Rapport des 1000 premiers jours : les propositions concernant l’accueil du jeune enfant

Le rapport de la commission des 1000 jours, remis par Boris Cyrulnik son président à Adrien Taquet, le Secrétaire d'Etat à l'Enfance et à la Famille est dense, fourni, fourmillant d'analyses et de recommandations. La plupart concernent les parents, mais certaines intègrent le rôle des professionnels dans le repérage des violences conjugales ou l’accompagnement des familles quand il y a suspicion ou de handicap ou handicap avéré chez un bébé par exemple.
Par ailleurs, dans ses quatrième et cinquième chapitres, il  évoque les modes d’accueil et leur qualité et propose un vaste plan de formation aux 1000 jours pour tous les professionnels de santé ou exerçant en structures d’accueil. Le gouvernement annoncera les mesures qu’il retiendra à la fin du mois de septembre de ces 75 propositions assez consensuelles mais qui ne sont pas indolores financièrement.
Des congés parentaux pour donner plus de temps ensemble aux bébés et leurs parents et retarder le recours à un mode d’accueil formel
Le rapport lie les modes d’accueil et notamment leur qualité à celle des congés de naissance et donc au temps accordé aux parents pour être avec leurs enfants. Ce fut une petite bombe médiatique, on le sait les experts de la Commission préconisent un congé de paternité de 9 semaines mais au-delà de cette annonce, ils se sont penchés sur l’ensemble des congés de naissance (maternité, paternité et parental). Avec un objectif : que leur longueur et leur « rémunération » soient « en phase avec les besoins des bébés et de leurs parents».  Et tout particulièrement, ils insistent sur « l’importance pour les bébés et les parents de disposer de temps afin d’améliorer les manières d’être ensemble et de construire une relation sécurisante et soutenante ». A noter parmi les propositions celle d’un congé parental de 9 mois partageable entre les deux parents, de sorte que le bébé n’ait à intégrer un système formel d’accueil qu’à un an.
Pour  les modes d’accueil, la ligne de conduite du rapport est claire  : « Il faut œuvrer pour que les modes d’accueil deviennent davantage encore qu’aujourd’hui et systématiquement des occasions d’épanouissement et d’apprentissage pour l’enfant, en lien avec sa famille ».

Une offre d’accueil hétérogène
La Commission s’intéresse essentiellement aux modes d’accueil collectifs. S’appuyant des rapports, études, statistiques, et constats de ces dernières années, elle note que l’offre d’accueil collectif est « trop limitée », avec pour conséquence « la création de structures de taille réduite, comme les micro-crèches parfois dans des appartements ; sans espaces extérieurs et le développement d'une structure d’offres associatives et privées de qualité variable (absence de projet pédagogique ou de curriculum fondé sur le développement de l’enfant». Elle souligne aussi qu’elle est très hétérogène en fonction des territoires, urbains ou ruraux et de leur importance démographique.

De fortes inégalités sociales d’accès à un mode d’accueil
La Commission rappelle d’autre part qu’il y a de « fortes inégalités sociales concernant l’accès à un mode d’accueil. Le rapport signale d’ailleurs « que l’accueil individuel est encore moins accessible que les crèches aux familles de milieu défavorisé du fait du mode de financement trop contraignant ».  

La qualité de l’accueil : un enjeu majeur
Le rapport annonce d’emblée : « la qualité des modes d’accueil est un enjeu majeur pour le développement socio-émotionnel, psychomoteur et cognitif de l’enfant ainsi que la lutte contre les inégalités sociales ».
Premier constat, outre les études de cohorte EDEN et ELFE qui évaluent l’impact de la fréquentation d’un mode d’accueil collectif ou plus généralement d’un mode d’accueil formel, « les études portant sur l’évaluation de la qualité des modes d’accueil demeurent très rares en France »... Néanmoins la « notion de qualité commence à être réellement abordée », grâce aux travaux du HCFEA et à la Charte nationale d’accueil du jeune enfant issue du rapport de la mission menée par Sylviane Giampino en 2016.

