant et sa famille. Ce n’est pas si sûr.

Quels constats et axes d’amélioration préconisez- vous ?
Si nous faisons le compte de tous les professionnels qui travaillent autour de l’enfant et son environnement, il y a en a plus d’une trentaine. Et personne ne parle le même langage. On a besoin de parler un langage commun même si évidemment dans un deuxième temps chacun doit garder son langage spécifique :de pédiatre, psychologue, psychomotricien etc.
Mais pour une prise en charge précoce et une bonne prévention ce langage commun de base est essentiel.

Vous avez évoqué un consensus scientifique. Toutes les « sciences »  ont-elles été mises à contribution
On a donné la priorité à tout ce que dit la science au service de l’éducation. Les apports des neurosciences ont été essentiels. On s’est aussi appuyés sur des pratiques avérées qui croisent les données de la science. C’est ce qui a permis d’aboutir à un consensus scientifique. On a regardé ce qui convergeait et retenu ce sur quoi nous étions tous d’accord. Les experts représentaient différents courants. Cela dit, le rapport ne reflète pas toutes les vieilles croyances, notamment la psychanalyse mais en revanche  la pratique Pikler-Loczy par exemple est présente.

Qu’est ce qui est pour vous emblématique de ce rapport ?
Le socle commun pour accompagner les parents et les enfants c’est l’attachement, la sécurité affective. Ce qui est matérialisé par les congés de naissance (maternité, paternité et parentaux). On privilégie l’imbrication des trois. On recommande que tout congé parental soit rémunéré à 75% quel que soit le salaire et  le statut des parents. Le monde du travail doit avancer. Par exemple il faudrait une reprise progressive du travail après un congé parental avec une familiarisation comme pour les enfants sur le lieu d’accueil.

 L’article 36 du projet de loi ASAP vient d’être rétabli. Il va permettre la simplification des normes, notamment en ce qui concerne l’encadrement et les m2 par enfant dans les structures d’accueil collectif . Des dispositions qui ne vont pas dans le sens des préconisations du rapport. Qu’en pensez-vous ?
 C’est dommage car cela ne va pas dans le sens de la qualité des modes d’accueil, qualité sur laquelle le rapport des 1000 premiers jours insiste. Cela ne va non plus dans le sens de ce qui se fait dans les autres pays d’Europe ou du monde même.
Mais au-delà de ça, c’est surtout l’attention privilégiée à chaque enfant qui risque d’en pâtir.  En petite enfance il faut « être à l’enfant » plutôt  que savoir être ou savoir-faire. C’est ce qui compte pour la sécurisation de l’enfant.

 On vous a reproché d’avoir très peu pris en compte l’accueil individuel et les assistantes maternelles… Que répondez-vous à cette critique ?
Globalement les professionnels de l’accueil individuel ont été plus considérés en termes de formation que les professionnels de crèche qui eux font partie d’une équipe. Tout ce qui est dans le rapport est valable aussi pour l’accueil individuel. Tout le consensus scientifique concerne les deux types d’accueil. La majorité de l’accueil est assuré par les assistantes maternelles et je les considère comme les premières concernées car les plus isolées
Elles ont besoin de professionnalisation. 60h c’est insuffisant.

Vous avez conscience que vos propositions ont un coût …
Bien sûr on a conscience que toutes ces mesures ont un coût mais la France est vraiment la mauvaise élève de l’Europe.
 
Article rédigé par : Propos recueillis par Catherine Lelièvre
Publié le 22 septembre 2020
Mis à jour le 22 septembre 2020