Les chroniques de Claire Boutillier

Il tape, elle mord, et moi, je fais quoi ? Par Claire Boutillier

Assistante maternelle, psychologue

disputes-enfants
Max (2 ans ½) veut le jouet qu’utilise Léa (18 mois). Il se dirige vers elle, la bouscule et lui prend des mains. Sarah, 2 ans et demi, est en haut du toboggan. Elle s’élance sans attendre que Léo, 15 mois s’écarte du bas de la glissoire. Gaêl, 3 ans est fâché parce que Lucas (5 ans) ne veut pas jouer avec lui. Il crie et le tape violemment avec le jeu qu’il tient en main. Face à ces manifestations brutales, nous pouvons être tantôt compréhensif, tantôt irrité, tantôt découragé… Une question revient souvent : comment gérer les comportements agressifs  de l’enfant vis-à-vis de ses pairs? Si nous nous en tenons à être un « partenaire de loi » (celui qui rappelle et fait respecter les règles), cela ne suffit pas. Nous risquons au contraire de nous crisper sur ces situations et de provoquer davantage de tensions entre les enfants et entre les enfants et nous.

Il s’avère que les relations entre les enfants sont plus frustrantes que celles entre l’adulte et l’enfant. Nous, adultes, avons moins à cœur que l’enfant d’obtenir le camion bleu plutôt que le vert, et nous avons des compétences pour partager, demander, attendre notre tour que le petit enfant n’a pas encore. C’est pourquoi en étant un « partenaire de jeu », nous permettons à l’enfant de développer des compétences. Nous lui servons de modèle, surtout si nous verbalisons ce qui se passe et ce qui motive nos réactions. En ayant en tête les compétences que nous souhaitons que l’enfant développe, nous saurons sur quels aspects insister. Par exemple, avec l’enfant qui prend les jeux des mains de ses camarades, on peut jouer à faire du troc en formulant les demandes d’échanges. De plus, il est plus facile de réguler les échanges en étant soi même dans le jeu, s’amusant avec le groupe d’enfants, plutôt qu’en sermonnant de l’extérieur. Nous nourrissons ainsi la relation entre l’enfant et nous.

Bien sur, il faut que les enfants expérimentent entre eux, justement parce que les réactions de leurs camarades ne sont pas nos réactions d’adultes, mais ils pourront alors s’inspirer des expériences qu’ils ont eu avec nous. Dans ces moments-là, nous serons en effet au second plan, n’intervenant qu’en cas de besoin. Mettre en mots ce qui se passe, permettre à chacun de verbaliser ce qu’il a sur le cœur sera là encore important. Quand un enfant utilise une compétence « pro-sociale » lors de ses interactions, on la souligne « Ah : j’ai vu que tu as demandé à Maya si tu pouvais utiliser la balançoire à ton tour ! Super ! », de façon à encourager l’enfant à persévérer, et à faire remarquer aux autres comment ils peuvent s’y prendre.
Enfin, on laisse le temps aux enfants d’apprendre ! Les actes brutaux voire violents de l’enfant vis-à-vis des autres correspondent le plus souvent à une phase développementale. Les enfants qui ont plus de mal à réguler leurs comportements peuvent parfois simplement manifester qu’un de leurs besoins n’est pas satisfait : sommeil, faim, attachement, ennui… Il s’agit donc de décoder ce besoin pour accompagner l’enfant dans ce que révèle l’acte brutal, sans y voir une intention de brutalité.
Article rédigé par : Claire Boutillier
Modifié le 11 août 2017