Psycho-pédagogie

Kamishibaï à la crèche Pirouette : l’art de conter autrement

Dans les crèches de La Maison Bleue, on raconte les histoires aux enfants grâce au Kamishibaï : un théâtre japonais où le conteur fait défiler des planches de dessins dans un cadre. Un genre narratif qui permet aux enfants de développer leur imagination, mais aussi de s’approprier l’histoire et comprendre des situations qu’ils vivent au quotidien. Reportage à la crèche Pirouette de Boulogne-Billancourt.
La Maison Bleue
Kamishibaï en crèche
Ce matin, la section des moyens s’installe dans une salle à part pour assister à la représentation de Kamishibaï du jour. Depuis que le réseau La Maison Bleue a commencé à introduire le Kamishibaï dans ses crèches en 2009, c’est devenu un des piliers de son projet pédagogique qui s’articule notamment autour de l’art de conter. Mais le Kamishibaï c’est quoi ? « Un outil de conte japonais aux origines anciennes, arrivé en France dans les années 70 notamment avec la pédagogie Freinet » explique Florian, l’éducateur de jeunes enfants qui a développé le Kamishibaï à la crèche Pirouette. « kami » signifie papier, « shibaï » théâtre. Il est constitué d’un butaï, un cadre en bois à l’intérieur duquel un conteur fait passer des planches illustrées de dessins en lisant le texte qu’il est seul à voir. « Le but est de proposer des supports différents du livre pour raconter une histoire : il s’agit de créer une mise en scène, une théâtralisation », précise la directrice adjointe de la crèche.

Plonger dans l’imaginaire
Les enfants se sont habitués au temps du Kamishibaï. Ils s’assoient en silence sur le tapis et attendent que le conte commence. Audrey, auxiliaire de puériculture, se place derrière le butaï et raconte l’histoire : celle d’un petit garçon qui cherche son doudou dans toutes les pièces de la maison. « Est-il caché ici ? » « Non ! » répondent en chœur les enfants. La professionnelle leur passe ensuite une sortie d’imagier où chaque planche correspond à un objet qu’il faut nommer et dont il faut reproduire le bruit : l’eau qui coule, le téléphone qui sonne, des mains qui applaudissent. « Cela change du livre où on tourne seulement des pages, souligne Florian. Le Kamishibaï permet de plus se focaliser sur l’histoire elle-même, les enfants peuvent s’immerger complètement dedans. » Lors de cet atelier, différentes aptitudes de l’enfant sont sollicitées : l’écoute, la mémoire, l’imagination, le langage.

Des histoires sur mesure
On sent les enfants très captivés et certains ne peuvent s’empêcher de se lever pour venir voir de près l’outil et le toucher. Quand c’est son tour d’animer, Florian leur permet de se regrouper autour de lui à la fin de la représentation pour découvrir les « coulisses ». « On ne peut pas leur refuser, affirme-t-il. C’est important pour eux de s’approprier le Kamishibaï. » Et d’ajouter que peu d’histoires existantes dans le Kamishibaï sont adaptables en crèche. Il a donc choisi de tout créer lui-même : l’histoire, le récit, les dessins, en s’inspirant de situations observées sur le terrain. La tortue qui a perdu sa carapace évoque les enfants qui ne rangent pas leurs jeux. « Dans la gueule du lion » est issu de sa collaboration avec une auxiliaire de puériculture : cette histoire où un lion mord une girafe est une métaphore des petits qui mordent les autres en collectivité. De manière indirecte, les enfants peuvent ainsi comprendre des situations qu’ils ont vécues et découvrir d’autres manières d’agir. « Nous employons plus souvent le langage injonctif, qui correspond à des affirmations, des ordres, que le langage discursif, narratif, explique Pierre Salesne, psychologue directeur pédagogique de La Maison Bleue. Le deuxième est beaucoup plus plaisant et surtout plus efficace, tout comme le geste, pour faire passer des messages aux enfants. L’histoire est une médiation. »

Des lecteurs-spectateurs actifs
Maintenant habitués à ces petits « spectacles », les enfants peuvent rester jusqu’à 3 quarts d’heure assis devant. « Mais on alterne entre des contes où ils sont plus spectateurs et d’autres où ils sont plus acteurs » précise Florian. Il s’agit toujours d’être dans l’interactivité, pour que les enfants de ne sentent pas contraints de seulement écouter et regarder. Le conteur doit dépasser son rôle, comme le souligne Pierre Salesne. « Dans l’histoire, il y a à la fois la notion de permanence - un début et une fin - ce qui assure la sécurité affective. Et il y a la gestion de la surprise, les micro-rythmes, que les enfants ont du mal à réguler. Il faut prendre en compte leurs réactions ».

Un outil accessible à tous
Le Kamishibaï est une activité réalisable par tout le monde, assure l’équipe. Et si un professionnel souhaite l’animer, il peut effectuer un stage au centre de formation de La Maison Bleue. Une chose est sûre : les enfants de la crèche adorent et en redemandent. Une séance est proposée tous les 2 jours à la section des moyens, à volonté pour les grands. Le projet est maintenant de sensibiliser les parents à cet atelier en proposant un tutoriel aux parents, avec un Kamishibaï plus petit qu’ils puissent reproduire à la maison. « On a déjà fait une représentation juste pour les parents, raconte l’éducateur. Ils avaient la même tête que leurs enfants, c’était fabuleux ».
 
Article rédigé par : Armelle Bérard Bergery
Modifié le 07 juin 2017