L’encadrement pédagogique essentiel pour préserver la qualité des modes d’accueil
Alors que les travaux autour de la simplification des normes devraient finir par aboutir avec certaines mesures très consensuelles et d’autres moins, le rapport jette une sorte de pavé dans la mare. Soulignant que l’encadrement pédagogique est un élément essentiel de la qualité éducative et des soins dans les modes d’accueil, il préconise, comme dans la plupart des pays européens, un professionnel pour 5 enfants quel que soit leur âge. Ce qui correspond aux demandes de Pas de bébés à la Consigne mais ne satisfait pas du tout la FFEC qui considère que dans le contexte actuel tout ce qui renchérit les coûts de fonctionnement d’une crèche est mal venu. Il est aussi conseillé de mettre en place la référence qui profite tant aux enfants qu'aux parents et aux professionnels en permettant une relation « stable, individualisée et de confiance ».
Le rapport souligne aussi le rôle joué par la conception des espaces d’accueil dans le développement de l’enfant et donc dans un accueil de qualité.  Il valide aussi une autre revendication de Pas de bébés à la consigne : 7m² par enfant au minimum et ce quelle que soit la situation géographique du lieu d'accueil.

La formation initiale et continue des pros doit être renforcée
« La mise en place d’un accueil de qualité, en lien avec les besoins fondamentaux des bébés et bienveillant envers tous les parents, n’est possible qu’à partir de la mise en cohérence des formations des professionnels de la petite enfance ». C’est pourquoi la formation initiale mais aussi continue des pros mérite d’être soutenue (et d’être au fait des dernières connaissances sur le développement de l’enfant) tout comme leur réflexivité par des analyses de pratiques doit être encouragée.  Nathalie Casso-Vicarini, qui a coordonné cette partie du rapport, en est persuadée « on est en petite enfance dans des métiers de savoir- être et non de savoir-faire ». D’où cette nécessité de rentrer dans un processus d’amélioration continue de la réflexivité et de faire en sorte que tous les professionnels avant même de rentrer dans des spécificités de métiers parlent un langage commun.
Le rapport insiste aussi dans ses propositions sur la qualification des personnels. Il préconise dans la crèche un ratio de 70% de diplômés (infirmières, puéricultrices, EJE, Auxiliaires de puériculture) auprès des enfants. (Il est actuellement de 40%). Et précise que les directions d’EAJE devraient être assurées par des diplômés a minima bac + 3 (tels les EJE) ayant 3 ans d’expérience et ayant suivi une formation « direction de structure ».

Des formations aux 1000 jours accréditées et validantes
Enfin dans sa partie 5, le rapport intitulé « traduire cette ambition inédite dans la recherche, l’évaluation des pratiques et la formation des professionnels », la Commission entend faire des 1000 jours, un véritable objet de recherche, et le noyau central de la formation de tous les professionnels travaillant, quelle que soit leur spécialité, auprès de jeunes enfants et de leurs familles. Des  contenus de formation qui seraient sérieux, des formations qui seraient validantes, accréditées par une instance indépendante composée de spécialistes de la psychologie du développement, de la parentalité, des sciences cognitives etc.
Il est aussi proposé de créer dans certaines universités des instituts des 1000 jours et de développer un ventre national d’évaluation des pratiques ouvert aux professionnels et aux parents.


Ci-dessous : le rapport des 1000 premiers jours. Là où tout commence.(téléchargeable en PDF )
Lire notre actu : Rapport des 1000 jours : des propositions fortes,les mesures attendues fin septembre
Article rédigé par : Catherine Lelièvre
Publié le 08 septembre 2020
Mis à jour le 21 septembre 2020
bonjour il est dit dans l'article plus haut: Il préconise dans la crèche un ratio de 70% de diplômés (infirmières, puéricultrices,EJE, Auxiliaires de puériculture) auprès des enfants. (Il est actuellement de 60%). FAUX il est de 40% de personnel de ces diplômes et 60% de diplômes niveau V (CAP AEPE, CAP PE.....).