Leçon pour mettre au coin ! Par Arnaud Deroo

Consultant en éducation, thérapeute et psychanalyste, auteur

petite fille punie au coin
Dernièrement je me suis glissé en catimini dans une réunion de crèche familiale.
J'accompagnais une amie qui m'avait dit  : « à la crèche, la psychologue anime une réunion sur les limites, les punitions. »
Le mot punition en crèche !? Enfin, j’y cours (je plaisante) et je n’ai pas été déçu !
Ce sujet des limites et surtout de la punition en crèche ou vivent des bébés, des tout- petits, moi ça me chagrine.
La psychologue (charmante au demeurant) a expliqué aux parents et aux professionnels de la petite enfance présents comment punir un enfant et comment le mettre au coin et qu'il y reste.
Si, si je vous assure, je n’en revenais pas …En 2017 !
Et oui il y a encore ce discours tenu par des professionnels dans certains lieux petite enfance
Il y a encore de la route, du chemin pour apporter un autre regard sur l'enfant, un regard positif.
NON l'enfant n'est pas un manipulateur,
NON l'enfant n'est pas méchant, violent,
NON l'enfant ne vous cherche pas
NON l'enfant n'est pas un « pervers polymorphe »
ET NON l'enfant ne veut pas coucher avec sa mère...
(Excusez-moi je me suis lâché !)
Parler de punition en crèche n'a aucun sens, d'ailleurs nous pouvons élever les enfants sans punitions. Si les enfants se comportent parfois si mal, si l'enfant a des comportements qui vous troublent c'est bien souvent que le cadre, l'organisation, les mots que vous lui proposez ne sont pas adéquats, « suffisamment bons ». Et un enfant qui n'est pas dans un lieu respectueux va vous le faire savoir, il a cette force interne de sentir ce qui est bon pour lui et si cela ne lui convient pas il vous le dit à sa manière, et c'est parfois bruyant, déstabilisant. Il suffit de l'écouter.
Quand un enfant est écouté dans ses émotions et besoins et qu'il est accompagné par des mises en mots, il quitte peu à peu les comportements qui vous dérangent, qui complexifient le quotidien.
J’ai déjà vu en crèche, « la chaise pour réfléchir », « du pas gentil » et l'animateur qui  dit à l'enfant « assieds- toi la et réfléchis !
J'ai même déjà vu des écharpes accrochées aux chaises.  A quoi servent-elles ? Attention vous êtes prêt pour la réponse : « quand il bouge trop pendant le repas, on lesattache... (il y a cela 10 ans pas si vieux!)
L'idée n'est pas de laisser tout faire, l'idée est de civiliser l'enfant en lui montrant l'exemple. Il est important de réfléchir sur ce sujet dans vos réunions d'équipe... De débattre sur vos croyances, sur la démarche pédagogique que vous appliquez, mais n'utilisez pas la punition qui abime la relation, fragilise la confiance, la sécurité et n'aide pas l'enfant à grandir humain.
Je me souviens encore de la petite Zélie,  2 ans qui se dirige vers le coin la crèche parce que l'’éducatrice lui avait fait une remarque. Je ne trouve pas ça drôle.

 
Article rédigé par : Arnaud Deroo
Publié le 01 mars 2017
Mis à jour le 15 mars 2017

3 commentaires sur cet article

Encore un nouveau bravo à cet aticle Arnaud Deroo!! vous allez encore faire couler beaucoup d'encre car il y a encore beaucoup de travail pour convaincre que le chaise qui fait réfléchir ou le coin sont des "outils à éduquer". La France est très en retard dans ce domaine, il y a encore beaucoup de travail mais le petite enfance n'est pas au coeur des projets de nos politiques. Les propositions ne se font qu'à partir de la scolarisation Très dommage! Continuez de nous aider avec votr "osez dire" peu le font.
Merci beaucoup pour votre article. Je trouve terrifiant qu'à notre époque il y ait encore des psy ou des professionnels de la petite enfance qui ont recours aux punitions. Je trouve encore plus terrifiant que les enfants sont attachés sur la chaise pour qu'ils y restent ! On est à la limite de la maltraitance là quand même ! Mais ne pensez-vous pas que le problème vient aussi d'une certaine émission de "divertissement" où les enfants sont à la merci d'une soit disant professionnelle de l'enfance et dont la méthode "éducative" favorite est d'envoyer les enfants dans leur chambre "pour qu'ils réfléchissent", parfois alors qu'ils n'ont que 20 mois ?!
Vous parlez de la chaise à réfléchir, il y aussi l'isolement dans le dortoir-salle d'activité vidé de ses occupants. Avec une professionnelle qui "jette" de la pièce d’à côté un œil ,au cas où ce cher enfant déjà qualifié de "turbulent", de "provocateur" et j'en passe n'ait la mauvaise idée de grimper sur les lits empilés après la sieste. Et bien évidemment ce "fauteur de trouble" grimpe, saute sur les lits et chute. La professionnelle qui avait un "œil" ne s'est précipitée dans le dortoir qu"après la chute. Et ouf rien de grave mais devinez ? La punition s'allonge sauf que maintenant pour ne pas risquer un autre incident ce cher garnement est placé sur la chaise à réfléchir elle-même placée dans un coin de la pièce de vie, aux regards de tous et notamment des parents venant chercher leurs enfants. Et les commentaires vont bon train entre les parents et les professionnelles au sujet de cet enfant - et tout ceci devant lui -, certains parents s'adressant directement à lui avec des commentaires peu élogieux. Autre point : demandé à un enfant - dans ce cas de 16 mois- de demander pardon à son "petit copain" pour l'avoir mordu. Et bien sûr que voulez-vous qu'un enfant de cet âge réponde ? Pardon ? Alors devant le mutisme de "cet agresseur en culotte courte" la professionnelle l'installe sur la "fameuse chaise" à réfléchir jusqu'à que cet enfant prononce le mot magique "pardon" . Et je vous passe les enfants privés de sorties au nom "d'une agression" datant de la semaine dernière. Je suis éducatrice de jeunes enfants et je me suis épuisée à combattre ses comportements auprès des professionnelles et de certains parents. Les réticences au changement des professionnelles étaient diverses mais avec une constante : j'ai été éduqué comme cela et je ne vois pas où est le problème. Et là je ne vous parle pas des "positions religieuses" qui sont venues se greffer là-dessus. Rien n'est fait pour la petite enfance, comme si ces années n'étaient pas fondamentales dans la constructions des enfants. Comment s'étonner que des enfants deviennent "agressifs" quand ils passent leurs journées dans des espaces fermés - j'ai récemment constaté que plusieurs micro-crèche ne possédaient pas d’espaces extérieurs, le seul accès à l'air libre étant les fenêtres et ceci dans le respect de la réglementation - , que les professionnelles ne sont pas remplacées en cas d'absence. La petite enfance n'est considéré que comme un secteur devant être financièrement rentable, les idéaux éducatifs sont passés à la trappe. De nombreux groupes de crèches vantent leurs approches éducatives en mettant en avant différentes pédagogies, proposent des activités d'éveil "au top" (anglais via une connexion skype par exemple). Cependant souvent dans les faits, la réalité n'a rien à voir avec les promesses de vente. Sinon comment expliquer le malaise, le mal-être dans la petite enfance ? Selon moi le monde de la petite enfance et celui de la scolarité sont en souffrances : les enfants aussi bien que les professionnels(lles). Il est urgent de réfléchir à ce que l'on souhaite apporter à nos enfants, et de s'en donner les moyens.